Cloud : « Il est grand temps d’acquérir une souveraineté européenne »

Les sociétés du Tourisme sont de plus en plus nombreuses à migrer vers le cloud pour des raisons d’efficacité et des raisons écologiques.

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Julia Luczak-Rougeaux

3 mars 20222 min de lecture

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© Lars Kienle

Les sociétés du Tourisme sont de plus en plus nombreuses à migrer vers le cloud pour des raisons d’efficacité et des raisons écologiques. Une migration qui se fait en majorité aux côtés de géants américains qui dominent le marché, ce qui n’est pas sans poser des questions en termes de protection des données. Décryptage avec Eric Barthélémy, co-fondateur de ViaXoft.

Amadeus chez Microsoft, Sabre chez Google, SNCF chez Amazon Web Services… Pourquoi de nombreux acteurs du Tourisme migrent-ils vers le cloud à travers des sociétés américaines ?

Il faut d’abord différencier cloud public et privé. Les GDS tels qu’Amadeus et Sabre avaient déjà un cloud privé pour gérer leurs grands flux de données. Désormais, ils se tournent vers le cloud public. Pourquoi ? Pour utiliser une technologie plus récente et adaptée à leurs besoins. Le cloud a bien évolué et fonctionne désormais sur le modèle « infrastructure as a service ». Cela veut dire que l’infrastructure est évolutive en fonction des besoins en temps réel, lorsqu’il y a un pic de connexion par exemple. Des services additionnels sont également proposés et sont efficaces en termes de monitoring et de scalabilité. Aujourd’hui, les applications qui sont créées sont adaptées à ces nouvelles infrastructures. Mettre à jour les applications coûterait plus cher que de se tourner vers ces services.

Cette migration gérée par des sociétés américaines n’est elle pas risquée en termes de protection de données ?

Aujourd’hui tout est encore flou. Aux Etats-Unis, le Cloud Act (loi adoptée en 2018 qui permet aux instances de justice américaines d’accéder aux données des fournisseurs de services établis sur le territoire, ndlr) fait polémique. Le Privacy Shield, qui encadrait les transferts de données entre l'Union européenne et les États-Unis, a été invalidé en 2020. Il est possible d’héberger des données chez Microsoft tout en les stockant en Europe. L’Autriche vient d’interdire Google Analytics et la France commence à mettre en cause le service. Voilà la situation aujourd'hui. 90% des entreprises qui migrent vers le cloud se tournent vers des entreprises américaines. Je pense qu’il est grand temps d’acquérir une souveraineté européenne que ce soit dans le cloud et l’intelligence artificielle pour exister face à Google, Microsoft ou Amazon.

Pourquoi les entreprises ne se tournent-elles pas vers des sociétés françaises, telles qu’OVH ?

OVH n’est pas au niveau, tout comme d’autres sociétés européennes. C’est pourquoi elles signent des partenariats avec les Américains pour compenser. Il va falloir plusieurs années pour rattraper leur retard. Cela devient stratégique, on l’a vu pendant la crise sanitaire et maintenant avec la guerre en Ukraine. Je pense que le grand public, en rejoignant massivement des services gratuits en échange de leurs données, a quelque part ouvert la voie à ces entreprises. Or, toute la valeur réside dans les données aujourd’hui. Il se passe la même chose dans le BtoB avec en revanche moins de risque pour la protection des données.

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