Le service de messagerie appartenant au groupe Facebook a modifié ses conditions d’utilisation début 2021 provoquant un véritable tollé auprès des internautes. En cause : une nouvelle clause qui stipule le partage de données avec sa maison-mère Facebook.
Le groupe Facebook s’est-il tiré une balle dans le pied en modifiant les nouvelles conditions d’utilisation de WhatsApp ? C’est en tout cas l’avis de nombreux utilisateurs de la messagerie qui ont, pour un certain nombre, préféré désinstaller l’application et se tourner vers d’autres plateformes assurant davantage de protection en matière de sécurisation des données. Mais qu’en est-il vraiment ? Pourquoi de tels changements ? Et que cela va-t-il réellement changer pour l’utilisateur ? Le 6 janvier dernier, les utilisateurs de WhatsApp ont eu la mauvaise surprise de voir un onglet s’afficher lors de l’ouverture de l’application en leur demandant de valider de nouvelles conditions générales. Parmi elles, la possibilité pour la maison-mère Facebook de récupérer des données personnelles WhatsApp et de les utiliser à des fins commerciales. L’objectif : rentabiliser davantage l’application mobile en faisant du service de messagerie un nouveau canal de vente et développer WhatsApp Business pour les entreprises. Ce qui a engendré la colère des utilisateurs est notamment le fait que le mobinaute est obligé d’accepter ses nouvelles conditions avant le 8 février 2021, sans quoi il ne pourra plus accéder à la messagerie. De nombreux utilisateurs ont alors crié au scandale et ont appelé à migrer sur d’autres services de messagerie tel que Signal.
Une protection européenne grâce au RGPD
En réalité, ces nouvelles mesures ne concernent « que » les noms, les images de profil ou bien encore les numéros de téléphone et non les vidéos, photos et textes puisque la messagerie utilise un chiffrement de bout en bout. En Europe, les entreprises étant soumises au RGPD, le groupe Facebook ne peut pas faire ce qu’il veut et doit se plier à certaines règles. "Il n'y a aucun changement dans les pratiques de partage de données de WhatsApp dans la région européenne (y compris au Royaume-Uni) suite à la mise à jour des conditions d'utilisation", a certifié un porte-parole de WhatsApp aux Echos. En effet, en principe, le partage des données personnelles entre une filiale et sa maison-mère n'est pas contraire au RGPD tant qu'il respecte certaines conditions et que le consentement des utilisateurs est demandé. Le problème majeur ici est que le mobinaute n’a pas d’autre choix que de les accepter si il souhaite continuer d’utiliser les services de WhatsApp, ce qui est fondamentalement contraire au RGPD. En parallèle, ces nouvelles réglementations comportent plusieurs volets : comment les entreprises peuvent-elles utiliser les services hébergés par Facebook avec WhatsApp, et comment l’application permet une intégration avec les autres produits de Facebook ? Sur ces deux points, la réglementation européenne ne peut pas s’y opposer. « Nous faisons partie des entités Facebook. En tant que membre des entités Facebook, WhatsApp reçoit des informations de la part des entités Facebook et partage des informations avec elles, tel que décrit dans la Politique de confidentialité de WhatsApp, notamment pour fournir des intégrations qui vous permettent de relier votre expérience WhatsApp aux autres Produits des entités Facebook ; pour assurer la sécurité et l’intégrité des Produits des entités Facebook ; et pour améliorer vos expériences avec les produits et publicités des Produits des entités Facebook », peut-on ainsi lire sur les nouvelles CGU.
Facebook : la fin d’une ère ?
Face à cette vague d’indignation, WhatsApp a tenté d’éteindre l’incendie en prenant la parole cette semaine : «Avec toutes les rumeurs qui circulent, nous voulons répondre à certaines des questions les plus communes que nous avons reçues», a indiqué WhatsApp sur son site web, dans la rubrique «sécurité et confidentialité». «Nous voulons dire clairement que la mise à jour n'affecte en aucune façon la confidentialité des messages échangés avec vos amis et votre famille». Mais le mal semble déjà fait et, après Instagram et Messenger, Facebook semble cette fois s’être tiré une balle dans le pied, faisant le bonheur des applications Telegram et Signal. 72h après ces annonces, 25 millions d’utilisateurs avaient en effet téléchargé l’application de messagerie Telegram et Signal a connu des problèmes techniques face à un nombre trop importants de téléchargements.
Photo d'ouverture : @christianw