Lors de l'édition 2022 du salon Viva Tech, la SNCF avait dévoilé un premier aperçu du TGV M, le nouveau concept développé par le géant ferroviaire et Alstom. Philippe Lucchese, Directeur de projet TGV du futur chez Voyages SNCF, nous explique comment ce dernier va venir révolutionner le TGV tel qu'on le connait aujourd'hui.
Pouvez-vous revenir sur le concept et la naissance du TGV M ?
Philippe Lucchese, Directeur de projet TGV du futur chez Voyages SNCF
Le nouveau TGV M est issu d’un partenariat d’innovation avec Alstom. L’idée de base de la SNCF était de renouveler sa flotte tout en répondant à des objectifs précis. Les deux entreprises ont donc travaillé sur un concept de train qui devait coûter moins cher à l’acquisition, hyper connecté, moins énergivore et surtout modulable. Il devait pouvoir évoluer selon les besoins des clients durant toute sa durée de vie. A ce jour, plus de 100 rames TGV M ont été commandées auprès d'Alstom pour une enveloppe d’environ 3 milliards d’euros. La phase d’industrialisation a débuté en 2020 et les premières rames devraient être mises en service en 2024.
Quelles sont ses particularités ?
Le TGV M va être doté de plusieurs nouvelles fonctionnalités, dont une capacité du nombre de passagers de +20%, une réduction de la consommation d’énergie réduite de 20% et un montant d’acquisition lui aussi réduit de 20%. En parallèle, il sera doté d’un système embarqué qui permettra de récolter de la data tout au long du trajet et de donner en temps réel un « bilan de santé » du train aux équipes de maintenance. Avec le TGV M nous allons entrer dans l’ère de la maintenance prédictive et ses données vont également pouvoir être utilisées par plusieurs corps de métier au sein de la SNCF.
Du côté des voyageurs, les baies vitrées vont être élargies pour avoir une meilleure visibilité sur l’extérieur, la climatisation va fonctionner en prenant compte du nombre de passagers à bord et l’éclairage sera modulable. Concernant la connectivité à bord, la 5G sera disponible et le Wifi sera capable de supporter le streaming, ce qui n’est pas le cas dans les TGV actuels. Pour les clients à mobilité réduite, une salle leur sera dédiée et pourra accueillir jusqu’à 5 personnes en fauteuil roulant en leur permettant d’avoir accès à des toilettes répondants aux normes PMR.
Vous parliez de train modulable, qu’est-ce que cela veut dire ?
Les trains pourront être composés de 7, 8 ou 9 voitures, selon les besoins en capacité. Mais, surtout, la quasi-totalité du mobilier à l’intérieur de chaque voiture sera modulable. Nous serons en mesure d’aménager des espaces pour des particuliers ou des professionnels très facilement, pour des salles de réunion par exemple ou bien encore transformer une seconde classe en Première et inversement en un temps record. Selon la saisonnalité, le nombre de cases à bagages pourra également être augmenté ou réduit pour mettre plus ou moins de sièges passagers…Tout pourra être changé facilement dans des délais très courts. Des améliorations seront ensuite faites, si nécessaire, selon les retours des usagers lorsque les trains entreront en circulation.
Nous avions déjà abordé le sujet des trains autonomes avec la SNCF, est ce que ce train sera capable de supporter ce type de système ?
Ce nouveau TGV sera effectivement pré-câblé pour une autonomisation de niveau 2 (le conducteur surveille et prend le contrôle en cas de besoin, ndlr). Les systèmes internes seront en mesure de prendre en charge tous les aspects de la conduite mais un conducteur sera présent en cabine pour pouvoir intervenir en cas de problème. Nous ne sommes pas sur un circuit fermé et il y a trop d’éléments extérieurs à prendre en compte pour se passer de conducteur à bord.
Au total, 115 rames ont été commandées et seront livrées au rythme de 1 par mois à compter de 2024 jusqu’en 2032. A savoir que le parc SNCF compte plus de 300 rames, ce qui veut dire que toutes les rames ne seront pas remplacées.
Photo d'ouverture : @SNCF