J-P Nadir : « Pour qu’un modèle touristique fonctionne, il ne faut que des gagnants »

Lancée en juin 2021, FairMoove est une plateforme de réservation de voyages, d’hébergements et d’activités responsables à travers le monde.

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JL

Julia Luczak-Rougeaux

4 octobre 20215 min de lecture

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© Karsten Winegeart

Lancée en juin 2021, FairMoove est une plateforme de réservation de voyages, d’hébergements et d’activités responsables à travers le monde. A l’initiative de Jean-Pierre Nadir (fondateur d’Easyvoyage), Corinne Louison (directrice de production, ex-Directours) et Arthur Courtinat (DG, ex-pôle voyage du Figaro), elle veut devenir LA référence en matière de tourisme durable et responsable en redistribuant les richesses entre acteurs touristiques et en créant un tourisme plus vertueux. Nous avons interrogé Jean-Pierre Nadir, Fondateur de FairMoove, pour en savoir plus.

Vous avez plus de 30 ans d’expérience dans le Tourisme, pourquoi avoir décidé de lancer FairMoove seulement maintenant ?

Jean-Pierre Nadir, Fondateur de FairMoove

Je pense qu’il n’est jamais trop tard pour essayer de bien faire. J’ai quitté Easyvoyage en mars 2020 et s’en est suivi le premier confinement. J’ai donc eu du temps pour réfléchir à la suite et j’étais disponible pour me lancer dans un nouveau projet. Je n’avais jamais été dans cette situation auparavant. A mes débuts je n’avais pas le temps ni l’argent, puis au fil des années j’ai acquis de l’expertise et de l’argent, mais je n’avais pas le temps. Pour la première fois, j’ai pu avoir tout ça en même temps. FairMoove est la somme de beaucoup d’échecs et de quelques réussites, de rencontres et de réflexions. J’aurais pu continuer à faire des émissions comme « Qui veut être mon associé ? » et continuer d’investir dans des startups, mais j’aime entreprendre, être au cœur de l’action et je voulais faire l’expérience d’être marchand. Toute cette réflexion m’a poussé à m’interroger sur les enjeux du tourisme. La nécessité de sa réinvention m’est apparue. J’ai écrit 120 pages sur un tourisme durable, éthique et joyeux et je me suis demandé ‘le tourisme responsable peut-il rester du plaisir ?’. Je pense que le tourisme est au cœur de la réinvention du monde. Il est au cœur de la biodiversité, des circuits courts et des écosystèmes, du traitement de l’eau, des transports, des flux migratoires et des modèles sociétaux. Nous devons reconsidérer l’intégralité de ce que nous avons construit. Et là où je peux me rendre le plus utile pour y arriver, c’est dans le tourisme.

Le lancement de FairMoove coïncide-t-il au bon « time to market » ? Les voyageurs sont-ils désormais prêts à voyager plus responsable ?

J’ai 10 ans d’avance par rapport à la réalité du marché, donc non, je ne pense pas être « time to market ». C’est un long chemin d’évangélisation et d’explications qui nous attend. Le tourisme s’est construit depuis 20 ans autour du prix. Toutes les logiques marketing tournaient autour de réductions, de promotions, de bonnes affaires. On en a oublié le produit. Je pense qu’il faut réinstaller le produit comme élément de choix en y associant la stratégie éthique d’un hôtel et son ouverture sur le pays. Le service est bien meilleur quand les employés sont payés correctement. Pendant 20 ans, j’ai publié des fiches d’hôtels en comparant les produits. J’avais déjà cette idée qu’il fallait acheter un produit et pas un prix. Et pourtant, nous avons assisté à l’avènement du low-cost et du lead management qui a enrichi le touriste en tuant le tourisme. L’autre malheur, ce sont les GAFA qui se sont nourris des marges. Je suis pour un tourisme de rééquilibrage qui profiterait aux locaux. Les ressources seront de plus en plus limitées donc il faut mieux les répartir. Cela n’a plus de sens de proposer du jus d’orange qui vient de l’autre bout de la planète au buffet d’un hôtel. Il faut remettre le produit au cœur et redonner du sens au voyage. Voyager moins, mais mieux.

C’est l’idée qui est derrière le concept de « tourisme frugal » …

Non, car frugalité est synonyme de décroissance. Il faut continuer à nourrir l’humanité, à lui donner de l’emploi et de la dignité. Lorsqu’un séjour est vendu 300 euros la semaine, ce sont la planète et la population qui trinquent. En mettant en place un circuit court, on redonne des fonds aux agriculteurs et aux producteurs qui eux les réinjectent dans toute la chaine. Pour qu’un modèle touristique fonctionne, il ne faut que des gagnants.



Vous allez bientôt proposer des moyens de transports tels que l’avion, n’est-ce pas contradictoire avec l’ADN de FairMoove ?

Tous les acteurs proposés sur FairMoove agissent à leur manière, que ce soit en matière de biodiversité, de traitement de l’eau ou du plastique, etc. Certains sont avancés sur le sujet, d’autres débutent. La plateforme est une porte d’entrée sur le tourisme responsable au niveau mondial. L’aérien a un impact environnemental, mais il n’est pas le seul. Le transport aérien est responsable de 2,8 % des émissions de CO2 dans le monde quand le bâtiment représente 40%. Dans 10 ans, il sera possible de voler dans un appareil fonctionnant à l’hydrogène. Le secteur avance. En attendant, ce que l’on peut faire c’est mettre en avant les compagnies aériennes les plus vertueuses et favoriser les vols directs. Il n’y a que dans le tourisme où prendre plusieurs avions pour aller quelque part coûte moins cher que d'en prendre un seul. Je crois aussi au développement des biocarburants et à l’écopilotage.

Vous proposez de compenser les émissions de carbone des voyageurs en plantant des arbres. N’est-ce pas du greenwashing ?

Planter un arbre n’est pas du greenwashing. Si tout le monde commençait par le faire, cela ferait du bien à la planète. Il ne faut pas dédouaner les voyageurs de leur responsabilité. Mais pour cela, il faut les éduquer et évangéliser. Proposer de compenser amène les voyageurs à se questionner sur leur bilan carbone annuel. A terme, nous voulons créer une communauté de FairMoovers, ambassadeurs d'un tourisme plus écologique et éthique.

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