Hier se tenait une nouvelle édition du TOTEC, salon dédié aux mutations dans le tourisme, avec pour thème « French Connections ». A cette occasion, une table-ronde s’est déroulée autour de la plateforme Alentour et a permis à Timothée de Roux, CEO de la plateforme, de répondre aux critiques formulées par plusieurs acteurs du secteur.
C’était un temps fort de la journée de conférences dédiée cette année à la France : un face à face entre Timothée de Roux, CEO d’Alentour et Jean Pinard, Directeur du CRT Occitanie, complété de l’expertise de Thomas Saison, Directeur marketing et commercial de La Plagne et de Christian Sabbagh, Président d’Orchestra.
Au cœur des échanges, la plateforme Alentour, lancée par la Banque des Territoires en septembre dernier et qui permet aux prestataires d’activités de se distribuer à travers les hôtels. Un projet du gouvernement né pendant le pic de la crise sanitaire en mai 2020 et qui s’inscrit dans le plan de relance du tourisme lancé par Jean-Baptiste Lemoyne. Alentour est une joint-venture créée avec Amadeus qui fournit la partie technologique de la plateforme.
« La réservation digitale d’activités ne représente que 5% des revenus des prestataires. Il y avait donc de la place pour la développer, tout en faisant en sorte de ne pas rendre les prestataires dépendants des grandes entreprises américaines », a déclaré Timothée de Roux sur la scène du TOTEC. Selon lui, les hébergeurs sont les meilleurs prescripteurs des activités à réaliser dans les alentours, mais les prestataires restent encore peu digitalisés.
Une idée réfutée par Jean Pinard, Directeur du CRT Occitanie, qui a déjà émis des réserves sur la plateforme dans les médias et sur les réseaux sociaux : « Je ne suis pas d’accord, les prestataires sont digitalisés. Seulement, ils n’ont pas cherché à rejoindre un système qui les commissionne. Je ne crois pas que ce soit le rôle du gouvernement de faire ça. Son rôle est de les aider à être moins dépendants des OTAs et à mieux se commercialiser », a-t-il développé. Selon lui, le gouvernement a voulu créer une plateforme à grande échelle dans son coin plutôt que d’échanger avec chacune des destinations en écoutant leurs besoins.
« Au contraire, nous avons décidé de travailler avec les régions et nous avons commencé par Provence-Alpes-Côte d'Azur », a répondu Timothée de Roux. « Nous nous connectons aux prestataires par le biais d’agrégateurs et nous sélectionnons les hébergeurs localement. Les développeurs d’Amadeus nous permettent de répondre aux besoins de nos partenaires ». Mais pour Jean Pinard, le débat de la commercialisation des activités n’est pas celui de la technologie : « Aujourd’hui les prestataires vont se distribuer via les hébergements et demain ça sera par qui ? ».
Pour Thomas Saison, Directeur marketing et commercial de La Plagne, il faut faire confiance aux acteurs locaux pour digitaliser leur offre, tout en les éduquant. « Comme les Pages Jaunes il y a plusieurs années », a-t-il ironisé. Il constate, « grâce » à la crise sanitaire qu’il y a une forme de maturité de la part des destinations et des agences d’attractivité du territoire pour prendre la main sur leur distribution. Les marques de destination se sont emparées de leur offre comme La Plagne avec La Plagne Resort. Pourtant, la plateforme va en quelque sorte à l'encontre de cette prise de conscience selon Jean Pinard : « Sur Alentour, il y a autant de marques qu'il y a de territoires ».
Une plateforme qui aide les OTAs plutôt que de les contrer ?
Selon Christian Sabbagh, Président d’Orchestra, cette digitalisation des activités et leur agrégation sur une même plateforme est du pain béni pour les OTAs. « Ça ne les bloque pas, au contraire, ça leur facilite la tâche », a-t-il déclaré. Des entreprises telles que Viator ne possède pas encore toute l’offre des activités car les prestataires doivent eux-mêmes rentrer les informations à la main sur la plateforme. Leur digitalisation est une bonne chose, mais elle le vient pas contrer les OTAs.
« Le problème c’est que bien souvent, la commission revient à des gens qui ne réinvestissent pas dans le secteur », a ajouté Jean Pinard. « Nous voulons concurrencer Booking, alors que nous ne sommes pas unis. Je rêve d’une coopérative qui rassemble l’ensemble des parties prenantes. Si on se concentre autour de la commission, on n’y arrivera jamais ». Une idée réfutée par Timothée de Roux qui rappelle qu’il est « impossible de concurrencer Booking ou Airbnb ». Les OTAs s’intéressent au marché des expériences, car c’est le dernier marché qui reste à digitaliser. Mais elles se reposent sur des gros porteurs, tandis qu’Alentour va chercher de plus petits acteurs.
« Quand on réserve un séjour, on le fait via une agence, via une OTA française ou étrangère ou chez des grands hébergeurs comme Pierre et Vacances. Les activités seront donc vendues par les mêmes acteurs », a complété Christian Sabbagh. Alors que les ventes directes dans l’hôtellerie restent encore faibles, il est difficile d’imaginer que les sites des hôtels génèrent beaucoup de réservation d’activités. Il semblerait donc que la porte d'entrée restera les grandes entreprises du secteur.
A la fin de la table-ronde, Timothée de Roux a rappelé qu’Alentour était une plateforme en construction, lancée il y a moins de 3 mois. « Nous sommes là pour collaborer avec les acteurs du secteur », a-t-il conclu. Reste à savoir si l'Occitanie a été convaincue par ces échanges. Timothée de Roux l'a précisé : « Nous n'obligeons personne ».