Les jeunes pousses du Business Travel ont le vent en poupe et attirent de nombreux investisseurs, principalement étrangers. Mais à quoi est dû cet attrait pour les startups du BT, qui plus est en période de crise ? Si la conjoncture économique est favorable à l’investissement, l’innovation est plus que jamais au cœur des enjeux.
Rodolphe Ardant, PDG et CEO de Spendesk
En janvier 2022, à quelques jours d’intervalle, Spendesk et TravelPerk, deux startups spécialisées dans le Business Travel, obtenaient le statut de licorne après une nouvelle levée de fonds de plus de 100 millions de dollars. Une valorisation qui dépasse alors le milliard de dollars, pour des jeunes pousses dont l’activité a pourtant été mise à mal ces derniers mois. Pour Spendesk, si ce nouveau statut ne change rien à l’ADN de la société, devenir une licorne lui a permis de gagner en notoriété : « Côté recrutement, ce nouveau statut nous permet d’approcher de nouveaux talents, notamment à l’international et de faire valoir notre entreprise auprès d’eux. Devenir une licorne nous permet de leur faire comprendre qu’ils s’engagent dans une aventure solide », confiait il y a peu Rodolphe Ardant, CEO de la jeune pousse à nos confrères de DéplacementsPros. L’espagnole TravelPerk, elle, souhaitait avant tout accélérer son développement à l’international notamment en Europe et aux Etats-Unis. En parallèle, la française Fluctuo finalisait également un nouveau tour de table à hauteur de 1,6 million d'euros, auprès de 574 Invest, le fonds d’investissement de la SNCF, et de Statkraft Ventures.
Des investisseurs internationaux plus nombreux
Avec des levées de fonds toujours plus importantes, la question qui se pose est : qu’est-ce qui pousse les investisseurs, notamment étrangers, à investir autant dans les startups françaises ou européennes du Travel ? Pour Laurence Ruiz, co-fondatrice et associée du cabinet d'expertise comptable Orbiss : « Il y a actuellement énormément d’argent disponible dans les fonds ce qui fait qu’il y a beaucoup de liquidités ». Rodolphe Ardant ajoute qu’ « à cause (ou grâce) à la pandémie, les politiques des banques centrales ont donné les liquidités suffisantes pour les pousser à investir ». Pour ce qui est de l’attrait envers la French Tech (et pas uniquement dans le secteur du Travel), tout ceci est relié à un contexte où l’innovation et la transformation sont une véritable tendance de fond : « Tout ceci est en train d’arriver en Europe. Notre économie se transforme et attire davantage d’investisseurs étrangers. La dynamique est la même qu’aux Etats-Unis il y a 10 ans, ce qui favorise cet engouement. Les investisseurs se disent : 'Tient il se passe la même chose qu’il y a quelques années aux US, on va aller investir en Europe' ».
Laurence Ruiz, co-fondatrice et associée du cabinet d'expertise comptable Orbiss
La co-fondatrice d’Orbiss complète : « Nous observons qu'aux Etats-Unis les plus belles valorisations sont souvent françaises et je pense que tout cela est porté par la politique du Président Emmanuel Macron depuis cinq ans. La French Tech séduit aux Etats-Unis mais aussi en Asie ». C’est un fait, la French Tech a la cote ! Avec plus de 20 000 startups, l’écosystème français a levé 11,6 milliards d’euros en 2021, soit +115% par rapport à l’année précédente. En un an, il a également engendré 12 nouvelles licornes, contre seulement 3 en 2020, avec une levée de fonds record pour Sorare, jeune pousse spécialisée dans les cryptomonnaie, qui a levé 680 millions de dollars.
La transformation digitale au cœur des enjeux
Une dynamique qui pousse aujourd’hui les jeunes pousses à se développer et les industries à accélérer leur transformation digitale : « Le rôle d’innovation est l’essence même de la startup. Elle a vocation à utiliser la technologie pour permettre à un marché de faire les choses de manière différente. Est-ce que notre rôle est de transformer l’industrie ? Au-delà de l’industrie c’est plutôt notre façon de travailler et notre relation à l’entreprise qui est en train de se transformer, notamment sur la partie gestion des finances », avait alors expliqué le PDG de Spendesk.
Pour Laurence Ruiz, de nombreuses startups ont su profiter de cette crise pour trouver leur marché : « Les marchés ont finalement repris assez rapidement car beaucoup de sociétés ont vu leur modèle s’accélérer durant la crise. Il y a eu un réel regain d’intérêt pour les solutions innovantes, notamment sur tout ce qui touche à la gestion des dépenses liées aux voyages d’affaires ou à leur organisation. Aux US, les busines travelers sont revenus. Autant qu’avant je ne pense pas mais les travailleurs reprennent à nouveau régulièrement l’avion. La reprise se fait progressivement ».
Photo d'ouverture : @Bruce Mars