Jean-François Cases révèle les ambitions d’EONA-X, l’infrastructure de partage de données pour le tourisme

Créée en mars dernier par Aéroport Marseille Provence, Air France-KLM, Amadeus, le Groupe ADP (Aéroports de Paris) et la SNCF, l’association EONA-X a pour…

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Julia Luczak-Rougeaux

23 juin 20224 min de lecture

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Simon Peel© Archives Travolution

Créée en mars dernier par Aéroport Marseille Provence, Air France-KLM, Amadeus, le Groupe ADP (Aéroports de Paris) et la SNCF, l’association EONA-X a pour ambition de créer une infrastructure qui permettrait à tous les acteurs du tourisme de partager leurs données et de créer de nouvelles sources de revenus. Quels sont les challenges qu’il reste à relever pour y parvenir ? Concrètement, à quoi va servir la plateforme ? Jean-François Cases, président de EONA-X et Corporate Director d’Amadeus et Vice-President & Associate General Counsel, Intangibles, Data Value, R&D, chez Amadeus IT Group, répond à nos questions.

Pourquoi avoir créé l’association EONA-X ?

Jean-François Cases, président de EONA-X

EONA-X s’inscrit dans la stratégie européenne pour les données voulue par la Commission Européenne. L’idée est de pouvoir faire circuler les données de la même manière que l’Union Européenne a permis la liberté de circulation des personnes et des marchandises. Auparavant, si vous vouliez échanger des données avec un tiers, il fallait faire appel à des juristes et établir des contrats, avant d’assurer l’auditabilité du projet. Cela prenait des mois et mobilisait des informaticiens qui devaient se mettre d’accord sur un format de données. L’espace de données EONA-X permet à n’importe quelle entreprise de se plugger et de donner ou recevoir des informations. Chaque entreprise établit ses conditions de partage, en demandant par exemple la certification ISO 27001 sur la sécurité des systèmes d'information ou la conformité au RGPD sur la protection des données. Des smart contracts sont ensuite créés entre les entités pour encadrer cet échange.

Certains membres de l’association peuvent se considérer comme concurrents, mais le but est justement de les faire travailler ensemble autour de l’échange de données. Le modèle est gagnant-gagnant. Nous vivons une période difficile mais néanmoins passionnante avec le changement climatique, la hausse de prix de l’énergie en raison de la pénurie et les nouvelles envies de voyage de la population. Tous les acteurs du tourisme veulent s’adapter à ces mutations et l’échange de données offre des possibilités infinies.



Concrètement, à quoi pourrait servir cet échange de données ?

Nous avons travaillé sur un cas d’usage autour du multimodal. Imaginons qu’un passager venant de Bruxelles souhaite se rendre à Paris pour les Jeux Olympiques. Il va prendre un train Thalys ou SNCF. Une fois arrivé, il commandera un VTC pour se rendre au Stade de France pour assister à un match pour lequel il aura acheté son billet. Puis après avoir passé une nuit à l’hôtel il se rendra à Marseille et prendra une navette pour se rendre à Notre-Dame de Lagarde. Toutes ces étapes pourront être réservées au même endroit, sur une application mobile par exemple, grâce à la contribution de plusieurs entreprises du tourisme. Chacun pourra construire un produit ou un service en fonction de sa cible. Cette application pourrait être dédiée aux personnages âgées ou aux personnes à mobilité réduite par exemple. Elle pourra être proposée par une compagnies aérienne comme une agence de voyage.

Quel est le modèle économique derrière cet échange de données ?

Pour nous le modèle économique n’est pas encore un sujet. EONA-X a été créé il y a quelques mois seulement. Nous essayons avant tout de démontrer que l’échange de données va profiter à tous. L’association n’est pas là pour remplacer le business que les entreprises du tourisme font déjà entre elles. Elle n’est pas une énième plateforme. Il faut savoir qu’aujourd’hui, 80% des échanges de données de manière générale sont effectués afin d’améliorer la productivité. Mais vous avez raison, un modèle devra être mis en place et devra prendre en compte à la fois les fonds publics et les transactions privées.

Le secteur du tourisme est-il plus ouvert au partage de données ?

Je pense que la pandémie a changé les mentalités. Chaque entreprise s’est rendue compte qu’elle avait ses limites. La pandémie a permis de comprendre qu’un travail collaboratif permet d’apporter plus de résilience à tout un système. Elle a remis les pendules à l’heure, tout en nous faisant réaliser que tout n’était pas une question de modèle économique. L’aspect écologique s’est par exemple imposé. Notre mission est désormais d’établir une notion de confiance. De nombreuses sociétés redoutent que d’autres fassent plus d’argent avec les données qu’elles auront partagées. Je pense qu’il faut voir au-delà et enfin apprendre à collaborer.

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