Avec les progrès technologiques, la réalité augmentée parvient désormais à se fondre dans notre quotidien jusqu’à nous faire oublier que nous l’utilisons. Que ce soit pour visualiser son prochain lieu de vacances ou effectuer un travail de groupe, Michel Ruiz, CEO et cofondateur de KaviAR, est persuadé que la réalité augmentée est l’internet de demain. Et selon lui, cette année sera décisive dans cette appropriation des usages. Interview.


Depuis le début de la crise sanitaire, il y a eu une libération des usages de la réalité augmentée. Nous avons pu rattraper l’unité de temps et d’action, mais pas celle de lieu puisque nous sommes restés chez nous. C’est là que la réalité augmentée est entrée en jeu. Cette année est l’opportunité pour les professionnels du Tourisme de se réinventer. Les touristes vont vouloir partir moins mais mieux et cela passe par des recherches plus approfondies sur les destinations. Dans ce sens, la réalité augmentée est un bon outil d’inspiration. Notre outil KaviAR gate permet par exemple de se « téléporter » quelque part pour avoir un aperçu avant un voyage. Demain, il sera même possible de réserver une chambre d’hôtel après l’avoir visité de cette manière.
Cela fait plusieurs années que l’on parle de réalité augmentée et il me semble que son usage ne se soit pas tant démocratisé que ça… Pourquoi maintenant ?
La technologie est prête depuis 10 ans, mais le contenu commence seulement à se développer. Il est plus facile d’échapper aux contraintes des applications mobiles avec le développement des expériences sur le web. Je pense que la rupture sera la même qu’à l’arrivée d’Internet. De nombreuses personnes utilisent la réalité augmentée sans le savoir, en utilisant Snapchat par exemple. Elle va être une régie média fantastique et comme sur le web il y a plusieurs décennies il faudra développer le bon contenu. La différence ici est que l’on vient placer du numérique sur un environnement réel. Demain, je pourrai me rendre dans un parc naturel au Costa Rica et faire apparaître un guide qui me rappellera les mesures de sécurité et les différents sentiers que je peux emprunter. Si le voyageur est équipé d’une application dédiée, il n’y aura même pas besoin de connexion internet. La géolocalisation via les satellites permettra de savoir où il se trouve exactement. Les musées sont fermés actuellement ? Les utilisateurs peuvent "exposer" leurs propres photos et inviter des amis à visiter leur exposition sous forme d'avatar via notre solution. Les collaborateurs d'une entreprise ne peuvent plus se voir physiquement ? Nous avons développé des espaces de travail virtuels qui permettent de faire apparaître un document ou un objet tout en discutant avec ses collègues.
Google a tenté de s’imposer sur le marché de la réalité augmentée avec ses Google Glass et a échoué. Le mobile contribue-t-il davantage à la démocratisation de la réalité augmentée que les lunettes ?
A l’époque, Google avait lancé des lunettes avec un processeur intégré. Mais le niveau de calcul n’était pas aussi élevé qu’aujourd’hui. Je pense que les lunettes seront l’équivalent de la montre connectée. Elles seront liées à mon portable qui se trouve dans ma poche. Le smartphone est un tremplin pour la réalité augmentée mais il a des limites. Il est compliqué d’avoir une vraie interaction avec un mobile dans la main. Demain, ce seront la voix et la vue en plus du toucher qui permettront d’interagir avec le contenu. Et dans quelques années, on peut imaginer l’arrivée de lentilles qui élargiront encore davantage le champ de vision.
