Durement impacté par la crise sanitaire, le secteur du Tourisme subit plusieurs transformations. A quoi va ressembler la reprise des voyages ? Quelles sont les nouvelles attentes des consommateurs ? On a fait le point avec Joanne Dreyfus, Associée, resp. Transport, Hospitalité et Services chez Deloitte.
A quoi va ressembler le Tourisme dans le monde d’après ?
Joanne Dreyfus, Associée, resp. Transport, Hospitalité et Services chez Deloitte.
Ce que l’on vit actuellement est en train de créer une rupture. Cela ne veut pas dire que l’on ne va pas retrouver le monde d’avant, mais quelque chose aura changé. Je suis convaincu qu’il peut y avoir un nouveau Tourisme en France. Dans les prochains 3 à 12 mois, il y aura sûrement ce qu’on appelle un « revenge tourism ». On aura envie de voyager, de revoir ses amis et sa famille, de faire ces séjours que l’on a déjà payés en 2020 mais qu’il a fallu reporter. Mais ce comportement n’est envisageable que pour les personnes ayant réussi à faire des économies pendant cette période. Et il ne faut pas oublier qu’une grande partie de la population a été ou est encore en chômage partiel. Le « revenge tourism » ne concernera pas tout le monde.
Le voyage d’affaires reprendra un peu pour certains besoins urgents. Mais il y aura un frein certain concernant le budget et la sécurité des collaborateurs. Je pense que les grands évènements internationaux ne reviendront pas avant deux/trois ans, même si les salariés en ont marre de Zoom. La reprise ne se refera pas sans la prise en compte d’une rupture. Les sociétés vont davantage challenger l’efficacité de ces déplacements professionnels et leur nécessité. Il y aura sans doute un nouvel équilibre, un mix de réunions virtuelles et de réunions physiques. Plutôt qu’un grand évènement, il y aura sans doute des hubs répartis dans le monde. Les grandes chaînes hôtelières pourraient créer une offre dans ce sens. Imaginez, une société regroupe ses collaborateurs par hubs : un en Europe, un aux Etats-Unis, un en Asie. Tous ces hubs sont connectés entre eux par visioconférence. Dans chaque hub, un « mini-évènement » est organisé avec des activités de team builiding par exemple. Bien sûr, il faudrait prendre en compte le décalage horaire entre les zones. Mais avec le bouleversement actuel dans la manière de travailler, cela pourrait marcher.
L’accent est mis sur le Tourisme durable depuis le début de la crise. Y a-t-il une prise de conscience chez les professionnels ?
En effet, de nombreuses entreprises ont fait des annonces. Chez Deloitte par exemple, le programme WORLD CLIMATE a été mis en place pour réduire les voyages professionnels. Nous disposons désormais d’un outil qui permet de connaître l’impact carbone des différents moyens de transport. Je pense que ces initiatives dans le Voyage d’Affaires vont impacter le Loisir ensuite. Les gens voudront le même niveau d’information et d’éducation.
Je pense que la population va vouloir absolument voyager pendant 6 mois, mais qu’ensuite elle modifiera son comportement. Il y aura davantage de slow tourisme et de tourisme local. L’avantage de la France est qu’elle permet de découvrir plein de choses différentes. Quant aux passionnés de voyage qui voudront sortir de l’Hexagone, ils partiront moins régulièrement, peut-être une fois par an, mais leur séjour sera plus long. Le reste de l’année, ils séjourneront près de chez eux et profiteront des parcs, de la nature et de la montagne. Il va falloir apprendre à s’amuser autrement. C’est pourquoi la France doit réapprendre à attirer les Français, à créer des expériences différentes mais pas forcément plus chères. Le secteur de la Montagne l’a bien compris et propose de plus en plus d’offres pour qu’une famille puisse à la fois travailler et se ressourcer. La frontière entre travail et vacances deviendra toujours plus floue.
Le secteur est-il en train d’effectuer sa transformation numérique selon vous ?
Je pense que la période actuelle est le bon moment pour se poser les bonnes questions : de quelles technologies mes clients ont-ils besoin ? Quelles sont leurs attentes ? La clé digitale dans les hôtels se développent par exemple. Elle donne plus de liberté aux clients qui sont davantage indépendants. Je suis convaincue qu’on voyage pour vivre une expérience. Il ne faut pas que cela soit stérilisé par la technologie. La technologie doit venir améliorer cette expérience. Prenez Uber par exemple. Aujourd’hui, le service est indispensable. Mais avant qu’il n’arrive, on ne savait pas qu’on en avait besoin. C’est pareil pour le choix de sa place dans un avion. Pourquoi les hôtels ne permettent toujours pas de choisir sa chambre ? Citizen M le propose par exemple. La flexibilité s’impose également car le last minute est du vrai last minute, les gens réservent la veille pour le lendemain. Cela demande aux entreprises de s’adapter.
Pour la première fois, un événement d’envergure internationale va se pencher sur la transformation du Tourisme. Nommé A World For Travel, le forum rassemblera des experts du monde à Evora, au Portugal.
Plus d’infos ici : https://www.aworldfortravel.org/