Le tourisme devient-il complexe ?

Dans cette chronique de rentrée, je propose de revenir sur l’année scolaire écoulée pour évaluer la complexité qui nous attend dans les prochains mois.

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Cyril Blanchet

2 septembre 20217 min de lecture

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© Jack Anstey

Dans cette chronique de rentrée, je propose de revenir sur l’année scolaire écoulée pour évaluer la complexité qui nous attend dans les prochains mois. En plus de la crise sanitaire, de nombreux facteurs viennent bousculer notre connaissance et notre conception du tourisme. Nous verrons comment l’actualité rend la compréhension du secteur toujours plus complexe.

La complexité représente une multiplicité des points de vue et une nécessaire confrontation des dialogues qui viendront enrichir les débats et la connaissance (Morin, 2015). Dans la littérature académique, le tourisme est régulièrement qualifié de phénomène complexe. Ainsi, il construit une réalité complexe liée à la cohabitation des espaces et des ressources entre résidents et touristes (Kadri, 2007) ; il produit des interactions complexes parmi les acteurs du secteur qui traduisent différentes obligations (Fabry & Zeghni, 2012) ; et il entraine des incidences complexes d’un point de vue économique, politique ou social (Dehoorne, 2013). Le tourisme comme phénomène complexe suppose donc d’adopter une approche pluri-disciplinaire pour identifier ses effets et ses limites (Dewailly, 2008). À cette complexité inhérente au tourisme, s’ajoute une complexité liée à l’actualité des sociétés. Nous observons alors une multiplication des évènements, propres à notre époque, qui rendent plus floue la compréhension du secteur.

Une politique résolument tournée vers le numérique

Parce que la géopolitique n’était pas suffisamment complexe (censure, blocus, guerre), la crise de la Covid-19 vient apporter sa petite touche de fantaisie pour redéfinir les rapports internationaux (fermeture des frontières, passeports sanitaire, pass sanitaire, visa). À l’échelle nationale, les grandes transformations engagées par le gouvernement sont toujours en cours : libéralisation du rail, déploiement de la 5G, transition numérique ; et traduisent une volonté de s’affirmer sur le plan numérique (FrenchTech, agence d’innovation, commission numérique, plan de relance du numérique, dispositifs d'accompagnement).

Une course économique et technologique des puissances internationales

Ainsi, la course économique et technologique ne freinent pas face à la crise sanitaire (Blanchet, 2020). Dans ce sens, Richard Branson (Virgin) a devancé Jeff Bezos (Amazon) pour expérimenter le premier voyage spatial ; Amazon gagne 700 000 euros par minute et Airbnb affiche des revenus supérieurs à la période pré-Covid. Cependant, impossible de généraliser la reprise et la bonne santé du secteur compte tenu des situations pour d’autres acteurs (liquidations, rachats, aides gouvernementales). Bien que la saison semble sauvée, la fin du « quoi qu’il en coûte » s’applique aussi au tourisme.

Une évolution des mentalités portées par les nouvelles générations

D’un point de vue individuel, l’évolution des mentalités questionne notre conception globale du tourisme : Le tourisme de demain peut-il encore être durable ? Faut-il encore rêver de tourisme spatial ? Le concours Eurovision deviendra-t-il incontournable pour le tourisme ? Même si cette dernière n’est pas indispensable, le besoin de prospective se fait ressentir pour se projeter dans l’avenir, là où peu d’assurance accompagne nos actions. De plus, les envies évoluent. Après plusieurs générations, les touristes aspirent à s’évader autrement. Il n’est plus question de reproduire les phénomènes de masse mais - en apparence - de repenser le voyage avec un regard tourné vers les nouvelles générations : « Il faut écouter les Millennials car ce sont eux qui construiront le Tourisme de demain » quelles sont les attentes des 18-34 ans en matière de mobilité durable ? Les jeunes générations veulent continuer à voyager malgré la pandémie.

