Deux ans après l'incendie qui a ravagé la cathédrale de Notre-Dame de Paris, l'entreprise Art Graphique et Patrimoine (AGP) travaille sur l'élaboration de son double numérique pour aider à sa reconstruction. Grâce à sa technologie de numérisation 3D et à l'élaboration d'une base de données solide, AGP a été mandatée par les pouvoirs publics afin de participer à ce projet de grande ampleur. En parallèle, elle développe des solutions technologiques au service du patrimoine culturel. Entretien avec Gaël Hamon, dirigeant d'AGP.


Nous avons utilisé la lasergrammétrie (Ou relevé laser-scanner, technique de mesure par nuage de points 3D, ndlr) à infrarouge par décalage de phase et de la photogrammétrie (Détermination de la dimension des objets, au moyen de mesures faites sur des perspectives photographiques de ces objets, ndlr) en terrestre et aérien grâce à des drones. Pour nous, ce sont des outils que nous avons l’habitude d’utiliser depuis plusieurs années. En revanche, l’arrivée des nouveaux algorithmes nous permettent aujourd’hui d’avoir des calculs très précis. Ce qui est important est comment traite-t-on et interprète-t-on les données récoltées. L’objectif final est d’acquérir une base de données 3D et 2D suffisamment riche et précise qui permet de mener à bien ce type de projet. Pour résumer, Notre-Dame a subi un grave traumatisme, notre travail va être de réaliser son « IRM » et d’en établir un diagnostique afin de s’assurer qu’elle reçoive les meilleurs soins par la suite, comme un médecin le ferait pour son patient.
A qui sont destinées ces données ?
Toute cette base de données va servir autant aux maîtres d’ouvrage, aux archéologues, aux bureaux d’étude, qu’aux architectes. Si l’on sait dès le départ que notre travail va être utilisé par différents corps de métiers, nous allons pouvoir demander les besoins de chacun et y répondre au mieux. Il y a par exemple des zones que nous avons spécifiquement relevées pour les archéologues. Notre travail est d’analyser chaque surface sur chaque élément afin que les calculs soient les plus précis possible. Au-delà de la cartographie, cela permet également d’avoir une réelle visibilité des coûts sur ce type de rénovation.
Travaillez-vous également sur des projets davantage BtoC ?
Nous avons effectivement un second pôle : celui de la médiation culturelle. Nous y développons des technologies à base de réalité virtuelle ou de réalité augmentée tels que des casques immersifs ou des escapes games historiques au service de la culture. Ces solutions sont des outils de vulgarisation parfois bien plus efficaces auprès du public final qu’un long discours. Elles permettent également de montrer l’évolution d’un édifice dans le temps et son histoire. Aujourd’hui, l’AR et la VR sont des technologies plus matures et il est logique que ce type de solution arrive de plus en plus communément dans les lieux historiques et culturels. L’essentiel est d’avoir un dispositif adapté au site et à son public.
Ces deux activités sont-elles totalement différentes l’une de l’autre ?
Ces deux activités sont différentes mais l’objectif reste le même : la conservation et la valorisation du patrimoine. On ne peut pas dissocier le technique scientifique de la vulgarisation. Il faut avant tout des données fiables avant de pouvoir vulgariser quelque chose. Dans le domaine historique notamment, il est essentiel et nécessaire de comprendre les données de la pierre ou du monument pour interpréter son histoire. Cela doit être établi sur des faits scientifiques et avérés.
Nuage de points, Notre-Dame de Paris. Crédit : AGP
Photo d'ouverture : @AGP
