Luxe, jeu-vidéo, mode, art… beaucoup de secteurs d’activités ont déjà investi le métavers quand d’autres réfléchissent encore à l’intérêt que ces mondes virtuels représenteraient pour eux. C’est le cas du secteur de l’hôtellerie, qui, pourtant bien ancré dans le réel, pourrait créer de nouvelles expériences et de la valeur pour les clients. Explications avec Daniel Doppler, Président de Quicktext, entreprise spécialisée dans l’intelligence artificielle dans l’hôtellerie.
« Pensez-vous vraiment que tous les hôteliers vont payer 100 000 euros minimum pour créer un jumeau numérique dans le métavers ? Non. Il ne faut pas prendre le problème à l’envers », affirme Daniel Doppler, Président de Quicktext. Selon lui, l’hôtel n’a aucun intérêt à répliquer son établissement pour dire « j’y suis ».
En revanche, des sociétés comme Google et Apple vont peut-être le faire pour lui à travers des outils de cartographie transposés virtuellement. « Je pense que chaque maison, chaque hôtel, chaque restaurant, aura sa représentation 3D. On n’inventera rien, car cela existe déjà. En revanche, si un utilisateur passe devant un palace, il va vouloir y rentrer alors qu’il ne l’aurait jamais fait dans la vraie vie. Cela va générer beaucoup de trafic pour le palace. Imaginez toutes ces personnes qui arrivent avec des questions du type ‘Peut-on boire un verre au bar sans être client ? ‘ L’équipe ne pourra pas gérer toutes ces demandes. C’est là que l’intelligence artificielle entre en jeu ». Pour répondre aux questions dans la « vraie vie », par e-mail, sur les réseaux sociaux et bientôt dans le métavers, l’hôtelier a tout intérêt à automatiser certains processus. « Si vous n’avez pas d’intelligence artificielle, vous n’irez pas dans le métavers », résume le président de Quicktext.
Expériences et shopping virtuels
Imaginons le cas où un hôtelier décide d’investir de l’argent dans un jumeau numérique afin de gagner en notoriété (parce qu’il fera partie des pionniers). « Dans ce cas-ci, il aura tout intérêt à installer son établissement virtuel dans un lieu où des internautes viendront faire du shopping, comme le métavers de Gucci par exemple ». C’est donc par le biais d’une autre marque ou d’un métavers sur un thème spécifique que l’hôtel pourra gagner en visibilité.
Selon Daniel Doppler, des réservations pour une chambre virtuelle ou réelle pourront même être générées par ce biais. « Notre chatbot Velma a généré 139 millions de dollars de volume d’affaires depuis sa création alors que personne n’imaginait que les clients réserveraient via une IA. Je pense donc que tout est possible », continue-t-il. Pour toute réservation d’une chambre virtuelle, l’hôtel pourrait proposer des cours de cuisine, de yoga, de mixologie ou l’accès à des concerts virtuels. Grâce à des partenariats avec des galeries d’art, le client pourrait accéder à des expositions d’œuvres NFT. « Cela représentera peut-être 0,01% des personnes qui se rendront dans l’hôtel virtuel, mais cela suffit », ajoute Daniel Doppler. Selon lui, des chaînes telles que Mama Shelter pourraient totalement s’inscrire dans ce genre d’offres en raison de sa clientèle jeune et branchée.
Et pour les personnes qui de prime abord ne seraient pas intéressées par ce genre d’expériences numériques, des ponts entre réel et virtuel peuvent être créés. « On peut très bien imaginer que si un client réserve une chambre pour 4 nuits dans le monde réel, cela lui donne accès à 4 semaines dans le métavers avec toutes les expériences qui vont avec. A l’inverse, s’il prend un abonnement d’un an dans le métavers, il pourra profiter de deux nuits offertes dans la vraie vie », explique-t-il. Ces ponts permettraient notamment de garder un contact avec le client tout au long de l’année, en lui faisant découvrir de nouveaux établissements via leur jumeau numérique.
Revoir ses outils numériques
« Aujourd’hui, il n’y a pas un seul hôtel qui n’est pas sur Internet, je pense qu’il se passera pareil avec le métavers », affirme le président de Quicktext. Mais avant même d’adopter l’intelligence artificielle, les hôteliers devront revoir tous leurs outils numériques s’ils veulent suivre la cadence. « Le booking engine devra être puissant pour gérer les réservations virtuelles comme réelles. Pour les gérer, un CRM sera également indispensable. Alors oui, les hôteliers n’en ont pas besoin là maintenant, mais je les invite à y réfléchir. Pour ceux qui sont déjà en retard, le fossé se creusera davantage », conclut Daniel Doppler.