Depuis plusieurs années, les musées et lieux de patrimoine ne cessent de se réinventer et d’adopter la technologie pour enrichir le parcours de visite. Plus récemment, c’est l’immersion qui est recherchée, facilitée par l’usage de la réalité virtuelle et de technologies olfactives. Ces expériences, plus proches du divertissement et parfois hors les murs, sont-elles une bonne chose pour le secteur de la Culture ?
Les outils de médiation ont bien évolué dans le secteur de la Culture ces dernières années. Fini les audioguides traditionnels et les plaquettes explicatives. Mêmes si ceux-ci demeurent, ils ont laissé la place à des applications mobiles, des expériences en réalité augmentée, en réalité virtuelle et à l’intelligence artificielle. A titre d’exemple, le musée de l’Armée propose une expérience en réalité augmentée autour de l’univers d’Assassin’s Creed, le château de Chambord permet de retourner à la Renaissance à travers l’HistoPad équipé lui aussi de réalité augmentée, le Louvre propose des Nintendo 3DS pour les enfants, le château du Clos Lucé immerge les visiteurs dans l’univers de Léonard De Vinci à travers la réalité virtuelle et la fondation Louis Vuitton met à disposition un chatbot pour en apprendre plus sur les œuvres exposées.
Parallèlement à ces nouveau outils de médiation se développent des expériences immersives créées ad nihilo. La visite n’est presque plus pensée autour de l’œuvre, elle devient un prétexte pour vivre une expérience. Les œuvres y sont interchangeables, s’adaptent à de nouveaux formats. Elles sont même parfois créées pour cette expérience. L’exemple le plus parlant sont les expériences immersives proposées par la société Culturespaces (Carrières de Lumières aux Baux-de-Provence, l’Atelier des Lumières à Paris, les Bassins des Lumières à Bordeaux, etc.). Sur les murs les œuvres défilent au rythme de la musique, deviennent parfois vivantes, loin des tableaux accrochés au mur dans les musées. Une expérience visuelle plus qu’intellectuelle puisqu’aucune information sur les œuvres n’est délivrée pendant la visite (quelques textes sont proposés en amont).
Exposition Cezanne, lumières de Provence à l'Atelier des Lumières @Culturespaces
L’immersion est également rendue possible grâce à la réalité virtuelle. Le travail le plus impressionnant est celui de la société Emissive qui a mis au point des « Expéditions immersives » que nous avons pu tester à plusieurs reprises. Equipé d’un casque de réalité virtuelle et d’un sac à dos contenant le dispositif, le visiteur évolue dans une salle en étant libre de ses mouvements. Accompagné d’un guide ou non, il peut visiter l’intérieur de la pyramide de Kheops ou encore la cathédrale Notre Dame de Paris. Une expérience qui peut être proposée dans un établissement culturel, comme c’est le cas actuellement à la Cité de l’architecture et du Patrimoine, ou hors les murs, comme c’est le cas sur le parvis de la Défense. A la croisée de l’art, de la science et de la technologie, la portée de ces créations dépasse la sphère culturelle.
Scan Pyramids VR @Emissive
Pourquoi ne pas rajouter le sens de l’odorat pour immerger les visiteurs lors d’une exposition ? C’est ce que propose le Muséum national d’histoire naturelle à travers une « Odysée sensorielle » présenté jusqu’au mois de juillet. Fruit d’une collaboration avec des réalisateurs, muséographes, scénographes, ingénieurs et développeurs, neuroscientifiques, plasticiens, parfumeurs et créateurs d’effets spéciaux sensoriels, l’exposition transporte le visiteur dans la savane, la forêt tropicale, l’océan ou le Grand Nord à travers des vidéos et des odeurs.
Le spectacle avant la transmission ?
Faut-il favoriser l’aspect « divertissement » au détriment de la transmission de la connaissance ? Ces visiteurs qui auront vu les œuvres animées d’un artiste à l’Atelier des Lumières ou visité la grotte de Lascaux virtuellement auront-il appris quelque chose ? C’est là toute la complexité de ces nouveaux supports. L’immersion engendre des émotions qui permettent de mieux retenir les informations qui auront été dispensées. Mais encore faut-il en recevoir.
Ces expériences sont, dans tous les cas, une bonne introduction au travail d’un artiste, à la visite d’un monument, à l’enrichissement de contenus déjà existants. Elles ne doivent pas exister seules, mais permettre au plus grand nombre d’accéder à la Culture.