Mis en scène dans la série Black mirror ou dénoncés dans le documentaire « Derrière nos écrans de fumées » (Netflix), les écrans se retrouvent régulièrement au cœur des polémiques du numérique. Ils créent des addictions, déforment la réalité et détournent les utilisateurs d’une existence physique. Pourtant dans le tourisme, ils sont un outil indispensable pour augmenter l’expérience de voyage. Dans cette chronique, nous nous demanderons comment les écrans recomposent l’expérience touristique.
Avant d’être numérique, la projection d’un visuel sur un support restait le cœur de nombreuses inventions. Ainsi le thaumatrope, le folioscope ou le praxinoscope jouaient sur des effets d’optiques pour créer de brèves animations (Upopi, 2021). Avec l’avancée des technologies, ces projections deviennent automatisées puis électroniques et se focalisent sur des écrans. Ces derniers attirent les regards et intègrent peu à peu l’intimité des utilisateurs : les cinémas projettent des films au grand public ; les télévisions intègrent les foyers dans les années 70 ; puis les écrans des smartphones deviennent individuels, interactifs et addictifs. Bien qu’ils soient une source de divertissement incontournable, ils peuvent entrainer un risque physique, psychique et social pour les utilisateurs (drogue.gouv, 2021).
Les écrans pour augmenter l’expérience touristique
Dans le tourisme, les écrans sont omniprésents et rendent visibles les destinations touristiques (films, reportages, posts, etc.). Ils deviennent une source d’information et de divertissement capable de représenter l’immensité, la complexité ou la fragilité de nos environnements. Les écrans ont d’abord digitalisé des supports existants (brochures, magasines, etc.) pour ensuite exprimer les différentes possibilités du numérique :
- Assurer une disponibilité de l’information touristique : à travers l’utilisation d’une application mobile, d’une borne ou d’un totem. Les écrans se rendent disponibles 24h/7j pour porter l’information depuis un site internet, des réseaux sociaux, ou une application.
- Automatiser des procédures : ils deviennent un intermédiaire entre un système informatique et un humain. Ainsi, de nombreuses taches deviennent automatisées et directement réalisables depuis des écrans (achat d’un ticket de métro, enregistrement d’un vol, réservation d’une activité).
- Distraire les voyageurs : les écrans sont une source de plaisir car synonymes de loisir. Ils incarnent les offres de divertissement à bord des transports (ex : TGV INOUI); ils intègrent les chambres d’hôtel (ex Gamestream) et se substituent partiellement aux expositions pour les animer et les révéler (ex : réalité augmentée au Muséum d’histoire naturelle).
Les écrans pour devenir un lieu touristique
Nous pouvons considérer que les lieux touristiques sont uniquement créés par des paysages naturels, des sites historiques ou des espaces urbains. Cependant, les écrans peuvent aussi devenir des sites touristiques qui viennent créer un environnement touristique :
- Répondre à de nouveaux positionnements : l’arrivée de nouvelles technologies construit de nouveaux positionnements dans le tourisme. Certains d’entre eux nécessitent des écrans, comme les compétitions esport (compétition de jeu vidéo), la retransmission de grands évènements sportifs (écrans géants au pied de la tour Eiffel lors de la coupe du monde de foot), le développement d’activités immersives (Futuroscope, Atelier des lumières), ou l’animation de concerts évènements (concert d’Indochine à Paris Bercy avec écran plafonnier géant).
- Devenir un site ou une attraction touristique: les écrans peuvent aussi devenir un lieu touristique à part entière. Times square ou Picadilly Circus restent les plus populaires et marquent depuis plusieurs décennies une digitalisation des sites d’intérêts touristiques. Plus récemment c’est le D-stric concept qui fait régulièrement parler de lui avec un écran haute définition immersif et débordant (Corée du Sud). Parce-qu’ils sont spectaculaires, ces écrans attirent l’attention et constituent l‘image d’un site touristique.
Les écrans pour concevoir le tourisme de demain ?
La forte digitalisation de ces dernières années et la prise de conscience environnementale entraine un certain rejet des écrans. Pourtant, il semble que la « projection d’un visuel sur un support » ne semble être qu’à ses prémices. Les écrans cathodiques, plasma ou LCD ne sont que les bribes de ces technologies. Le fantasme de l’écran transparent et interactif largement popularisé par la science-fiction n’est pas encore d’actualité. Cependant certaines initiatives commencent à recomposer la place des écrans dans l’expérience touristique.
- Projection sur surface inerte : grâce à la projection, chaque surface est capable de devenir un écran. La fêtes des lumières à Lyon ou le Puy de lumière au Puy-en-Velay présentent depuis plusieurs années une scénographie son et lumière sur les bâtiments emblématiques des villes. Ils proposent une nouvelle lecture des espaces pour ré-enchanter les visites nocturnes.
- Hologramme : bien qu’il soit en réalité techniquement impossible de créer des hologrammes, certaines projections tentent de s’y rapprocher en jouant sur des effets de d’ombre et de profondeurs. Nous pouvons prendre l’exemple des Bouddhas de Bâmiyân détruits par les talibans en 2001 (Afghanistan). En 2015, pour retrouver la grandeur de ces édifices, une projection 3D – présentée comme hologramme – a permis de repositionner l’image de la statue dans son emplacement lors d’un bref évènement pour reconstituer ce qui était perdu.
- Coordination des drones : dans une autre dimension, c’est la coordination des drones dans les airs qui constitue de nouveaux spectacles. Ils se situent dans la continuité des feux d’artifices qui proposent des animations nocturnes en trois dimensions. Le nombre de drones coordonnés ne cesse d’augmenter pour devenir toujours plus spectaculaires : « 300 drones à Walt Disney World pour Noël 2016, 1000 drones à Canton à la Fête des lanternes 2017, 1280 drones en Corée du Sud pour les JO d’hiver 2018 » (Light Zoom Lumière, 2020). L’accumulation de ces points lumineux forment des figures et des animations projetées dans les airs pour profiter d’un nouvel espace disponible.
- Réalité virtuelle et immersive : sans mobilité, il est impossible de pouvoir s’immerger dans les destinations. Les films ou reportages sont un premier élément de réponse mais c’est la réalité virtuelle qui s’affirme comme le meilleur modèle numérique d’immersion. Le développement des métavers est entièrement lié aux écrans mais cette immersion numérique ne semble pas encore concurrencer les activités du secteur.
L’histoire des écrans a commencé avec des effets d’optiques pour raconter des histoires et permettre à chacun de se divertir. Avec l’arrivée du numérique, ces projections se sont multipliées pour intégrer le secteur du tourisme. Comme les innovations technologiques continuent de nous surprendre, la place et la forme que tiendront les écrans dans l’expérience touristique reste tout aussi évolutive.
Bibliographie
Gouvernement (2021), " Les écrans et les jeux vidéo ", en ligne, https://www.drogues.gouv.fr/comprendre/ce-qu-il-faut-savoir-sur/lexposition-aux-ecrans
Light zoom lumière (2020), "12 spectacles de drones les plus époustouflants en nocturne", light zoom lumière, en ligne, https://www.lightzoomlumiere.fr/article/12-spectacles-de-drones-les-plus-epoustouflants-en-nocturne/
Upopi & Ciclic (2021) « à la découverte du cinéma « université populaire des images, en ligne, https://upopi.ciclic.fr/transmettre/parcours-pedagogiques/la-decouverte-du-precinema