Présidentielles : quels sont les programmes des candidats sur le numérique ?

France Digitale a publié un comparateur subjectif sur les programmes des candidats aux élections présidentielles sur la question du numérique.

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Julia Luczak-Rougeaux

9 mars 20227 min de lecture

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© NeONBRAND

France Digitale a publié un comparateur subjectif sur les programmes des candidats aux élections présidentielles sur la question du numérique. Voici ce qu’il faut en retenir.

En guise d’introduction, France Digitale se réjouit de trouver au moins une proposition du Manifeste des startups françaises dans chaque programme des candidats aux élections présidentielles. Ce manifeste est le résultat d’un travail de plusieurs mois entre plus de 2 000 startups nationales et fonds d’investissements français pour construire des propositions concrètes et tracer une feuille de route claire pour les années à venir. En revanche, l’organisation de startups déplore le fait que le numérique ne soit toujours pas assez présent dans la campagne et le manque de vision globale.

Le comparateur a épluché les programmes des candidats dans 8 domaines (Fiscalité et financement de l’écosystème, Souveraineté – GAFAM, Education et Formation, Cybersécurité, Innovation et impact, Droit du travail, Commande publique et Etat et services publics). Tous ne sont pas représentés faute de propositions ou de publication du programme, comme c’est le cas avec Emmanuel Macron.

Fiscalité et financement de l’écosystème

Dans cette section, France Digitale identifie deux tendances. L’organisation constate que « les partis de gauche proposent de nouvelles taxes qui pourraient menacer le développement des startups et l’attractivité des fonds d’investissement français et européens ».

Fabien Roussel propose par exemple l’instauration d’un nouvel impôt sur le capital des entreprises, via une taxe professionnelle calculée sur la valeur des actifs immobiliers et matériels des entreprises, pour alimenter les budgets locaux. Yannick Jadot entend lui mettre en place une nouvelle taxe de « contribution sur le trafic internet » pour financer des maisons des services publics.

Deuxième tendance observée par France Digitale, le fait que certains candidats proposent des mesures pour mieux financer l’entrepreneuriat français et l’innovation, même si certaines manquent encore de précision.

Marine Le Pen propose par exemple de créer un fonds souverain français (FSF) pour « mettre l’épargne des Français au service de l’économie productive, la rémunérer et proposer aux Français qui se souhaitent de devenir actionnaires de la Maison France ». Eric Zemmour veut quant à lui créer un livret innovation pour permettre aux Français d’investir sans aucune fiscalité dans les startups et entreprises innovantes.

Souveraineté – GAFAM

La question de la souveraineté numérique française et européenne est au cœur des propositions autour du numérique. France Digitale constate que tous les candidats condamnent la situation de quasi-monopole des « Big Tech ». En revanche, peu de solutions concrètes sont proposées pour y remédier.

« Trop de programmes présidentiels se limitent à des déclarations d’intention pour renforcer le cadre réglementaire, sans mentionner les initiatives européennes et mondiales qui méritent pourtant de bénéficier d’un soutien appuyé du futur gouvernement pour unir nos forces à Bruxelles : le Digital Market Act, le Digital Services Act, et l'accord sur la taxation des multinationales et l'impôt minimum mondial de l’OCDE. », déclare l’organisation de startups dans ce comparatif.

Elle déplore le fait que certains candidats lancent des appels aux nouvelles taxes du secteur numérique (Marine Le Pen, Nicolas Dupont-Aignan, Anne Hidalgo, Yannick Jadot, Fabien Roussel). Or, la taxe française sur les services numériques (« taxe GAFAM), qui visait initialement les géants du numérique, se répercute sur les startups françaises et les consommateurs selon France Digitale. Elle ne fonctionne pas et crée une double pleine. Autre critique formulée, le fait que certains candidats portent des mesures parfois trop caricaturales et irréalistes, en appelant au démantèlement des GAFAM par exemple.

Education et Formation

L’organisation considère que la formation initiale au numérique à l’école reste aujourd'hui trop restreinte et que les formations tardent à se construire pour correspondre aux nouveaux métiers du numérique.

D’une manière générale, les candidats souhaitent développer des formations aux nouveaux métiers numériques.

