Dans les coulisses d’un data center

Le campus de data centers situé à Marcoussis, à une trentaine de kilomètres au sud de Paris, est le plus grand opéré par la société française Data4.

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JL

Julia Luczak-Rougeaux

7 juin 20226 min de lecture

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© DATA4

Le campus de data centers situé à Marcoussis, à une trentaine de kilomètres au sud de Paris, est le plus grand opéré par la société française Data4. Petites et moyennes entreprises comme géants du numérique viennent y stocker leurs données à l’heure où le cloud se développe au-dessus de nos têtes. Comment fonctionne un data center ? Quelles sont les problématiques de souveraineté des données et d’empreinte du numérique dans un tel lieu ? L’équipe de Data4 a ouvert les portes de son vaste campus à TOM.travel.

Situé à un peu moins d’une heure de Paris, le site de Marcoussis a tout l’air d’une base militaire. Barbelés, barrières et contrôle d’identité nous accueillent chaleureusement à l’entrée, alors que les champs et la forêt s’étendent de part et d’autre du campus, agrémentés d’énormes pylônes électriques. Les données, considérées comme le « nouvel or noir », sont placées sous haute surveillance. Ce campus de data centers est le plus grand opéré par la société française Data4 qui possède 25 data centers en France, en Italie, en Espagne, au Luxembourg et en Pologne. Data4 est détenue majoritairement par AXA IM (AXA Investment Managers). Une quinzaine de data centers sont hébergés sur ce site de 110 hectares où travaillent près de 200 personnes. Une petite ville, desservie par un petit train transportant employés comme invités. Il ne manque plus que les commentaires touristiques.

Ce sont pourtant bien des choses sérieuses qui s’opèrent entre les murs des différents data centers. Des entreprises de toute sorte et de toute taille y hébergent leurs données, généralement connectées via le cloud. Elles sont de plus en plus nombreuses à faire appel à des fournisseurs cloud (Microsoft, Google, Amazon pour les plus importants) afin de gérer le stockage de leurs données dans des data centers.

« Nous avons trois types de clientèle. D’abord les géants du numérique, qu'ils soient français ou américains, qui doivent trouver un endroit où héberger leurs données. Le deuxième, ce sont les intégrateurs qui viennent héberger pour le compte d'entreprises de taille souvent modeste, les serveurs informatiques de leurs clients. Le troisième sont les grandes entreprises. Nous hébergeons ici la moitié des clients du CAC40 qui viennent stocker dans cet endroit sécurisé leurs propres serveurs, dont ils sont les seuls à avoir accès », explique Olivier de Nomazy, Responsable Produits et Innovation chez DATA4.

Derrière les grilles, les serveurs @TOM.travel

Passer d’un data center propre vers le cloud permet d’accéder à des informations depuis n’importe quel endroit à n’importe quel moment. Très concrètement, des serveurs informatiques (des serveurs de calculs et de stockage) sont hébergés dans le data center. Une couche logiciel va permettre de virtualiser ces serveurs et ainsi d’accéder à ces données à distance. Cela permet aux employés d’une entreprise d’accéder à des données ou d’exécuter une application partout dans le monde. « On ne parle pas ici de dématérialisation. Les données restent sur des serveurs informatiques. Mais avec le cloud, elles peuvent être déplacées facilement. Auparavant, les entreprises avaient leurs équipements informatiques dans leurs locaux afin qu'ils puissent les gérer. C’est beaucoup moins le cas aujourd’hui », complète Olivier de Nomazy. Le cloud donne également la possibilité d’adapter les ressources de calculs en fonction des pics de connexion.

Les 4 métiers d’un data center

La fonction principale d’un data center est d’héberger des équipements informatiques dans les meilleures conditions. Pour cela, des entreprises comme Data4 ont quatre principales missions. Fabien Montagna, Directeur d'exploitation maintenance chez DATA4 Group, nous emmène dans des salles de « colocation » de serveurs, dans le labyrinthe de couloirs, sur le toit d’un data center et dans les salles des machines pour nous les présenter.

La première mission est d’assurer la sécurité des données. Sur le site de Marcoussis, certaines salles nécessitent jusqu’à 7 niveaux d’authentification et font appel à la technologie biométrique.

La deuxième mission est de fournir l’électricité nécessaire au fonctionnement des serveurs. « Un serveur informatique consomme beaucoup d'énergie. L'ensemble des serveurs informatiques qui tournent en France représente environ 1 % de la consommation électrique française », déclare Olivier de Nomazy. Le campus reçoit de l’électricité à 90 000 volts, que la société va ensuite transformer progressivement par le biais de transformateurs jusqu’à atteindre 400 volts. Pour pallier les éventuelles pannes, le campus est équipé de générateurs et de batteries qui prennent le relai en quelques secondes seulement.

Les générateurs d’électricité prennent le relai en cas de panne @TOM.travel

La troisième mission est d'assurer la climatisation des salles informatiques. Data4 utilise notamment deux méthodes, le "free cooling" et le "free chilling". Ces systèmes permettent d’utiliser l’air extérieur pour alimenter le système de refroidissement à eau lorsque les températures sont plus basses. Mais la réduction de l’empreinte carbone de bâtiments comme les data centers passent aussi par les matériaux de construction. « Il faut réaliser qu'une partie significative de la contribution environnementale du monde du numérique est liée à la construction », précise le Responsable Produits et Innovation chez DATA4. Sur le site de Marcoussis, les bâtiments sont régulièrement en travaux afin d’assurer leur efficacité énergétique. La société travaille sur l’instauration de la maintenance prédictive, basée sur des algorithmes d’intelligence artificielle, qui pourrait faciliter la gestion des bâtiments et leur refroidissement.

Système de refroidissement sur les toits @TOM.travel

Enfin, la quatrième mission d’un data center est d’assurer la connectivité des serveurs. Sans Internet, il n’est pas possible de les connecter au cloud. De nombreux opérateurs télécoms, européens comme américains, ont leurs espaces dédiés dans les salles.

L’essor du cloud soulève la question de la souveraineté

Dans le Tourisme, plusieurs sociétés telles que Sabre, Amadeus et la SNCF, ont décidé de migrer leurs données vers le cloud, accompagnés par des géants du numérique américains qui dominent le marché. Des décisions qui soulèvent des questions, notamment en termes de souveraineté. Pour Olivier de Nomazy, plusieurs gardes fous permettent néanmoins de se prémunir. Aujourd’hui, le règlement européen sur la protection des données (RGPD) oblige les fournisseurs cloud à héberger les données des Européens en Europe. Le processus de sécurité « Zéro trust » empêche quant à lui l’hébergeur ou le fournisseur cloud d’accéder aux données. Enfin, un grand nombre d'entreprises mettent en œuvre des architectures hybrides désormais. Elles déploient d'une part un cloud privé sur leurs propres infrastructures pour les données sensibles et elles utilisent le cloud public géré par des fournisseurs de cloud pour les données moins sensibles.

Pour donner la possibilité de stocker les données au plus près des entreprises et donc d’assurer leur souveraineté, Data4 ambitionne désormais de se déployer dans les villes secondaires en Europe. Depuis sa levée de fonds de 650 millions d’euros en 2020, la société souhaite doubler de volume d’ici 2024.

A voir également : A quoi sert un data center et quel rôle joue-t-il dans l’essor du cloud ?

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