La banque américaine Citi, la néobanque britannique Revolut et la holding financière JPMorgan Chase ont toutes trois fait des acquisitions et des partenariats récemment afin de développer la réservation de produits touristiques. Seraient-elles en train de devenir de nouvelles concurrentes aux agences de voyage et tour-opérateurs ? Décryptage.
Comme nous l’écrivions il y a quelques semaines, les banques ont montré récemment un attrait pour le monde du voyage, alors que le secteur reprend progressivement des couleurs après la crise sanitaire. Il y a un an, la néobanque britannique Revolut annonçait le lancement de Stays, son service de réservation d’hébergements en partenariat avec Expedia. Citi souhaite proposer la réservation de chambres d’hôtels, des billets d’avion et la location de voitures à travers son service Citi Travel grâce à un partenariat avec Booking. Enfin, la holding financière américaine JPMorgan Chase a annoncé la création de son agence de voyage loisir et d’affaires d’ici la fin de l’année grâce au rachat de cxLoyalty, une entreprise spécialisée dans la fidélisation et de l’agence de voyage Frosch.
Que faut-il voir dans ces développements touristiques ? « Il ne faut pas oublier que ces mouvements ont lieu aux Etats-Unis et que le phénomène n’est pas si nouveau. American Express est un leader historique du voyage d’affaires », analyse Julien Meir, Directeur chez Montefiore, spécialiste de l’investissement dans les PME et ETI de services et société de gestion du fonds Nov Tourisme.
Selon lui, l’intérêt est surtout de développer une offre de services annexes afin de récompenser leurs clients. « Je ne pense pas que ce soit un vrai virage stratégique sur le marché du tourisme, il s’agit plutôt d’avoir un canal direct pour permettre, via les programmes de fidélité, de dépenser ses points en achetant du voyage, plutôt que de le faire en externe. Ces banques n’ont pas vocation à le faire en dehors de leur réseau de clients », explique-t-il.
Donner des avantages à leurs clients
Interrogé par TOM.travel, Revolut met en avant le côté gagnant-gagnant de son service Stays : « Il était tout naturel pour nous de lancer notre propre produit de voyage. Il y a très peu d'entreprises dans le monde qui peuvent offrir des produits de voyage de haute qualité parallèlement à des produits financiers. Le cashback est l'une de nos principales propositions de valeur : nos utilisateurs peuvent réserver des hôtels grâce à la fonction « Stays » de notre application au même prix qu'Expedia, mais ils bénéficient également d'un cashback de 10 %, c'est du gagnant-gagnant », déclare Pierre-Alain Guillou, Head of Product for Lifestyle de Revolut.
De son côté, JP Morgan Chase affirme que le but est de permettre à ses clients de pouvoir « tirer le meilleur parti de leur argent ». La holding est fière de se positionner parmi « l’un des premiers fournisseurs de voyages aux États-Unis ».
Une cible qui devrait s’élargir
Ces activités touristiques vont-elles se cantonner aux clients des banques et néobanques ? Pierre-Alain Guillou, Head of Product for Lifestyle de Revolut, affirme le contraire : « Pour l'instant, Revolut Stays est uniquement disponible pour nos utilisateurs, mais nous étudions plusieurs initiatives pour changer cela. Nous travaillons déjà à l'élargissement de notre offre de voyages afin de fournir davantage de produits - en envisageant la location de voitures et les billets d'avion par exemple - et de meilleures offres à nos clients et bientôt à leurs amis et à leur famille ».
Lorsque Revolut noue un partenariat avec Expedia et que Citi se rapproche de Booking, cela ne change pas grand-chose pour le secteur du tourisme. La néobanque et la banque sont alors des intermédiaires supplémentaires. En revanche, lorsque JP Morgan Chase, la plus grande banque des Etats-Unis, rachète une agence de voyage, c’est un manque à gagner pour les entreprises américaines du secteur du tourisme. Et dans ce cas, plus la banque gagne des clients, plus elle est potentiellement une menace pour elles. S’il ne s’agit pas d’une « tendance structurelle », comme le rappelle Julien Meir, elle reste néanmoins à surveiller.