Jenji : « Notre but est d’automatiser la chaîne de l’expense en réduisant les actions humaines sans valeur »

Créé en 2014, la société Jenji a mis au point un logiciel de gestion de notes de frais basé sur l'intelligence artificielle.

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Julia Luczak-Rougeaux

3 mars 20214 min de lecture

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© Carli Jeen

Créé en 2014, la société Jenji a mis au point un logiciel de gestion de notes de frais basé sur l'intelligence artificielle. Se considérant davantage comme une société technologique, elle comptabilise aujourd’hui plusieurs centaines de milliers d’utilisateurs actifs. En quoi consiste la solution ? Comment vient-elle dépoussiérer un secteur en retard technologiquement parlant ? Entretien avec Pierre Queinnec, CEO et co-fondateur de Jenji.

Comment utilisez-vous l’intelligence artificielle dans votre solution ?

Pierre Queinnec, CEO et co-fondateur de Jenji.

Chez Jenji, on se définit comme une société de data science qui fait de l’expense management. Mais attention, nous faisons de la vraie intelligence artificielle, pas celle des startups qui surfent sur la vague et qui n’utilisent pas du tout les maths. Le secteur de l’expense est assez ancien et pourtant il n’est pas très innovant. Les acteurs du secteur n’ont réagi ni à l’arrivée du mobile, ni à l’arrivée de l’IA. C’est pourquoi nous nous sommes lancés sur ce créneau. L’IA nous permet de faire de la reconnaissance optique de caractères (ROC) sur une facture par exemple. Une fois les informations extraites, le deep learning permet de les comprendre. Enfin, l’IA back office permet de faire du scoring (système de notation qui aide à la prise de décision, ndlr) et de détecter les fraudes et les anomalies. Notre but est d’automatiser le plus possible la chaîne de l’expense en réduisant les actions humaines sans valeur.

Qu’est-ce qui vous démarque des solutions concurrentes ?

Au-delà du process, notre coeur de métier est l’exploitation des données. Notre but est d’arriver à automatiser toutes les choses qui se font habituellement à la main. C’est pourquoi nous faisons de l’analyse proactive automatisée. Le système vous prévient lorsqu’une action doit être réalisée : en cas de fraude, d’anomalie ou de dépense optimisable par exemple. Pour nous, c’est ça l’intérêt d’une solution moderne : alléger la charge mentale de toute la partie compliance et contrôle de gestion. 10 à 15% du process seulement doit être effectué par l’humain lorsqu’il faut prendre des décisions. Le reste doit être automatisé de façon transparente. Nous faisons aussi de la triangulation de données (les données sont recueillies auprès de plusieurs sources différentes, ndlr). Cela permet par exemple de mieux savoir qui était présent lors d'un déjeuner et donc de ne plus noyer la TVA dans une seule facture.

Quel est votre modèle économique ?

Nous proposons un plan complètement gratuit. Toutes les entreprises leaders dans le domaine de l’intelligence artificielle comme Facebook, Alibaba et Google proposent un service gratuit. Nous sommes les seuls à faire de même dans le secteur de l’Expense. Nous n’avons pas l’ambition de miser sur l’upsell. Ce qui nous importe est d’avoir du feedback et d’entraîner nos algorithmes. Nos revenus nous proviennent des ETI et des sociétés corporate qui veulent utiliser le mode collaboratif. Une personne peut faire 10 000 notes de frais par mois, ça ne lui coûtera rien. En revanche, si une entreprise veut posséder un compte avec tous ses salariés, là, c’est payant. Notre système est bien sûr connecté avec tous les autres outils travel & expense.

Le secteur du voyage d’affaires est en berne depuis le début de la crise sanitaire. Comment vivez-vous la pandémie ?

Contrairement à ce que l’on pourrait penser, cette période est un gros boost pour nous car les notes de frais continuent d’exister et il faut les gérer de manière numérique. Nous avons la chance de travailler avec des entreprises issues de divers secteurs. Nous ne nous sommes jamais considérés comme une société du Voyage d’affaires ou du T&E. Nous sommes un pure-player avant tout. Le T&E, c’est fini. Le Travel et l’Expense sont deux systèmes différents technologiquement. Leur seul point commun est leur connexion à la base RH. C’est pour ça qu’il ne faut pas les mettre sur le même plan et c’est pour ça que l’un s’en sort mieux que l’autre actuellement.

Quels sont vos objectifs dans les prochains mois ?

Notre principal focus est l’analyse de données. Nous sommes présents dans 5 pays et les usages sont différents à Singapour comparativement à la France et l’Allemagne par exemple. Tout comme les droits fiscaux et le rapport au paiement. L’autre enjeu est l’explicabilité des modèles de l’intelligence artificielle afin de le rendre utilisable d’un point de vue humain. C’est un sujet complexe car toute la technologie que nous utilisons est encore en train d’être écrite actuellement.

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