Le Dr Luc Julia revient sur le potentiel de l'intelligence artificielle dans la mobilité et sur ChatGPT

Lors du salon CES 2023, nous avons interrogé le Dr Luc Julia, Chief Scientific Officer du groupe Renault, ancien CTO & Senior Vice President of Innovation de…

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Julia Luczak-Rougeaux

10 janvier 20235 min de lecture

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© Archives Travolution

Lors du salon CES 2023, nous avons interrogé le Dr Luc Julia, Chief Scientific Officer du groupe Renault, ancien CTO & Senior Vice President of Innovation de Samsung Electronics et ancien Directeur de Siri d'Apple, afin de revenir sur le challenge IA for Urban Mobility organisé par la Région Île-de-France et Renault et de connaître son avis sur les IA génératives telles que ChatGPT.

En quoi consiste le challenge IA for Urban Mobility lancé par la Région Île-de-France et Renault, annoncé au CES 2023 ?

Le challenge est ouvert à toutes les startups. Le but du jeu, c'est de donner des idées sur ces mobilités urbaines. Il est organisé par la région Ile de France et il va être doté de 500 000 €. Il est organisé en collaboration avec la Software République, une collaboration entre six grands groupes français. Je ne vais pas les citer tous, mais il y a Renault, il y a Dassault Systèmes, ST, etc. Le but du jeu, c'est qu'on puisse collaborer avec ces grands groupes pour pouvoir sortir quelque chose de réel, d'efficace et qui va servir à améliorer la mobilité dans les villes. Parce qu’aujourd'hui, ça devient, comme on le sait, un problème très sérieux.

Concrètement, à quoi peut servir l’intelligence artificielle dans la mobilité ?

Je préfère parler des intelligences artificielles car il n’y en a pas qu’une. On peut imaginer plein d'idées différentes. On va certainement pouvoir l’appliquer dans, par exemple, la gestion des feux de tricolores, la gestion des flux des voitures, des piétons, des différents véhicules aussi. Il est possible de mettre en place une meilleure gestion intelligente de la façon dont ils vont cohabiter. Cela répond à plusieurs problèmes, notamment les trottinettes sur les trottoirs. Mais on peut très bien aussi penser à des choses qui vont être beaucoup plus dédiées, des IA beaucoup plus personnelles et qui vont me permettre de ne sortir qu'à un moment donné ou d'optimiser mes choix de véhicules. Je n’ai évidemment pas les solutions, sinon on ne ferait pas le challenge. Mais je pense qu'il va y avoir la possibilité d'appliquer plein d’IA différentes. Aussi bien des IA qui vont analyser les images qui proviennent de toutes les caméras qui existent aujourd'hui dans les villes ou des IA qui vont écouter, des IA qui vont parler.

Comment se situe la France en matière de développement de l’intelligence artificielle ?

Nous sommes au CES, on voit l'impact de la France, on a un stand énorme. Ça fait une dizaine d'années maintenant que la French Tech est vraiment représentée. Il y a une raison pour laquelle elle a été créée il y a maintenant presque dix ans par Fleur Pellerin. C'est parce que nous sommes les meilleurs et il faut le dire. Il faut arrêter de se flageller en disant qu'on n'est pas bon. Nous sommes les meilleurs ingénieurs du monde. Et je trouve que quand on parle d'intelligence artificielle, il s’agit de mathématiques et nous sommes très forts en mathématiques. Donc on est capable d'appliquer cette puissance que l’on a dans ces différentes IA dont on vient de parler. Moi qui habite dans la Silicon Valley depuis 30 ans, je vois énormément de Français dans la Valley et la plupart de ces Français sont des dirigeants d’IA au sein de grandes entreprises dont on entend les noms tout le temps.

Que pensez-vous des IA génératives (ChatGPT, Dall-E, MidJourney) dont on entend beaucoup parler dernièrement ?

C'est très intéressant. Il y a eu des progrès extraordinaires dans les trois derniers mois, que ce soit Dall-E pour les images, que ce soit ChatGPT qui vient de sortir et que tout le monde utilise. Tout le monde dit que c'est incroyable, mais c'est incroyablement dangereux aussi. Donc il faut faire attention, il faut s'éduquer. Comment ça marche ? Ça permet de faire tout et n'importe quoi et ça le fait relativement bien. Il y a des incohérences de temps en temps, il y en aura de moins en moins, mais ça va créer des textes, ça va créer des images. On parle de création. Mais en fait ça ne crée strictement rien. Ce qu'il faut comprendre, c'est que derrière, il y a deux dimensions de l'humain. Il y a la dimension de l'humain qui a créé l'outil et la dimension de celui qui utilise l'outil. Et celui qui utilise l’outil c’est l’humain, c’est lui qui crée. Quand on dit que ChatGPT ou Dall-E crée quelque chose en réalité il ne fait que créer ce qu'on lui demande de créer. C’est moi, par la force du « prompt » qui est la façon dont on définit ce qu'on veut que l'outil fasse, qui va déterminer la qualité du résultat de l'outil. On peut revenir 20 ans en arrière avec Photoshop par exemple. Les meilleurs qui utilisaient Photoshop étaient les meilleurs qui utilisaient l'outil et faisaient des choses extraordinaires. Aujourd'hui, c'est un peu pareil avec ces outils-là. Ils ont une puissance décuplée, mais ce n'est pas différent. Donc les IA génératives sont très intéressantes. Elles vont poser des problèmes extraordinaires de copyright aussi car ces images ou ces textes ne viennent pas de n'importe où. Donc ce n'est pas tout à fait un gadget, mais il faut un peu le prendre comme ça pour des créations limitées et surtout ne pas trop faire de « claim » en disant « c'est moi qui l'ai fait » parce que quelque part, ce n’est pas moi qui l'ai fait.

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