OTA à la française ou hub de données touristiques : à quoi va ressembler la plateforme que développe le gouvernement ?

Depuis mai 2020, des rumeurs courent sur la création d’une plateforme initiée par le gouvernement qui rassemblerait toute l’offre touristique française.

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JL

Julia Luczak-Rougeaux

8 juillet 20214 min de lecture

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© William Krause

Depuis mai 2020, des rumeurs courent sur la création d’une plateforme initiée par le gouvernement qui rassemblerait toute l’offre touristique française. S’agit-il d’une plateforme de réservation ou d’une évolution de DATAtourisme ? Si la situation paraissait claire il y a quelques mois, le retrait de la DGE dans le projet semble avoir fait évoluer les ambitions de ses protagonistes. On fait le point.

Mai 2020. Dans le cadre de la présentation de son plan de relance du Tourisme, le Comité interministériel du Tourisme partage dans son rapport sa volonté de créer une plateforme rassemblant l’offre touristique française pour 2021 : « Une plateforme de valorisation des données relatives à l’offre touristique française sera mise en place. Cette plateforme visera à renforcer la coordination, le pilotage et l’articulation des offres touristiques françaises, et pourra constituer un outil de souveraineté numérique ». Au micro de BFTM TV, Eric Lombard, Directeur général de la Caisse des dépôts, parle alors de la volonté du gouvernement de faire en sorte que les professionnels du Tourisme puissent retrouver une relation avec le client, que les OTA telles que Airbnb et Booking leur ont volé.

S’agit-il de créer une plateforme de réservation à la française pour venir concurrencer les grandes plateformes américaines ? Non, précisait alors Laurent Queige, Président de la Commission numérique du Comité de filière tourisme et délégué général du Welcome City Lab. Derrière cette plateforme, la volonté était alors de faire évoluer DATAtourisme, le dispositif de la DGE et de Tourisme & Territoires pour mettre à disposition des données touristiques en open data. « Ces nouveaux formats de données vont pouvoir porter notre ambition : donner une autre envergure à DATAtourisme et permettre de nouveaux cas d’usage. L’idée est de constituer un hub qui permettrait d’enrichir le dispositif avec des sources extérieures et d’y associer des services à valeur ajoutée. », nous expliquait Pascale Vinot,Responsable de projets Tourisme & numérique au sein d’ADN Tourisme et en charge de l’animation de DATAtourisme, en juin 2020.

Ce projet, nommé DATA Hub, n’a depuis pas été retenu par le Comité interministériel du Tourisme. Le gouvernement a néanmoins chargé la Caisse des Dépôts de créer une place de marché de l’offre des activités touristiques qui pourrait ensuite proposer des offres d’hébergement. Il semble qu'il n’existe aujourd’hui plus de synergies entre DATAtourisme et la Caisse des Dépôts autour du projet de Data Hub.

A quoi va ressembler cette plateforme ?

L’idée de départ de la plateforme reste la même : contrer les grandes plateformes de distribution en permettant aux acteurs du Tourisme d’accéder aux données. Elle s’articule autour de trois missions : re-intermédier les clients et retrouver une hospitalité numérique, créer et financer un cloud opérationnel pour ne pas devenir les producteurs des plateformes et investir dans l’upskilling numérique et l’hospitalité. Pour cela, la Caisse des Dépôts travaille avec Fabernovel et le Think Tank Digital New Deal afin de pousser les acteurs du Tourisme à partager leurs informations.

« La plateforme sera purement BtoB, une sorte de DATAtourisme augmentée », a déclaré Cyril Vart, Executive Vice-President de Fabernovel, dans le cadre de l’évènement Net Managers. En plus de données publiques, elle devrait rassembler des données privées et personnelles. Pour ces dernières, l’infrastructure compte sur le Data Governance Act (DGA), le projet de la Commission Européenne qui favorisera le partage des données. Finalement, il semblerait que la plateforme ressemble au projet de DATA Hub, mais sans la collaboration de DATAtourisme qui a pourtant déjà agrégé de nombreuses données touristiques. Le type de données récoltées ainsi que le modèle économique de la plateforme semble encore en cours de réflexion.  

Qu’en pensent les professionnels du Tourisme ?

Suite à la présentation de la plateforme à Net Managers, évènement qui allie conférences et networking, les professionnels du Tourisme ont réagi. Pour Christian Mantei, Président d’Atout France, l’approche doit être ascendante et non descendante : « Le digital a révélé des marques à échelle locale. La réflexion ne doit pas venir de l’échelle nationale, il faut d’abord stimuler une croissance locale soutenue par l’Etat ». Une idée partagée par Christian Delom, Secrétaire Général du forum A World For Travel : « Il faut créer un mouvement d’action collective. Le rôle de l’office de tourisme et d’être un animateur du territoire et c’est lui qui doit être impliqué ».

Si la plateforme de la Caisse des Dépôts devenait une OTA à la française, là aussi, les participants ont leur avis. « Pourquoi ne pas créer des mini Booking par destination plutôt ? », s’interroge Christian Sabbagh, Président d’Orchestra. C’est ce que la société technologique a réalisé avec La Plagne et Chamonix. En aidant les acteurs locaux à se digitaliser, il est possible d’agréger toutes les offres, de les packager et de les distribuer auprès d’agences locales et étrangères. « C’est à l’office de tourisme de promouvoir cette offre et de financer cette digitalisation. Cela contribue à la digitalisation du territoire », complète-t-il.



Pour Aurélie Soulat, Country Director France de Sabre, il faut penser aux ressources, humaines et financières, que nécessite une telle plateforme. « Pourquoi est-ce que le gouvernement ne jouerait pas un rôle de négociateur entre les acteurs touristiques et les plateformes ? » s’est-elle interrogée.

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