A la demande du Gouvernement et dans le cadre du plan de relance tourisme, la Banque des Territoires vient de dévoiler Alentour, sa plateforme numérique de distribution et de réservation d’activités de loisirs. Elle devrait permettre aux hébergements touristiques et aux institutionnels de proposer ces activités aux voyageurs.
Avec Alentour, la Banque des Territoires veut mettre en relation les fournisseurs d’activités de petite et moyenne taille avec des hébergeurs touristiques et des institutionnels du tourisme pour permettre aux voyageurs de réserver une offre d’activités locale riche et variée. D’un côté elle donne de la visibilité aux prestataires d’activités et de l’autre, elle enrichit la proposition de valeur des établissements touristiques (hôtels, campings, résidences de tourisme) et institutionnels (Office de Tourisme, Comité Régionaux du Tourisme, Comités Départementaux du Tourisme). Pour mettre au point cette plateforme, la Banque des Territoires s’est entourée de nombreux partenaires : Amadeus pour la digitalisation et la distribution de contenus, Dawex qui fournit le « data hub » assurant la sécurité et la traçabilité des échanges de données en conformité avec les réglementations, mais aussi Regiondo et bookingkit pour apporter du contenu.
2 500 activités réservables
En amont ou pendant leur séjour, les voyageurs pourront recevoir un sms ou un email cliquable leur donnant accès à une liste complète d’activités à proximité, réservables immédiatement depuis leur smartphone, que les équipes d’Alentour auront agrégées et consolidées pour les hébergeurs et institutionnels. Ils auront également la possibilité de scanner un QR code à l’hôtel ou à l’office du tourisme et les hôtels pourront afficher la carte interactive géolocalisant les loisirs à proximité pour conseiller leurs clients. Présidée par Timothée de Roux, ancien directeur général d’Abritel HomeAway (Expedia Group), Alentour propose aujourd’hui plus de 2 500 activités réservables dans près de 200 hôtels situés principalement en Côte d’Azur, dont le territoire a été la première étape de déploiement en août 2021. La plateforme sera progressivement déployée dans toute la France au cours des prochains mois et durant l’année 2022. Le prochain territoire de déploiement comprend la Savoie et la Haute-Savoie dans le cadre d’une coopération avec l’agence Savoie Mont-Blanc. D’autres territoires devraient suivre, à commencer par la Nouvelle Aquitaine. La commission prélevée par la plateforme sera moins élevée que la concurrence, selon des informations de nos confrères de l’Echo Touristique.
Que faire du travail déjà effectué par les destinations ?
Malgré l’enthousiasme de Jean-Baptiste Lemoyne, Secrétaire d'Etat chargé du Tourisme, des Français de l'étranger et de la Francophonie, qui a déclaré que « Nous avions rêvé d’une plateforme innovante au service de la Destination France », les destinations elles, ne voient pas toutes Alentour d’un très bon œil. Il faut dire que certaines d’entre elles avaient déjà commencé à proposer la réservation d’hébergements et d’activités à échelle locale, comme la région Grand Est, la région Bretagne ou la Corse. Pour beaucoup d’entre elles, le but était de partager l’offre touristique sans prendre de commission ou avec une commission faible. En passant par Alentour, les prestataires d’activités devront cette fois mettre la main au porte-monnaie.
« C'est nul de bosser comme ça, c'est encore plus nul de (re) poser le débat de la commercialisation en ligne sur des enjeux technologiques, alors qu'il faudrait le poser en termes de marque commerciale France, qui pourrait fédérer toutes les destinations françaises. L'enjeu c'est de s'appuyer sur les audiences de nos structures, l'enjeu c'est de concurrencer les OTAs sur des stratégies de marques […] La réussite de la commercialisation de l'offre France, passe forcément par une vision coopérative, une vision d'économie mixte qui rime avec décentralisation, certainement pas par un centralisme qui a fait la preuve de ses limites et de ses carences. », a exprimé sur LinkedIn Jean Pinard, Directeur du Comité Régional Occitanie.
« Je suis d'accord avec Jean Pinard, je pense qu'il y a un certain mépris », nous confie Thomas Saison, Directeur Marketing & Commercial de La Plagne - Compagnie des Alpes. « Je ne pense pas qu'Alentour soit un concurrent de La Plagne Resort (plateforme qui permet de réserver des séjours packagés, ndlr), mais je ne sais pas encore si nous rejoindrons la plateforme. Nous avons fait un travail titanesque pour digitaliser l'offre de nos prestataires d'activités pendant deux ans et nous n'avons pas forcément envie de le donner comme ça. Tout dépendra du modèle économique mis en place. » Selon lui, Alentour sera davantage un outil marketing, un moyen de remplacer le kiosque à brochures présent dans de nombreux hôtels. Mais cela ne viendra pas résoudre la composante du séjour. Surtout, le Directeur Marketing & Commercial de La Plagne - Compagnie des Alpes, s'interroge sur la pérennité du projet : « Il ne faut pas oublier que c'est la crise sanitaire qui a donné un coup de boost à la destination France. Cette plateforme voit le jour en réaction à cette crise, mais que se passera t-il si dans 18 mois les voyageurs repartent à l'étranger comme ils le faisaient auparavant ? ».
En pariant sur le BtoBtoC, la Banque des Territoires remplira-t-elle ses ambitions ? On se souvient de l’échec de la plateforme BtoC Hexatourisme, le « Google du tourisme français » qui voulait agréger les offres commerciales des CDT, CRT et des offices de tourisme sur une plateforme commune grâce à la technologie mise en place par Voyages-sncf.com (rebaptisé OUI.sncf). Freinée par des difficultés d’ordre financier et technologique, elle n’a jamais vu le jour.