Alors qu’il avait dénigré l’apprentissage du code à l’école, Eric Zemmour défend l’enseignement de la programmation informatique dès le secondaire, ce qui est salué par France Digitale. Nicolas Dupont-Aignan souhaite lui instaurer une « excellence numérique » au collège avec des cours de programmation-codage, d’algorithmie, de conception de systèmes et de manipulation des outils digitaux. Jean-Luc Mélenchon souhaite de son côté développer une filière publique de formation dans le secteur du jeu vidéo.

Cybersécurité

France Digitale considère que les candidats ne s’intéressent pas assez aux problématiques autour de la cybersécurité, alors que les attaques se multiplient ces derniers temps. Certains d’entre eux avancent néanmoins quelques propositions concrètes pour renforcer notre écosystème cyber. C’est le cas de Valérie Pécresse qui veut créer un parquet national cyber ou de Jean-Luc Mélenchon qui veut créer une véritable « flotte de drones sous-marins » pour protéger les câbles donnant accès à Internet.

Innovation et impact

Pour l’organisation, l’innovation est un impératif pour faire face à des situations critiques qui doit « intégrer les enjeux de transition environnementale, pour penser le succès économique et les valeurs éthiques comme un seul et même modèle d’affaires ».

France Digitale observe une volonté de soutenir fiscalement l’entrepreneuriat à impact, mais considère que les règles d’engagements restent trop floues. Elle donne l’exemple de Yannick Jadot et d’Anne Hidalgo qui souhaitent la création d’une TVA réduite « seconde vie » applicable au reconditionné. Elle juge également que l’idée que de restreindre l’implantation de centres de donnée sur notre territoire avancée par Anne Hidalgo, Yannick Jadot et Jean-Luc Mélenchon, est « une fausse bonne idée ». Selon l’organisation, il est impossible de construire un cloud européen souverain sans construire davantage de centres pouvant héberger nos données.

Enfin, certains candidats souhaitent se démarquer en s’intéressant à des thématiques de niche. Valérie Pécresse défend par exemple le développement du spatial réutilisable et Eric Zemmour croit en la blockchain et le Web3.

Droit du travail

Les enjeux de compétitivité et d’attractivité des startups sur le marché de l’emploi numérique mondial sont globalement ignorés par les candidats selon France Digitale. Elle salue néanmoins certaines idées comme celle de Marine Le Pen d’exonérer d'impôt sur les sociétés les jeunes entrepreneurs de moins de 30 ans pendant 5 ans pour éviter leur départ à l’étranger après leurs études

L’organisation remarque qu’il existe un clivage entre la droite et la gauche sur la question du droit du travail. La droite souhaite assouplir la réglementation quand la gauche propose au contraire de réglementer davantage le droit du travail.

Commande publique

Tous les candidats ou presque veulent la mise en place d’une préférence européenne (d’Eric Zemmour à Fabien Roussel, en passant par Valérie Pécresse, Yannick Jadot et Anne Hidalgo) et/ou nationale (Marine Le Pen, Nicolas Dupont-Aignan et Jean-Luc Mélenchon) pour la commande publique. Par exemple, Valérie Pécresse et Eric Zemmour voudraient instaurer l’obligation pour l’État, les collectivités locales et les opérateurs publics d’acheter plus de 50 % de leurs logiciels à des fournisseurs européens.

Nombreux candidats sont favorables à un « Small Business Act » qui facilite l’accès des TPE et PME à la commande publique régionale. En revanche, France Digitale remarque que les propositions sont encore trop incantatoires sur l’hébergement et la circulation des données et ignorent trop souvent les avancées européennes sur la régulation numérique ou sur le soutien à la souveraineté technologique et à l’innovation.

Etat et services publics

Valérie Pécresse est la seule à proposer la nomination d’un ministre du Numérique, ce que déplore France Digitale : « Nous voulons “un pilote dans l’avion”, en capacité de siéger de manière permanente au Conseil des Ministres et dans les rencontres interministérielles pour accompagner la transformation de la société et acter l’importance stratégique du numérique pour la France dans un contexte de dépendance vis-à-vis des Big Tech », écrit-elle.

La majorité des candidats veut plus d’accessibilité numérique dans l’ensemble des territoires. A contrario, certains souhaitent une « dénumérisation » à l’image de Jean-Luc Mélenchon qui souhaite le retour des formulaires papiers dans l’administration. La simplification administrative n’est d’ailleurs pas assez centrale dans les programmes des candidats selon France Digitale.

Pour visualiser le programme des candidats en détails, c'est par ici.

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