Faut-il encore rêver de tourisme spatial ?

Il y a quelques jours, les sociétés Virgin Galactic et Blue Origin ouvraient la porte au tourisme spatial grâce au succès de leur vol suborbital.

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JL

Julia Luczak-Rougeaux

29 juillet 20214 min de lecture

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© NASA

Il y a quelques jours, les sociétés Virgin Galactic et Blue Origin ouvraient la porte au tourisme spatial grâce au succès de leur vol suborbital. Mais faut-il vraiment s’en réjouir à l’heure où l’on accuse le secteur aérien de trop polluer ? Cette avancée technologique en vaut-elle la chandelle ?

Depuis les débuts de TOM.travel en 2013, nous avons régulièrement relayé les avancées des trois entreprises en course vers le tourisme spatial : SpaceX la société d’Elon Musk, Virgin Galactic menée par Richard Branson et Blue Origin créée par Jeff Bezos. Chaque année, ces milliardaires nous l’affirmaient : « C’est pour l’année prochaine ». Et pourtant, près de dix années se sont écoulées avant que le tourisme spatial ne devienne une réalité. Rappelons que le millionnaire américain Dennis Tito est devenu le premier touriste de l’espace en 2001 (toute coïncidence avec un certain film est purement fortuite) lorsqu’il s’est envolé à bord d’un vaisseau spatial russe Soyouz pour la modique somme de 20 millions de dollars. Plus qu'une réalité, le tourisme spatial entame sa lente démocratisation (le billet coûte encore plusieurs centaines de milliers de dollars).



Où sont les feux d’artifice en 2021 ? L’enthousiasme est là, mais il a une saveur douce-amère. Il faut dire que le contexte a changé. Le GIEC affirme que l’’accord de Paris de 2015 qui prévoit de limiter le réchauffement à +2 °C ne suffira pas à éviter la catastrophe climatique. Le secteur aérien est vivement critiqué et doit atteindre un objectif zéro carbone d’ici 2050. Alors quand Jeff Bezos, à 100km d’altitude, déclare « La Terre est si fragile » et remercie tous les employés et les clients d’Amazon, société qu’il a dirigée de 1994 à 2021, difficile de ne pas faire la grimace.

Trois chercheurs français estimaient dans un article paru dans The Conversation (publié en septembre dernier et mis à jour après les deux vols) que l’émission de CO2 d’un vol complet Virgin Galactic de 6 personnes serait de l’ordre de 27,2 tonnes, soit 4,5 tonnes de CO2 par passager. L’équivalent d’un tour du monde seul en voiture et deux fois l’émission individuelle annuelle permettant, selon le GIEC, de respecter l’objectif du +2 °C de l’Accord de Paris. En pleine crise sanitaire et économique, ce caprice de milliardaires ne passe pas auprès d'une grande frange de la population.

Image du film 2001, L'Odyssée de l'espace, réalisé par Stanley Kubrick.

« Ce n’est pas une hausse de 2 degrés mais de 500 degrés que nous risquons de vivre »

Selon Michel Tognini, astronaute et ancien chef de la division des astronautes européens, certains projets sont plus critiquables que d’autres. Avec SpaceX, Elon Musk rend service à la NASA grâce à ses fonds propres. Son projet de mise en orbite de satellites pour permettre de donner plus facilement accès à Internet dans le monde est louable. Quant à sa volonté de créer une colonie sur Mars, elle est selon lui en adéquation avec la feuille de route de l’exploration spatiale globale. Richard Branson a choisi de son côté de proposer des vols uniquement touristiques. Un progrès technologique qui pourrait surtout profiter à l’aérien : « A 80 km, la fusée n’entre par en orbite autour de la Terre car elle est à la limite de l’atmosphère. Cela pourrait permettre de créer une sorte de Concorde plus écologique qui permettrait d’aller beaucoup plus vite qu’un avion », déclare Michel Tognini. Il salue également les fusées réutilisables mises au point par Jeff Bezos et Blue Origin.

Image du film Seul sur Mars, réalisé par Ridley Scott.

Pour l’astronaute, ce n’est pas à court terme mais à long terme qu’il faut envisager l’exploration spatiale : « Il nous faut comprendre ce qu’il s’est passé sur Mars, où il y avait de la vie, pour ne pas reproduire les mêmes erreurs sur la Terre. Pour cela, il nous faut d’abord nous rendre sur la Lune pour effectuer des recherches, puis sur Mars », explique-t-il. Pour l’astronaute, il faut donc s’éloigner de la Terre pour mieux la protéger. Si l’ESA et la NASA ont conclu que l’astéroïde Apophis, de la taille de la Tour Eiffel, ne devrait pas entrer en collision avec la Terre au 21e siècle, elle peut représenter une menace dans le futur selon lui. Si elle touche la Terre, « ce n’est pas une hausse de 2 degrés mais de 500 degrés que nous risquons de vivre », déclare-t-il.

Les trois milliardaires vont-ils nous aider à sauver l’humanité ? Difficile à dire puisque Bruce Willis ne joue pas le premier rôle de ce film. Une chose est sûre, c’est que les gouvernements accueillent à bras ouverts ces entrepreneurs qui dépensent des milliards pour faire avancer la science. Reste encore à découvrir comment ils comptent faire pour ne pas transformer ce « New Space » en « Far West ».

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