Crise sanitaire, prise de conscience environnementale, développement d’applications MaaS, plusieurs facteurs ont modifié notre manière de nous déplacer aujourd’hui. Comment les territoires s’adaptent-ils à ces nouveaux comportements ? Quels sont les moyens de transports qui émergent ? Nous avons interrogé Carole Pezzali, Partner chez Wavestone en charge du pilotage de l'activité de conseil dans le secteur du Transport et des mobilités.


Avec la crise sanitaire, le sans contact a connu un nouvel essor dans les transports mais aussi de manière globale. L’achat de ticket par SMS s’est développé, ce qui a facilité l’accès aux transports en commun. L’usage du vélo, notamment électrique, s’est démocratisé également. Les solutions individuelles se sont multipliées, allant de pair avec une prise de conscience environnementale. On a aussi vu émerger des solutions MaaS (Mobility As A Service, ndlr) sous la forme d’applications telles que Bonjour RATP, SNCF Connect ou encore Citymapper. Cette mobilité servicielle permet désormais de rechercher un trajet, mais aussi de réaliser un achat et d’embarquer les titres de transport. La combinaison des modes de transport est devenue facile est souple. Cette tendance appelle chaque territoire à repenser son offre de mobilité sur le plan tarifaire et environnemental.
Les territoires français ont-ils pris en compte ces mutations ?
La mobilité douce va croître à condition que les municipalités et les régions réalisent les travaux nécessaires. La France est en retard par rapport à d’autres pays européens. Il faut désormais repenser la voirie pour laisser moins de place au moteur thermique, mais aussi installer des capteurs pour ajouter une couche d’intelligence. En ce sens, la ville de Singapour est un exemple. Des initiatives intéressantes existent néanmoins, comme celle de la Métropole Aix-Marseille-Provence qui veut agréger tous les outils dont les usagers ont besoin pour effectuer leurs trajets. Elle montre la nécessité de nouer des partenariats entre acteurs privés et publics afin que les usagers privilégient les transports en commun.
Faut-il que chaque territoire développe sa propre application ou proposer une application à l’échelle nationale ?
Aujourd’hui, il n’existe pas d’application unique. Cela coûte cher pour une région de développer sa propre application et toutes ne peuvent pas le faire. Parallèlement, certains opérateurs tels que la SNCF et la RATP et des pure players tels que Google et Citymapper tentent d’imposer leur propre service. Je pense que toutes ces applications vont se côtoyer pendant plusieurs années avant que le marché ne se consolide. Avec une stratégie tarifaire dans les mains des territoires, nous verrons émerger quelques applications régionales et pourquoi pas une ou deux nationales.
Voitures autonomes, taxis volants, hyperloop... Quels moyens de transport pourraient bientôt émerger ?
L’automatisation a pris du retard avec la crise sanitaire, elle n’a pas évolué aussi vite que l’on aurait espéré. Le projet Urban Loop est une combinaison intéressante entre l’automatisation sur des routes et des coûts d’infrastructures moindres par rapport au métro. Il est important de pouvoir étendre l’offre de transports en commun sans que l’investissement ne soit trop important. D’autres réflexions sont aussi à l’œuvre pour des TER qui se composeraient de rames pouvant rouler sur des voies ferrées et sur la route afin d’étendre la couverture. Il existe beaucoup d’études dans le monde du transport, mais l’expérimentation reste clé. Depuis deux ans et demi, les finances sont mises à mal pour ce genre de projets. La décarbonation et le développement de la mobilité servicielle coûtent de l’argent. Cela prendra plusieurs années avant de voir émerger de nouveaux moyens de transport.
A quel point la prise de conscience écologique va-t-elle modifier les pratiques selon vous ?
Depuis deux ans et demi, l’usage du vélo a augmenté, mais celui de la voiture aussi. Je pense que l’économie de partage est réellement en train d’évoluer. Je ne pense pas que cette évolution doit être réalisée sous la contrainte. Il faut que de nouvelles possibilités de se déplacer soient données, qu’il soit plus facile de choisir une option de transport plus vertueuse. L’une des opportunités des applications MaaS est de récompenser ceux qui choisissent une mobilité durable et cela peut passer par l’employeur. On peut aussi imaginer un scenario de rupture qui impliquerait moins de mobilité avec des lieux de travail partagés et de proximité. La mobilité serait choisie et non forcée.
