« Le métavers ressemblera avant tout à ce que nous en ferons collectivement »

Le métavers existe-t-il vraiment ? Allons-nous vivre une existence parallèle ?

Nous suivre sur Google
JL

Julia Luczak-Rougeaux

7 avril 20225 min de lecture

le-metavers-ressemblera-avant-tout-a-ce-que-nous-en-ferons-collectivement
© Michel Catalisano

Le métavers existe-t-il vraiment ? Allons-nous vivre une existence parallèle ? Loin des promesses marketing, Alexia Guillard, Agile strategist chez Fabernovel et Jean-Christophe Liaubet, Managing Partner chez Fabernovel, reviennent sur les véritables enjeux du métavers et du Web3 et sur leurs répercussions sur notre manière de voyager.

Quel est pour vous l’intérêt du métavers pour le secteur du voyage ?

Alexia Guillard : Le métavers est un univers persistant, interconnecté, décentralisé, dans lequel on se plonge. Il est un voyage en soi, que l’on y accède par la réalité virtuelle, la réalité augmentée ou par un navigateur web. Le métavers se veut inclusif et communautaire. Il pourrait bousculer les codes du voyage car il donne la possibilité à tous de découvrir de nouveaux environnements et d’interagir avec eux. Cette interaction peut se faire avec un nombre d’utilisateurs illimité. Par exemple, on peut se rendre en Egypte et reconstruire la pyramide de Kheops en réalité augmentée à l’aide de son doigt. Il s’agit d’une nouvelle manière de voyager.

Jean-Christophe Liaubet : La proposition de valeur du métavers repose sur le Web3 que l’on considère comme le 3e chapitre d’Internet. Il repose sur plusieurs principes technologiques et idéologiques. Le premier est la décentralisation grâce à la blockchain. Le deuxième est le principe de souveraineté des communautés. Le Web 2.0 s’est construit autour de données préemptées par les grandes plateformes numériques. Ce nouveau chapitre permettra de reprendre la main sur ses données, ses actifs et ses créations. Le troisième principe et celui du partage de la valeur. Les NFT (jetons non fongibles authentifiant des objets numériques, ndlr) incarnent cette idée.

Le métavers n’est pas si nouveau. Second Life a été lancé il y a 20 ans, mais le logiciel n’a pas su créer un pont avec l’économie réelle. Le monde n’était pas assez connecté pour assurer son succès. Aujourd’hui, les mondes virtuels permettent de recréer du lien et de fidéliser. Ils permettent aussi plus d’inclusion puisque les personnes ne pouvant se déplacer physiquement peuvent y accéder.

Et pour le voyage d’affaires ?

Alexia Guillard : La problématique est la même dans le fond. Seule l’expérience change. Plusieurs métavers se sont construits autour du travail, tels qu’Horizon Workrooms et Microsoft Mesh. On peut imaginer demain de pouvoir s’y plonger pour signer des contrats. On pourra défier les lois de la physique, augmenter nos sens et changer l’angle de vue. Nous n’avons pas encore de chiffres affirmant que ces rencontres virtuelles seront moins polluantes que les réelles, mais à terme elles le seront sûrement.

Jean-Christophe Liaubet : De nombreux métavers, comme Omniverse de Nvidia, répondent à des problématiques industrielles. Même si les déplacements professionnels seront sans doute moins nombreux désormais, je pense qu’ils existeront toujours.

Ces voyages dans les mondes virtuels vont-ils remplacer les vrais voyages, comme certains le craignent ?

Alexia Guillard : Je pense qu’il s’agit davantage d’un complément, d’un déclencheur d’envie. S’ils venaient remplacer le vrai voyage, cela poserait des questions environnementales mais aussi sociales. Beaucoup de personnes dépendent du tourisme.

Faudra-t-il nécessairement être présent dans le métavers ?

Jean-Christophe Liaubet : Je pense qu’il n’y aura pas un seul métavers, mais plusieurs, à la manière des groupes WhatsApp. C’est l’outil qu’on utilise massivement pour socialiser aujourd’hui. Ce sera la même chose demain mais avec des avatars dans une version plus aboutie. Nous nous retrouverons dans des lieux réels ou fantasmés et il faudra réfléchir à sa singularité comme c’est déjà le cas dans la vie réelle. Les métavers ressembleront avant tout à ce que nous en ferons collectivement.

L’enjeu est l’interopérabilité entre ces métavers. Plus les utilisateurs vont acheter des NFT, plus ils vont vouloir les utiliser dans n’importe quel monde virtuel. Certains de nos clients achètent des terrains dans The Sandbox ou Decentraland, mais pour y faire quoi ? C’est cette réponse qui déterminera le succès des métavers. Une communauté doit se créer autour d’un sens commun.

La réalité virtuelle sera-t-elle la porte d’entrée principale ? Allons-nous vivre comme dans le film Ready Player One ?

Alexia Guillard : Le film Ready Player One mise en effet tout sur la réalité virtuelle. Mais je pense que c’est une technologie d’accessibilité parmi tant d’autres. Je pense que l’on sera content de se reconnecter à la réalité au bout d’une heure passée avec un casque sur les yeux. En revanche, je pense que la réalité augmentée est plus pertinente au quotidien. Nous pourrons être dans un métavers en amplifiant notre réalité.

Jean-Christophe Liaubet : Je pense qu’il faut s’interroger dès maintenant sur le futur souhaitable et non souhaitable. Dans Ready Player One, le côté dystopique est bien présent. Nous sommes heureusement loin du monde 100% virtuel et abrutissant qui est dépeint. Nous ne savons pas quand le métavers passera à l’échelle. Une chose est sûre, c’est qu’en termes d’équipement et de porte d’entrée, nous sommes encore loin du film. Je pense comme Alexia que la réalité augmentée sera l’un des premiers ponts car la pénétration se fera par le smartphone. On pourra par exemple regarder un match de foot dans un stade, tout en ayant le nom des joueurs ou des zooms sur des actions sur son écran. On pourra avoir le nom des monuments et leurs informations lors de balades.

La définition du métavers est subjective. Pour Meta, anciennement Facebook, il est basé sur la réalité virtuelle. Pour Snapchat, Niantic (créateur de Pokémon Go, ndlr), il passe par la réalité augmentée quand Nvidia, Apple et Microsoft y voit un usage plus professionnel. Nous n’avons pas besoin d’une expérience 100% immersive, ce qui compte, c’est de faire voyager les gens.

Alexia Guillard : J’ajouterai que pour The Sandbox et Decentraland, le métavers repose d’abord sur un navigateur web. La réalité virtuelle n’est pas du tout nécessaire. Selon moi, tant que les entreprises développeront des métavers plutôt que de trouver des standards, il n’y aura pas de démocratisation.

Sur la même thématique

Voir tout