Véritable phénomène en Asie, les influenceurs virtuels gagnent en popularité sur les réseaux sociaux pour le grand bonheur des marques à la recherche de nouveaux publics. Quel est leur intérêt ? Ont-ils leur place dans la promotion de destinations touristiques ou de musées ? Lil Miquela, Noonoouri, Shudu, ces noms ne vous disent peut-être rien et pourtant ces influenceuses virtuelles comptabilisent des centaines de milliers voire des millions d’abonnés sur Instagram. Créés par des studios, ces personnages fictifs sont devenus de véritables égéries pour les marques et mettent en avant des produits de luxe, des pièces haute couture, des cosmétiques, de l’électronique, comme pourraient le faire de vraies personnes. Première influenceuse virtuelle de l’histoire développée par le studio américain Brud, Lil Miquela et ses 3 millions d’abonnés sur Instagram facturerait 7000 dollars par publication sur les réseau sociaux et environ 300 000 euros pour une campagne. Elle collabore avec des marques telles que Calvin Klein et Prada.
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Un marché en pleine croissance
Porté par l’Asie, le phénomène des influenceurs virtuels se développe dans le reste du monde. En Chine, le volume des ventes générées par les influenceurs virtuels devrait plus que tripler, passant de l'équivalent de 860 millions d’euros en 2021 à 2,8 milliards d’euros en 2023, selon les prévisions du cabinet iiMedia Research. Statista estime que le marché international avoisinait les 13,8 milliards de dollars en 2021. « Ces personnages fictifs s’adressent au moins de 25 ans, adeptes du gaming et des mondes virtuels », précise Guillaume Rio, Technology trends and partnerships Manager at Pole prospective chez Echangeur BNP Paribas Personal Finance. L’intérêt des influenceurs virtuels réside dans leur irréprochabilité. Nuls scandales ou problèmes d’ego ne risquent de compliquer les collaborations avec les marques. Une image lisse qui peut plaire comme déplaire, mais qui trouve un public aujourd’hui.
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Plus besoin de payer de billet d’avion
Pour Guillaume Rio, l’intérêt de faire appel à ces avatars est de pouvoir les afficher dans n’importe quel endroit, dans n’importe quelle situation. Ils peuvent être « envoyés » sur une île paradisiaque comme dans une grande ville, sans avoir à payer de billet d’avion. « C’est moins coûteux et plus pratique. On peut les filmer de n’importe quel angle, ils peuvent faire des choses dangereuses sans que l’on s’inquiète », continue-t-il. Selon lui, les influenceurs virtuels sont également intéressants dans le cadre d’expérimentation de nouveaux produits ou services. Le virtuel donne une plus grande marge de manœuvre aux esprits créatifs. Présents sur les principales plateformes sociales, les influenceurs virtuels investiront demain le métavers où il sera possible de les mettre en scène dans de nouvelles situations. « Les agences de voyage pourraient créer leur propre personnage fictif qui les suivent dans toutes leurs communications », illustre Guillaume Rio.
Un manque d’humanité problématique
S’il comprend le développement de ces influenceurs d’un nouveau genre porté par une génération qui mêle avec envi virtuel et réel, Nicolas de Dianous, Directeur Associé de We Like Travel, est moins enthousiasmé par le phénomène. « Avec la crise sanitaire, nous avons encore plus besoin d’humanité et d’imperfection. Ce lissage de la société présente un risque éthique », estime-t-il. Des problèmes d’identification et de crédibilité se posent avec des personnages qui ne connaissent ni le jet lag, ni la migraine, ni les sautes d’humeur. « On a déjà critiqué les influenceurs pour leur manque d’authenticité et là, ça va encore plus loin », déclare Nicolas de Dianous. Le manque d’imprévu et de réactions propres à l’histoire de chacun qui font le sel du voyage disparaît alors. « C’est pourquoi je pense que c’est une innovation, mais pas un progrès. Un humain vivra une expérience comme jamais un influenceur virtuel ne le fera », conclut-il.
L'une de ces trois personnes est virtuelle, saurez-vous deviner laquelle ?