La chute des cryptomonnaies marque-t-elle (déjà) la fin des NFT ?

Alors que plusieurs grandes voix de l’Economie s’élèvent et mettent en garde contre les cryptomonnaies, de nombreuses personnes alertent sur des arnaques aux…

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ML

Margot Ladiray

13 juillet 20224 min de lecture

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© Archives Travolution

Alors que plusieurs grandes voix de l’Economie s’élèvent et mettent en garde contre les cryptomonnaies, de nombreuses personnes alertent sur des arnaques aux NFT. En parallèle, des « œuvres » et jetons non-fongibles ont perdu plus de la moitié de leur valeur. Les cryptomonnaies représentent-elles l’économie de demain ? Et si le marché des NFT disparaissait aussi vite qu’il est apparu ? Entretien croisé avec Godefroy Jordan, Président de Starting Dot et Guillaume Dejean, Senior macro Analyst chez Western Union. 

En mai dernier, Christine Lagarde, Présidente de la Banque Centrale Européenne (BCE), qualifiait les cryptomonnaies de "hautement spéculatives" et déclarait qu'elles ne "valaient rien". En mars, François Villeroy de Galhau, gouverneur de la Banque de France, déclarait que la cryptomonnaie ne "constitue pas une réserve de valeur, mais plutôt un actif spéculatif".  "Bullshit", "arnaque", "sans valeur", d'autres termes ont récemment été utilisés pour qualifier le marché des monnaies virtuelles. Pour Guillaume Dejean, cette économie devenue aujourd'hui très importante, est effectivement victime de nombreuses spéculations. Le vrai problème ? Sa valeur ne repose sur aucun fondamental : « Il n’y a pas vraiment d’explication rationnelle pour expliquer le cours du Bitcoin par exemple. Il est juste lié à une valeur de l’offre et de la demande. Il y a donc un risque de perdre beaucoup d’argent en souhaitant investir lorsqu'on ne connaît pas le secteur". 

Effet d'optique et explosion de la bulle

Concernant le marché des NFT : « Il y a un effet d’optique majeur où l'on a tendance à enterrer les NFT avec les cryptos alors qu’ils sont victimes de l’effondrement de certaines monnaies virtuelles dont la valeur a baissé. Il faut déconnecter le prix des NFT en valeur crypto », nous explique Godefroy Jordan. Alors que de nombreuses œuvres ont vu leur valeur chuter en seulement quelques jours, le marché de l’art et des NFT avait de quoi se questionner. Selon lui, le marché des NFT dans le secteur de l’art ne représente pas plus de 300 000 collectionneurs, ce qui n’est rien par rapport au nombre total de collectionneurs d’art classiques à travers le monde. En 2021, 80% des acheteurs de NFT ont réalisé des acquisitions par pure spéculation : « Cela veut dire que le marché est régi par des spéculateurs qui y appliquent des principes de marketing inadéquats. En d’autres termes, c’est le far west ». Mais pour le Président de Starting Dot, l’explosion de cette bulle n’est pas une si mauvaise chose : « Maintenant on va pouvoir se mettre au travail et créer quelque chose de solide avec des règles et une juridiction établies. C’est essentiel si l’on veut créer un marché qui fonctionne sur le long terme ».

Plus de réglementation et de désintermédiation

La bonne nouvelle : l’Union européenne a récemment validé deux nouveaux règlements avec la création d’un règlement relatif aux cryptoactifs MiCA et le règlement sur les transferts de fonds TFR (voir encadré). « Le fait que l’on mette un cadre est une bonne nouvelle pour le marché », concède Guillaume Dejean. Pour Godefroy Jordan, il faudrait également avoir la possibilité de faire « sauter la barrière de la crypto pour acquérir un NFT »,  avec la possibilité de payer avec sa carte de crédit par exemple. Un point qui semble être compliqué, puisque le principe même du NFT repose sur le paiement en monnaie virtuelle et sans intermédiation, c'est à dire sans intervention des banques. Et là est peut-être le véritable cœur du problème. Pour Guillaume Dejean : «Le fait est que les banques centrales pointent du doigt les cryptomonnaies  car elles n’ont pas le contrôle dessus… et qu’elles sont en train de travailler sur la création de leur propre monnaie virtuelle». Selon lui, la monnaie physique est amenée à disparaitre progressivement au profit de la monnaie virtuelle ce qui viendrait remettre en question la totalité de notre modèle économique mondial.

Une chance pour les artistes de séduire un nouveau public

Mais pour les NFT, l’enjeu concernera également la création de véritables contenus artistiques (ou pas) : « Il faut que l'on applique aux NFT les mêmes modalités que le marché de l’art traditionnel », explique Godefroy Jordan. A ce jour, selon lui, les promesses ne sont pas tenues : « Il va falloir changer le contenu du NFT en le rendant peut-être dynamique, plus intelligent ou en faire une œuvre d’art de qualité. Tout cela va se construire progressivement sur une ou deux décennies, notamment si l'on va vers un usage de masse dans les métavers ». Pouvoir acquérir des NFT et démocratiser les cryptomonnaies sera alors indispensable : « Les spéculateurs vont quitter le marché pour laisser place à des acteurs qui vont bâtir quelque chose de sain. C’est également une chance pour les artistes qui y trouveront un nouveau public », conclut-il.


Le règlement MiCA (Markets in Crypto Assets) englobera la régulation des actifs numériques, incluant les obligations liées aux plateformes d'échange (vérification d'identité, mesures de lutte anti-blanchiment…), l'émission de stablecoins ou encore la protection des consommateurs. Le TFR (Transfer of Funds Regulation), lui, obligera les acteurs cryptos à fournir des informations d'identification sur les transactions en cryptomonnaies. Ce règlement vise à appliquer des mesures contre le blanchiment d'argent.


Photo d'ouverture : @shutter_speed

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