Les vampires effraient-ils le tourisme ?

La pop culture n’a cessé de mettre des créatures inquiétantes au cœur des légendes.

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CB

Cyril Blanchet

29 octobre 20218 min de lecture

Dark-Shadows
Image du film Dark Shadows de Tim Burton© Archives Travolution

La pop culture n’a cessé de mettre des créatures inquiétantes au cœur des légendes. L’une des plus populaire repose sans doute sur la figure du vampire qui vient effrayer notre rapport à la nuit. Twilight, Buffy contre les vampires, Vampire Diaries ou Dracula participent à cette représentation de l’étranger et de l’indésirable. Pourtant, il n’est pas toujours intégré dans les stratégies touristiques. Les vampires effraient-ils le tourisme ?

D’après Catherine Mathière, spécialiste de la littérature française, trois composantes fondamentales caractérisent le vampire : « il s'agit d'un être humain (et non surnaturel), ce dernier a échappé à la mort et il prolonge son existence en se nourrissant de sang humain". À cela se rajoute des facultés complémentaires qui font de lui un prédateur redoutable : « immortalité, force prodigieuse, emprise psychique, charisme et grand pouvoir de séduction, lecture des pensées, vol dans les airs, déplacement rapide et sans bruit, vision nocturnes, transformation en animal ou en brume" (Saint André & al, 2009). Il devient une figure quasi obsessionnelle dans l’imaginaire collectif qui se traduit par une apparition constante dans les livres, au cinéma ou dans la bande dessinée (Val de Gomis, préface, 2005).

Plusieurs lieux touristiques sont étroitement liés à son apparition. Ils ne se situent pas toujours sur les traces des vampires mais illustrent, valorisent et stimulent l’engouement pour ce mythe contemporain. Nous les classerons en deux catégories :

Des lieux réels et historiques

Le terme de vampire apparaît en France tardivement en 1732, « et pourtant l'image du vampire s'enracine dans les plus lointaines mythologies et nous renvoie même à l'aube du monde » (Mathière, 1992). De ce fait, son apparition comme légende, croyance ou mythe a fondé l’identité et la personnalité de certaines destinations :

  • Le vampire d’Highgate (Londres) : dans les années 1970, une entité grise a été perçue à plusieurs reprises dans le cimetière d’Highgate à Londres. Des chasseurs de vampires investissent les lieux et plusieurs romans en retracent l’histoire (ex : un lieu incertain, Vargas, 2008). Le cimetière de Highgate fait partie des sept grands cimetières du 19e siècle construits comme un lieu de promenade et de recueillement. De nombreuses légendes urbaines viennent accompagner les lieux et des visites touristiques y sont proposées.
  • Le vampire de Zarozje (Serbie) : depuis le moyen-âge, Sava, un vampire habite dans le moulin de la ville de Zarozje, en Serbie. Suite à l’effondrement du toit en 2010, il devient furieux et apporte la mort à tous ceux qui rodent aux alentours. C’est un villageois qui alerte l’opinion publique avec un panneau d’avertissement à l’entrée de la ville. Il confirmera par la suite qu’il l’a fait pour attirer des touristes et espérer relancer l’économie locale. Le pari est partiellement réussi puisque la ville est fortement médiatisée et qu’elle apparaît aujourd’hui encore sur le site touristique d’Explore Serbia.
  • Le château de Catchiche (Slovaquie): Élisabeth Báthory est une comtesse hongroise née en 1560 qui vivait au château de Catchiche. Plus de 300 témoignages relatent des actes de tortures et de meurtres lui valant le pseudonyme de "comtesse Dracula". Selon les légendes, elle se serait baignée dans le sang de ses victimes pour garder sa jeunesse. Les historiens remettent en cause ces versions mais la croyance populaire cristallise cette image. Du fait de son statut, Élisabeth ne sera jamais poursuivie mais restera assignée à résidence jusqu’à sa mort au château.

Des lieux fictifs et interprétés

Depuis la seconde guerre mondiale, les historiens estiment que le public adolescent est devenu une cible marketing. Le cinéma (américain principalement) devient de ce fait un véhicule idéal pour le placement de produit, y compris pour le placement de destinations touristiques (Grenier, 2011). Le cinéma et les séries réalisent des productions sur les vampires où les lieux de tournages deviennent rapidement des lieux touristiques.

  • Dracula (Roumanie) : Dans le roman Dracula de Bram Stocker (1897), Jonathan Harker part en voyage dans une région isolée de l’Europe de l’Est pour une transaction immobilière avec le Comte Dracula. Sur son chemin, les habitants, lui déconseillent de s’y rendre et à défaut lui offrent des objets en guise de protection. À son arrivée et lors de son séjour, Jonathan découvre peu à peu l’identité réelle du Comte. Le roman est popularisé suite à son adaptation du film Nosferatu le vampire par le réalisateur Murnau (1922) et par la sortie du film Dracula de Francis Ford Coppola (1992). D’après les recherches de Duncan Light (2007), la Roumanie et plus particulièrement la Transylvanie deviennent populaire dès les années 1970. Suite à cette visibilité, le pays n’y a jamais montré d’intérêt. En effet, l’engouement pour le surnaturel des visiteurs s’oppose à l’identité culturelle et politique de la destination. Le pays préfère alors valoriser les classiques tourisme culturel, tourisme de montagne ou tourisme culinaire. L’accompagnement de l’état sur la thématique de Dracula a depuis été légèrement accepté, quoi que plutôt tolérée qu’encouragée (Lundberg, & Lindström, 2020).

