Alors que de nombreuses industries font de la réduction des émission de CO2 leur nouveau cheval de bataille, l'industrie du numérique, elle, augmente chaque année son empreinte carbone. En cause : la durée de vie limitée des appareils, des applications mobiles de plus en plus énergivores ou bien encore la vidéo en ligne. Pour Oury Thomas, COO d'APIDays Conferences, l'enjeu est aujourd'hui de viser une certaine sobriété numérique.


Lorsque l’on parle de pollution, on parle principalement d’émissions de CO2 qui est l’une des plus grandes causes du changement climatique. Pour le cas de la population numérique elle se divise en 2 catégories principales : la partie hardware, qui va concerner la fabrication des devices ou des composants des data centers et software, qui comprend la consommation électrique nécessaire à l’utilisation et à la recharge des appareils. La partie hardware représente 80% de cette pollution numérique et les 20% restants concernent le software. Pour donner un ordre d’idée, 25% de la consommation d’électricité dans le monde est due à la fabrication des matériaux ou à la recharge des appareils, ce qui est énorme lorsque l’on sait que l’électricité « propre » n’existe pas encore, les énergies renouvelables sont encore trop peu utilisées.
De même, les composants nécessaires à leur fabrication et leur durée de vie limitée sont également une importante source de pollution car il faut les remplacer régulièrement et ils sont non recyclables. Plus la vie d’un device est courte, plus il pollue. Le challenge aujourd’hui est de se diriger vers une certaine sobriété numérique.
Quel est son impact réel, notamment par rapport aux autres industries ?
Au total, le secteur du numérique émet 4% des émissions de gaz à effet de serre au niveau mondial, selon un rapport publié en 2019 par Shift Project. Pour vous donner un ordre d’idée, l’électricité, elle, en détient 25%, sachant qu’une partie est causée par le numérique. Le rapport estime également que notre consommation énergétique augmente de 9% par an.
Il faut de ce fait mettre la pollution numérique en parallèle avec d’autres secteurs. La plupart sont en pleine démarche de réduction de leurs émissions de CO2, comme l’automobile, l’alimentation ou la mode. Le numérique prend le contre-pied par rapport aux tendances actuelles puisque chaque année les chiffres augmentent ! Il y a certes quelques mouvements qui se créent à travers le monde mais cela reste infime.
Comment parvenir à réduire notre consommation et notre impact environnemental ?
Pour le hardware il faut dans un premier temps allonger la durée de vie des appareils et penser au recyclage des pièces ! Du côté du software, l’impact est de plus en plus discuté car il faut surtout réduire la consommation appareils ou des projets web. Si l’on développe des applications « obèses », qui consomment énormément,on participe à la limitation de la durée de vie des appareils. Il faut adopter dès la phase de développement des bonnes pratiques pour alléger cette consommation et soulager nos ressources technologiques. L’objectif : penser le développement de nouvelles solutions de façon « sobre ».
En entreprise, les bonnes pratiques doivent être adoptées à tous les niveaux et cela nécessite la collaboration de chaque parties prenantes : le designer, le développeur, l’équipe de data management… Toutes les équipes qui touchent au web. Il faut également utiliser davantage un langage de programmation moins polluant. Pour les particuliers cela est plus compliqué car nous n’avons pas vraiment la main sur notre consommation. C’est aux GAFA ou aux entreprises du web de jouer le jeu. Cela passe notamment par commencer à inciter l’internaute à télécharger ou à regarder sa vidéo en basse résolution plutôt qu’en HD. Pour donner un ordre d’idée, 60% du contenu généré par le web ayant un impact environnemental provient de la vidéo online. Les géants du web ont un rôle essentiel à jouer dans ce chemin vers la sobriété numérique.
Photo d'ouverture : @wocintechchat
