Financement, souveraineté, public : les NFT bousculent les codes du monde culturel

Au-delà du côté spéculatif, les NFT, ces certificats numériques basés sur la blockchain présentent de nombreuses opportunités pour le monde culturel.

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Julia Luczak-Rougeaux

4 mai 20225 min de lecture

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© Mika Baumeister

Au-delà du côté spéculatif, les NFT, ces certificats numériques basés sur la blockchain présentent de nombreuses opportunités pour le monde culturel. C’est ce que considère Godefroy Jordan, Président de StartingDot et entrepreneur dans le secteur du digital depuis 25 ans. Avec son service Twineva, l’entreprise accompagne les institutions culturelles, les fondations, les musées et les artistes pour répondre aux enjeux de souveraineté politique, juridiques, financiers et marketings liés aux NFT. Interrogé par TOM.travel, il explique comment les NFT vont bousculer les codes du monde culturel.

Qu’est-ce qu’un NFT dans le milieu culturel ?

Godefroy Jordan, Président de StartingDot

Un NFT est un certificat numérique écrit sur la blockchain qui permet d’identifier et de pointer un fichier numérique. Le principe est de réaliser une copie numérique d’une œuvre - ou une modélisation 3D dans le cas d’une sculpture par exemple - émise par l’ayant droit de l’œuvre. Il existe des millions d’images de la Joconde aujourd’hui sur Internet et sur les smartphones des personnes l’ayant photographié. Ces fichiers n’ont aucune valeur. En revanche, si le musée du Louvre décide de créer un ou plusieurs NFT de la Joconde, celui ou ceux-ci auront de la valeur. Un NFT peut contenir un fichier image et un document PDF avec le certificat d’authenticité signé par exemple. Il peut contenir également un article scientifique d’un conservateur décrivant l’œuvre.

Un musée peut faire le choix de créer une seule copie numérique, en haute définition, ou d’en créer 10 000 de moins bonne définition. Il peut décider de créer un jumeau numérique sous une autre forme, comme un hologramme par exemple ou même de créer une nouvelle œuvre à partir de l’originelle. C’est ce qu’a fait notamment le duo d’artistes italiens Hackatao en animant la Tête d'ours dessinée par Léonard de Vinci. On peut aussi imaginer une couche de réalité augmentée sur une œuvre. Et pourquoi pas créer un NFT qui ferait office d’action afin d’investir dans une œuvre mise en dépôt dans un musée ou une galerie.

Quel est l’intérêt des NFT pour les institutions culturelles ?

Tous les chefs d’œuvre ont déjà été numérisés. Je pense que le sujet du NFT est d’entrer dans une nouvelle phase, en ajoutant des informations complémentaires à l’œuvre. Pour moi, les NFT et le métavers créent la même révolution qu’Internet. Il faut réfléchir dès maintenant à l’intégrer dans sa stratégie.

Je vois plusieurs intérêts. En créant et en vendant des NFT, une institution peut régler certaines problématiques de financement. Elle peut décider de vendre des jumeaux numériques pour un usage privé ou de céder les droits de manière temporaire. L’institution pourrait louer l’usage d’une œuvre pour le métavers par exemple et mettre ainsi un pied dans ces univers virtuels. Je pense que c’est également un moyen de toucher de nouveaux publics, plus jeunes, qui ne consomment pas de culture. Il est possible de faire un pont entre le numérique et ses collections afin de rajeunir les œuvres. Autre intérêt, celui de commercialiser des droits plus facilement. Nous échangeons avec un musée qui conserve des objets industriels et qui commercialise leurs motifs dans le secteur de la mode. Un NFT pourrait permettre de vendre ce motif en haute définition pour une réutilisation par un tiers. Enfin, il y a un enjeu de souveraineté car les plateformes qui permettent de créer des NFT sont principalement américaines et chinoises.

Votre but est donc de créer une plateforme française pour les institutions culturelles ?

Tout à fait, l’enjeu est de distribuer les NFT d’œuvre patrimoniales sur des sites web agréés par l’autorité des marchés financiers (AMF).  Aujourd’hui, il n’existe pas de plateforme d’échanges 100% française. Les principales sont l’américaine OpenSea, la plateforme spécialisée dans l’art numérique « génératif » Art Blocks et la britannique Foundation. Or, les musées veulent savoir à qui elles vendent des NFT. C’est pourquoi nous souhaitons apporter une couche d’authentification. Nous voulons aussi donner la possibilité de créer des NFT à partir de Smart contracts propriétaires et adaptés aux demandes des musées et des galeries.  Je m’explique. Aujourd’hui, les NFT créés sur les plateformes doivent entrer dans un format imposé de Smart contracts. Par exemple, certains NFT ne peuvent être achetés qu’en Ether sur la blockchain Ethereum. Nous créons donc le NFT d’abord qui pourra être stocké ensuite sur la blockchain du choix du musée. Le Smart contract gérant le NFT pourrait déterminer le temps de possession d’une œuvre par exemple et les droits de suite sur le marché secondaire. Un musée pourra décider que l’acheteur ne puisse revendre son NFT que dans un an minimum. Autre point important que nous développons, la possibilité d’être payé en euros, et pas en cryptomonnaies. Pour cela, nous voulons convertir instantanément les cryptomonnaies en stable coin qui copie la valeur d’une devise, telle que l’euro ou le dollar. Cela permet aux institutions d’éviter le problème de volatilité des cryptomonnaies. Nous estimons qu’il y a 30 tâches à effectuer entre la création d’un NFT et sa revente. Nous accompagnons nos clients durant tout ce parcours.

Le fait de transformer une œuvre ne pose-t-il pas des problèmes d’intégrité ?

Je pense que deux types de NFT vont exister, la simple copie numérique et l’œuvre augmentée par une couche artistique. Une couche d’art contemporain peut également être ajoutée sur une œuvre. En effet, cela peut poser des problèmes de recevabilité, certains peuvent penser que cela vient altérer l’œuvre originelle. L’essentiel est de garder le sens de l’œuvre. Une autorisation de l’ayant sera dans tous les cas indispensable. Après tout, cela n’est pas si contradictoire avec ce qui a pu se passer dans l’Histoire de l’art auparavant. Marcel Duchamp a ajouté une moustache à la Joconde en 1919. Ce n’est pas parce qu’on parle de numérique que ce doit être moins recevable.

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