Dans le cadre des Rencontres du Tourisme de Bretagne, une table-ronde avait pour sujet la collaboration entre les startups, les entreprises et les territoires. L’occasion de revenir sur ses avantages et sur un exemple concret de collaboration réussie.
Au début des échanges, Emmanuel Bobin, Directeur de l’Open Tourisme Lab, a donné plusieurs raisons pour lesquelles la collaboration entre entreprises, startups et territoires s’avère intéressante sinon indispensable.
Il y a selon lui une accélération dans l’économie d’usage et de la location. Pour pratiquer une activité, il n’y a plus besoin d’être propriétaire d’un produit. On l’a vu récemment avec les trottinettes électriques qui permettaient aux touristes de se déplacer dans les grandes villes. Conçues par des startups, elles ont ensuite été prises en charge par les collectivités. « Même s’il s’agissait plus de régulation qu’autre chose », a-t-il commenté. C’est dans ce genre de cas que la collaboration est nécessaire. « Je ne pense pas que ce soit le rôle des collectivités de développer ce genre de services », a-t-il continué.
Selon Emmanuel Bobin, les acteurs publics et privés n’évoluent pas à la même vitesse. C’est pourquoi les startups peuvent aider les collectivités à rester à niveau technologiquement parlant. On l’a vu lors de l’instauration du RGPD (Règlement pour la protection des données) par exemple. « La collaboration a été nécessaire pour qu’elles puissent respecter les standards et les exigences », a-t-il illustré. Durant la crise, certaines entreprises les ont aidées à respecter les mesures sanitaires également.
Le pouvoir des S
L’ADN de l’Open Tourisme Lab est de créer une rencontre entre ces acteurs. Mais pour cela, il est important de comprendre les problématiques de chaque côté avant même de l’initier.
Pour Damien Catala, Co-fondateur de la jeune pousse Dahub, ces intermédiaires sont une vraie force. « Ils permettent d’éviter les pièges », déclare-t-il. Le plus grand piège est de concevoir un produit pour un seul territoire. Il faut selon lui penser à la perspective d’un déploiement multiple qui permettra de ne pas créer de dépendance et de tester son produit auprès de plusieurs publics. C’est ce que Damien Catala appelle le « pouvoir des S », le fait que plusieurs acteurs privés travaillent avec plusieurs acteurs publics.
Dans ce sens, les hackathons notamment ne sont pas toujours favorables aux jeunes entreprises : « Bien souvent, ils imposent un sujet et une problématique pour un territoire. C’est séduisant pour les startups car c’est de la visibilité facile. Mais si j’exagère un peu mes propos, les hackathons les empêchent de se développer car la problématique est trop spécifique », a-t-il expliqué.
C’est pourquoi les startups doivent être vigilantes quant à la qualification de la collaboration estime le Directeur de l’Open Tourisme Lab. L’acteur public attend-il une expérimentation ou une solution clé en main ? Il est important de mettre en place un cadre et un process.
L’importance de la donnée
La société Dahub est spécialisée dans la gestion intelligente des données touristiques. A travers sa plateforme, elle aide les entreprises touristiques à maximiser leur visibilité en ligne en créant des ponts entre socioprofessionnels et collectivités.
Selon son CEO, Damien Catala, la plateforme nationale de traitement de données DATAtourisme a fait l’erreur de ne pas impliquer les acteurs privés dans son fonctionnement. « La plateforme est trop éloignée de leurs problématiques », a-t-il précisé. Selon lui, il faut un partage vertueux de la donnée impliquant les startups dès le départ.
Les coûts d’acquisition dans le Tourisme sont de l’ordre de 400 euros en moyenne. Ils sont trop élevés selon lui. La donnée pourrait permettre de réduire ces coûts en réduisant la friction dans la création de nouveaux services. « En partageant des données de géolocalisation, d’ouverture, de prix, de disponibilité, cela fait gagner du temps à tout le monde », explique-t-il. Le problème aujourd’hui est que de nombreuses entreprises, dont les startups, sont frileuses à partager ces données car c’est là leur richesse. « La question de la gouvernance et de la confiance est énorme », a-t-il appuyé.
Décathlon et sa collaboration avec la startup Lizee
Il y a deux ans, Décathlon a lancé un service de location d’équipements de trekking Forclaz avec la startup Lizee. Une manière de participer à l’économie circulaire, de plus en plus au cœur des préoccupations des consommateurs. « Est-ce qu’il y a encore du sens à acheter une tente lorsqu’elle ne sert que deux fois dans l’année ? Nous cherchions à créer un service durable, pas un coup d’éclat », a affirmé Karim Zameziati, Chef de produit Outdoor chez Décathlon.

Le service proposait à l’origine d’être livré à domicile. Mais l’enseigne a vite compris qu’il fallait proposer également une livraison en point relais sur le lieux de vacances des clients. « Le fait de travailler avec Lizee nous a permis d’aller vite dans cette évolution », a-t-il déclaré. Travailler avec les collectivités a été là aussi important. « Qui mieux que les offices de tourisme connaissent leur territoire ? », a continué Karim Zameziati.
Lizee s’occupe aujourd’hui du front office, l’outil de réservation en ligne, et du back office, à savoir la maintenance du matériel. Selon le collaborateur de Décathlon, ce n’est pas à l’office de tourisme de s’occuper de nettoyer ou de réparer le matériel. Et ce n'est pas (encore) le métier de l’enseigne de sport. Ce nouveau service demande de se poser de nouvelles questions : « Entretenir un parc est différent que de vendre un produit. Cela nous pousse à nous interroger sur leur durée de vie. Cela change notre perception et responsabilise encore plus l’entreprise dans leur conception », a-t-il conclu.