De la promotion du tourisme de masse, nous devons passer à la valorisation de la rencontre

Cette tribune a été rédigée par Charles-Édouard Girard, co-fondateur de HomeExchange

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La rédaction

22 avril 20214 min de lecture

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© Aurelien Romain

Cette tribune a été rédigée par Charles-Édouard Girard, co-fondateur de HomeExchange

Les endroits préservés du tourisme de masse deviennent rares. Depuis quelques années, les réseaux sociaux, tout comme les médias de masse, menacent de plus en plus ceux qui le restent. En cette Journée internationale de la Terre, il est important de se projeter dans un tourisme plus durable, qui bénéficie à la fois à l’humanité et à la planète. Voilà donc quelques bonnes raisons de changer le marketing du tourisme et d’éviter ainsi l’effet néfaste qu’il peut avoir sur l’environnement et la vie locale.

Selon une étude menée par One Poll en 2019, 42% des voyageurs français réserveraient leur séjour en prenant en compte le potentiel « instagrammable » de la destination.  "Les 5 plus beaux villages de la région”, “les 10 plus beaux monuments”, “les 15 plus belles plages”... de la même manière, nombreux sont les articles cataloguant voire hiérarchisant les lieux “à visiter”, “à voir absolument” ou encore “à ne pas rater”. Si cette mise en lumière permet à certaines destinations de profiter de leur popularité sur le plan financier, d’autres souffrent de cette force de frappe médiatique et des soudaines prises d’assaut qui ne leur laissent pas le temps de se préparer à la demande d’une vague importante de touristes.

Le “beau” se trouve dans le vivant et non dans les lieux

Ce qui confère de la beauté à un lieu, c’est le plus souvent un ensemble de choses : le moment, la luminosité, l’atmosphère qui s’en dégage, les gens avec qui nous partageons l’instant. La muraille de Chine est incroyablement belle, mais perd forcément de son éclat lorsqu’elle est visitée aux côtés de 500 personnes qui vous bousculent pour réussir à la prendre en photo. Une simple balade en forêt en famille, sous un beau soleil, offrant l’occasion de découvrir ensemble un ruisseau, des ruines, une vue, une maison abandonnée ou encore de rencontrer une personne du coin constituera au contraire un souvenir positif ancré dans la mémoire de chacun.

Un voyage n’est pas une série de cases à cocher

Nous sommes tous différents, avons tous nos propres goûts et sensibilités : cette injonction à aimer visiter des endroits prédéfinis quand on visite une région est donc dénuée de sens. Laissons chaque individu découvrir les lieux et décider d’en apprécier un plutôt qu’un autre. Le vrai bon conseil, plutôt que d’encourager à visiter un village, est de visiter une région et de prendre le temps de la découvrir, de flâner, de parler avec les gens qui y habitent. Chaque personne est différente : elle aimera un village différent, tout simplement parce qu’elle y vivra des choses différentes.

Le tourisme doit être pensé dans l’intérêt de tous, et surtout des locaux

En encourageant un grand nombre de personnes à aller visiter un même endroit, on ne prend pas en considération celles qui y habitent. Qui a demandé à la population si elle voulait voir débarquer un flux de touristes ? Si le restaurant du coin ou la boulangerie du centre-ville seront ravis de les accueillir, l’ensemble des habitants seront-ils vraiment heureux de recevoir tous les jours de nouveaux visiteurs ?  Il est impératif de développer le tourisme dans l’intérêt de tous, afin que les locaux profitent de ses impacts positifs sans en subir les effets négatifs.

Ces lieux ne sont pas préparés à recevoir

Les villes et villages sont des lieux vivants prévus pour un nombre d’habitants donné. Il n’y a sans doute pas de poubelle à chaque coin de rue, pas de place pour se garer, ni de lieux forcément adaptés pour s’y restaurer. L’arrivée d’un grand nombre de touristes va demander une adaptation de ces lieux : comment éviter qu’ils deviennent des petits parcs d’attraction ? Comment faire en sorte qu’ils gardent leur authenticité ?

Parler d’un village pour mettre en avant une fête de village, une foire, un concert, une brocante, ou tout autre événement local a du sens : la population est préparée à cet accueil. Nous devons en revanche redonner aux individus le choix du type de tourisme qu’ils veulent chez eux : ne laissons pas certaines plateformes mettre en avant des lieux sans que ceux qui y vivent n’aient décidé de le faire. Comme il existe un droit à l’image, pourquoi ne pas créer un droit à la mise en avant touristique ?

En tant qu'acteurs du tourisme et des médias, nous avons un rôle à jouer. Oui, un simple article attrayant et bien illustré à propos d’une zone géographique donnée peut avoir un impact négatif sur celle-ci, même si ce n’était pas l’intention de son auteur. Prenons la mesure des messages que nous portons, incluons les habitants dans les stratégies de développement touristique, donnons-leur la place qu’ils doivent avoir en sensibilisant les lecteurs sur les conséquences de leur voyage sur la vie locale, créons des occasions de rencontre qui permettent aux uns d’améliorer leur qualité de vie et aux autres de vivre un contact authentique avec les “gens sur place”.

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