Comment penser le futur du tourisme dans une société inégalitaire ?

Inondation historique à New York, pics de chaleur atteignant les 47°c en Espagne, invasion de criquets en Afrique de l’Est, glissement de terrain au Japon…

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Tiffany Flour

18 octobre 20214 min de lecture

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© Riley

Inondation historique à New York, pics de chaleur atteignant les 47°c en Espagne, invasion de criquets en Afrique de l’Est, glissement de terrain au Japon… Pendant que les catastrophes climatiques ravageaient la planète cet été  et que pour la première fois depuis 3 décennies le taux de pauvreté est en augmentation dû aux conséquences de la crise sanitaire du Covid-19, nous assistions à de nouveaux progrès atteignant les étoiles dans l’industrie touristique avec notamment le décollage imminent de plusieurs millionnaires dans l’espace. Une crise sanitaire oui, mais également une crise sociale, et le tourisme est un excellent miroir de cette société inégalitaire, encore plus marquée que jamais. Alors que l’on est en train de penser au futur, vers où allons-nous ? Éco-conscience ou égo-progrès ?

Covid-19 : une inégalité de plus en plus marquée

Le monde s’est littéralement arrêté, mais les inégalités elles, se sont accélérées et amplifiées. Cette crise sanitaire a été le témoin de la division de notre société, entre ceux qui ont pu souffler et ceux qui se sont serrés la ceinture, ceux qui se sont enrichis et ceux qui ont tout perdu. Une réalité sévère à laquelle la résilience et la solidarité sont promues dans l’espoir de récupérer de cette crise mondiale.

Entre les différents conflits, les catastrophes climatiques ainsi que les conséquences économiques et sanitaires de la pandémie du Covid-19, nous assistons aujourd’hui à une superposition des crises qui nous amène à des scénarios dits catastrophiques tant au niveau économique, politico-social que environnemental.

Selon un rapport de la World Bank Group, le nombre de nouveaux pauvres attribuable à la pandémie de COVID-19 en 2020 se situera entre 119 et 124 millions de personnes. Et pendant ce temps-là, près de 50 000 clients potentiels sont prêts à dépenser au minimum 200 000 dollars pour un tour dans l'espace. Au même titre alarmiste que les catastrophes climatiques se multiplient de plus en plus et que les pays sont invités à adopter de mesures préventives et réparatrices, nous constatons qu'une seule société privée émet plus d’émissions CO² pour envoyer 4 personnes à observer notre planète en apesanteur pendant 10 minutes, qu’un milliard de personnes en situation de pauvreté dans toute leur vie. Le tourisme, notamment le tourisme spatial, serait-il un véritable miroir de ces extravagances inégalitaires ?

Le tourisme comme miroir de la société

Notre société creuse de plus en plus les écarts entre les différentes classes sociales, entraînant des conflits d’intérêt et des centres d’intérêt tout aussi diverses. Et cela se reflète explicitement dans le tourisme, tant du côté de l’offre que de la demande. Le nombre de touristes inscrivant leur consommation touristique dans une logique de développement durable augmente de plus en plus, face à une certaine prise de conscience environnementale et sociale, en parallèle avec la croissance d'initiatives et de projets allant dans la même direction.

Mais paradoxalement, nous nous retrouvons également devant une menace écologique certaine, celle de l’émergence du tourisme spatial qui représenterait un marché à 8 milliards d'euros d'ici à 2030. Le tourisme nous permet de voir ces grands écarts de production et de consommation au sein d’un même secteur d’activité, tel un miroir magique qui nous révélerait la vérité.

Ego-progrès ou éco-conscience ?

Pour atteindre les étoiles, une véritable machine d’égo-progrès s’est activée comme l'illustrent plusieurs exemples :

  • l’inauguration d’un hôtel spatial par la Orbital Assembly Corporation prévue pour 2027, des séances d’entraînement destinées à préparer physiquement et mentalement les civils à effectuer un séjour dans l'espace, proposé par le projet Orbite du Français Nicolas Gaume,
  • la voix inspirationnelle donnée par Richard Branson, fondateur de Virgin Galactic : “J'espère vraiment que des millions d'enfants dans le monde entier seront captivés et inspirés par la possibilité pour eux d'aller un jour dans l'espace.”
  • Et un incroyable paradoxe pour la conscience environnementale exprimée par la formatrice d'astronautes Beth Moses : "J’ai pu prendre entièrement conscience de la beauté de la Terre et de sa nature précieuse lorsqu'elle était si loin en dessous de moi".

Mais est-ce vraiment la direction dans laquelle nous souhaitons aller pour notre planète ? Ces initiatives marquent déjà un point de rupture dans une grandissante éco-conscience dans laquelle nous sommes en train d’évoluer en tant que citoyen, donnant l’impression de vivre dans deux réalités distinctes. Car oui, pour rappel, les Français ne devraient pas produire plus de 2 tonnes de CO2 par an, d’ici 2050, pour atteindre l’objectif fixé par l’Accord de Paris, mais au même moment et sur la même planète, 600 personnes provenant de 58 pays attendent patiemment leur tour pour atteindre les étoiles à bord d’une activité qui émet près 11,5 tonnes de gaz carbonique en y comptant le coût climatique de toutes les activités annexes nécessaires à la réalisation du vol.

L'avenir n'est pas ce qui va arriver, mais ce que nous allons faire - Henri Bergson

 

Pour conclure, une certaine impuissance se révèle à la vue de cet engouement dénué de raison, à la course vers le progrès au dépit de milliards d’autres personnes et du bien-être de la planète Terre. Mais n’oublions pas que baisser les bras ne fait pas partie du champ lexical du développement durable ! Car si une poignée de personnes regarde vers les étoiles, le reste garde bien les pieds sur Terre pour entreprendre le tourisme autrement et voyager différemment.

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