Des solutions durables et technologiques à concevoir

La question environnementale interroge notre capacité à coopérer pour apporter des solutions rapides et durables. La fréquence des visites et les modes de transports sont directement remis en cause (flygskam, voyage à la maison, locatourisme) et la protection des environnements passe par des décisions radicales mais épisodiques : démarketing, jauges, inscriptions. On parle alors d’impact environnemental, de pollution numérique, de numérique responsable ou de neutralité carbone pour repenser l’offre touristique même si certains acteurs cherchent à pérenniser la rentabilité plutôt que la durabilité des environnements (Cf. Le plus gros paquebot du monde est sorti des chantiers de Saint-Nazaire). Aussi, les nouvelles tendances se renforcent pour compléter une offre plus durable encore peu développée (agritourisme, tourisme de montagne, tourisme régénératif). La mobilité pose toujours question mais ses protagonistes affichent un engagement (même limité voire en projet) pour l’environnement : Waze met à profit son application pour contrôler les flux touristiques, Google Maps propose des trajets plus respectueux, et « l’aérien n’a pas d’autre choix que d’intégrer l’environnement à son modèle ».

Des technologies qui nécessitent d’être organisées

En attendant de savoir si les technologies contribuent ou non au tourisme durable, nous tentons d’étoffer notre connaissance du numérique qui ne cesse d’innover (Li-Fi, 5G, blockchain, maas, réalité virtuelle). Les technologies questionnent notre rapport au travail (télétravail, digital detox, nomadisme), notre capacité à poursuivre certaines activités (automatisation, fracture numérique, résilience) et la manière dont nous souhaitons les utiliser comme outil plutôt que comme finalité (plateforme, gamification, réseaux sociaux). Bien que nous connaissions leur existence, il est toujours difficile d’envisager leur exploitation. Trois sujets sont d'actualité :

Une législation qui s’épanouit dans la complexité

Enfin, l’aspect juridique s’impose de manière conséquente au quotidien (RGPD, normes RSE, formalités administratives, réglementation de l’IA ou de la voiture autonome, etc.). « Il est d’usage de dire que le droit devient de plus en plus complexe » (Bourcier, 2011). Bien que nul n'est censé ignorer la loi, sans expert juridique à nos côtés, il est impossible de continuer nos activités sans ôter le doute d’une mauvaise action involontaire.

Un phénomène complexe ne permet pas d’être omniscient

Pour conclure, « [on] sait au départ que la connaissance complète est impossible (...) Elle comporte la reconnaissance d'un principe d'incomplétude et d'incertitude ».  (Morin, 2015). La réalité du tourisme reste complexe et montre la transversalité du secteur. Pour la rentrée, il reste alors essentiel de confronter les situations et les positions. Le secteur du tourisme propose régulièrement de nombreux évènements comme prétextes pour permettre des temps d’échanges. Dans un domaine d’activités où la curiosité est une qualité et où les évènements professionnels sont réguliers, nous sommes plutôt bien lotis et engagés pour aborder cette complexité.

Bibliographie

Blanchet, C. (2020), Brève nostalgie future du tourisme, Usbek et Rica, en ligne

Dehoorne, O. (2013). Une histoire du tourisme international : de la déambulation exotique à la bulle sécurisée. Revue internationale et stratégique, (2), 77-85.

Dewailly, J. M. (2008). Complexité touristique et approche transdisciplinaire du tourisme. Téoros. Revue de recherche en tourisme, 27(27-1), 22-26.

Fabry, N., & Zeghni, S. (2012). Tourisme et développement local : une application aux clusters de tourisme. Mondes en développement, (1), 97-110.

Kadri, B. (2007). La ville et le tourisme : relation ancienne, complexité nouvelle et défi conceptuel. Téoros. Revue de recherche en tourisme, 26(26-3), 76-79.

Morin, E. (2015). Introduction à la pensée complexe. Média Diffusion.

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