  • Twilight (États-Unis) : La saga fantastique Twilight de Stephenie Meyer a été adaptée au cinéma entre 2008 et 2012. Elle reprend les codes du teen movie américain : Isabella est une adolescente torturée qui est fascinée par le mystérieux Edward issu d’une lignée de vampire. Leur romance vient bousculer leur quotidien qui devient toujours plus menaçant. La recherche de Larson & al. (2013), s’est intéressée aux différents lieux de la saga au cinéma. Nous pouvons alors différencier deux types de destination, les « setting » où le film est censé se dérouler et les « cations » où le film a été tournée (Took & Baker, 1996). L’action de Twilight se passe dans la ville de Fourk (États-unis) qui a gardé un « twilight tours » pendant plusieurs années. La ville de Montepulciano (Italie) a développé des expériences de visite pour ré imaginer l’identité de la destination sur la thématique. Cependant la Colombie britannique (Canada) n’a pas souhaité développer cette image. La priorité pour la destination était alors de fournir un lieu pour répondre aux exigences des producteurs. Ainsi, la volonté de développer un produit touristique dépend du caractère visuel de la destination mais aussi d’une volonté d’y développer une attractivité touristique.

  • Buffy contre les vampires (États Unis) Buffy contre les vampires est une série qui a animée de nombreuses trilogies du samedi pour plusieurs générations. C’est d’abord un film sorti en 1992 et ayant reçu un succès mitigé. La série prend le relais et marque le début d’un succès immédiat pour 7 saisons dès 1997. Interprétée par Sarah Michelle Gellar, Buffy est une élue tueuse de vampire qui lutte contre les forces du mal. D’après Rosemary Guiley, les scénarios de la série représentent une métaphore des peurs et des angoisses que les adolescents doivent affronter pour devenir adultes. Cet engouement se retrouve aussi auprès des chercheurs qui donnent lieu aux buffy studies. Sous l’impulsion des plusieurs universitaires « un site est créé sur Internet, Slayage, the International Journal of Buffy Studies, visant à concentrer les nombreux articles dédiés à la série, qui y analysent les dimensions sociologiques, philosophiques, féministes et psychologiques, dès 2001 » (Monnet-Cantagrel, 2021). Plusieurs lieux ont permis de filmer la série et restent aujourd’hui accessibles. Le lycée de Sunnydale, alias «la « bouche de l’enfer », est enfaite le lycée de la ville de Torrance High School où vous retrouverez également la maison de la famille Summers. À Los Angeles, vous pourrez visiter Ennis House, la maison dans laquelle se réfugiait Angel pendant plusieurs saisons.

@Clément Falize

Le vampire fascine et au-delà du mythe, son apparition dans le tourisme se remarque et questionne directement les stratégies touristiques. Ainsi les vampires incarnent la peur et la terreur et sont synonymes d’angoisse et de mort. Récemment qualifié de Dark tourism, miser sur ces motivations restent parfois difficile à assumer.

Enfin, notons que même si elle est acceptée, la thématique reste liée à l’épreuve du temps. Alors qu’un succès de cinéma devient temporaire, le mythe et les légendes s’inscrivent dans l’histoire. Et "C'est ainsi que le mythe du vampire continuera d'exister dans les esprits, aussi longtemps que les hommes auront envie de renouveler ou de réinterpréter sa légende. Se propageant non plus à travers le sang, mais à travers la créativité, le vampire voit son existence indéfiniment prolongée. Le mythe repose presque entièrement sur l'imagination et la créativité d'hommes qui, exprimant leurs craintes les plus fortes, lui ont donné naissance puis longévité, jusqu'à ce que la peur laisse place à la création". (Valls de Gomis, 2005).

Bibliographie

Valls de Gomis, E. V. (2005). Le vampire au fil des siècles: enquête autour d'un mythe. Editions Cheminements.

Grenier, A. (2011). Ciné-tourisme: du concept au fan, au coeur de l’expérience. Téoros: Revue de recherche en tourisme, 30(1), 79-89.

Guiley  R.(2004),  The encyclopedia of vampires, werewolves, and other monsters, ed.  Jeanne Keyes Youngson.

Knafou, R. (2018). L’invention du lieu touristique. Via. Tourism Review, (13).

L'Obs avec AFP (12/12/12), Un village serbe ressuscite un vampire pour attirer les touristes", L'obs, https://www.nouvelobs.com/l-histoire-du-soir/20121212.OBS2294/un-village-serbe-ressuscite-un-vampire-pour-attirer-les-touristes.html

Lonely Planet (2017), Planète geek, ed. Lonely Planet.

Light, D. (2007). Dracula tourism in Romania cultural identity and the state. Annals of tourism research, 34(3), 746-765.

Lundberg, C., & Lindström, K. N. (2020). Sustainable management of popular culture tourism destinations: A critical evaluation of the twilight saga servicescapes. Sustainability, 12(12), 5177.

María Pilar Queralt del Hierro (31/07/21), Élisabeth Báthory, la comtesse sanglante, National Geographic, https://www.nationalgeographic.fr/histoire/2021/07/elisabeth-bathory-la-comtesse-sanglante

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