Le Comité Régional du Tourisme et des Loisirs d’Occitanie est lauréat des Trophées Horizons dans la catégorie « Tourisme de proximité » pour son dispositif « Occ’Ygène ». Cette carte destinée aux publics les plus défavorisés de la région offre des réductions pour des activités loisirs en pleine nature et culturelles. Entretien avec Jean Pinard, Directeur Comité Régional du Tourisme et des Loisirs d’Occitanie.
En quoi consiste le dispositif « Occ’Ygène » qui a remporté un prix ?
Jean Pinard : Cette idée remonte à 2020 et s’inscrit dans le plan de relance de l’économie touristique de la région. Elle a été lancée en même temps que les billets de train liO à 1 euro. Les organisations de gestion n’ont pas encore assez investigué le champs des loisirs qui a été laissé à Netflix. C’est pourquoi, plutôt que de vendre un abonnement télé, nous avons voulu faire sortir les gens de chez eux. Nous avons mis en place une carte de réduction dématérialisée destinée aux publics les plus défavorisés de la région. La carte est proposée à 15€ pour les familles et est offerte aux jeunes de 18 à 25 ans. Elle offre des réductions et des gratuités pour des activités loisirs en pleine nature et culturelles et pour des hébergements grâce à des subventions de la part du comité régional et de trois comités départementaux. Les familles dont le quotient familial est inférieur à 1 000 euros peuvent profiter jusqu’à 200 euros de budget. Cela nous a permis d’attirer 15 000 foyers sur des sites de loisirs. Ils sont ainsi devenus consommateurs de l’économie touristique.
Votre objectif était donc de toucher des personnes qui ne consomment pas d’activités loisirs ?
La non consommation de produits touristiques est due à des problèmes financiers, mais aussi à un manque d’informations. Les structures ont souvent considéré que de faire de la communication suffisait pour attiser la curiosité. Mais la communication ne fait pas l’information. Lorsqu’un bénéficiaire de notre carte réserve un billet de train, nous lui proposons une activité qui pourrait lui correspondre grâce aux informations qu’il a acceptées de nous fournir. C’est important pour des personnes qui n’ont pas la culture du voyage. Mais nous sommes encore loin du compte. L’enjeu est de faciliter l’accès à l’information la plus basique. Si nous voulons mettre plus de gens dans les transports collectifs, il faut leur expliquer que le voyage n’est pas si difficile. Cette production d’information va totalement modifier nos métiers demain.
Pourquoi avoir décidé de lancer ce dispositif ?
Nous ne sommes pas satisfaits des chèques-vacances dont l’usage s’est dévoyé. Ils profitent à des acteurs tels que les sociétés d’exploitation d'infrastructures autoroutières qui bénéficient de l’économie touristique alors qu’elles ne contribuent en rien au marketing de la destination France. Je trouverais ça normal que les concessionnaires autoroutiers et les pétroliers viennent financer l’accès au train au plus grand nombre par exemple. Mais cela nécessite de vraies décisions politiques.
Votre initiative est-elle facilement duplicable selon vous ?
Elle est facilement duplicable, mais elle a un coût. Deux millions d’euros ont été nécessaires pour proposer les billets de train à 1 euro et la carte Occ’Ygène a coûté un million d’euros. Les retombées économiques sont néanmoins importantes et s’élèvent à 16 millions d’euros. Les habitants de la région ont davantage pris le train grâce au prix plus qu’attractif. Ils ont loué un paddle et sont allés au restaurant. Je pense que les loisirs sont le vecteur de croissance le plus important de l’économie touristique française, bien plus que les marchés lointains. Je crois fortement dans le tourisme de proximité, pas dans les discours sur la décroissance du tourisme.
Pourquoi le jury des Trophées Horizons a récompensé le CRTL Occitanie : « L’accès à la mobilité et aux loisirs et un enjeu à la fois social et environnemental. Cette initiative a un fort impact à une échelle importante. »