Comment l’espace est-il devenu une destination touristique émergente ?

Comme une étendue infinie surplombant nos quotidiens, l’espace représente un panorama d’expériences dont les curiosités cosmiques et les rencontres astrales…

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Cyril Blanchet

23 novembre 20207 min de lecture

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© NASA

Comme une étendue infinie surplombant nos quotidiens, l’espace représente un panorama d’expériences dont les curiosités cosmiques et les rencontres astrales viendraient remplir plusieurs vies d’explorations et de découvertes. À la différence des hommes qui durant des millénaires ont fantasmé cet environnement insaisissable, nous n’avons jamais été aussi proche d’accéder à la mise en tourisme de l’espace. À grand coup d’imaginaire collectif et d’actions de communication, nous nous demanderons comment l’espace est devenu une destination touristique émergente.

La représentation du tourisme spatial se construit à travers une exploration imaginaire, virtuelle et réelle qui propose depuis plusieurs années des possibilités autour d’un potentiel futur du tourisme (Cater, 2019). Pour certains visionnaires et scientifiques de l’espace, les activités spatiales présupposent l’expansion de l’homme dans la conquête de l’univers tandis que l’industrie spatiale les considère comme la prochaine extension logique de l’aviation (Ryabinkin, 2004). En attendant, l’homme n’a jamais voyagé dans l’espace en tant que touriste.

L’exploration par observation de l’astro-tourisme

Ce désir de se projeter dans l’espace s’est d’abord cristallisé dans son observation pour reconnaître les astres et comprendre certaines manifestations exceptionnelles (éclipses, météorites, étoiles filantes, etc.). À défaut de pouvoir voyager dans l’inconnu, nous tentons de reconnaître ce qui est directement perçu depuis la Terre. On parlera alors d’astro-tourisme.

D’après les recherches d’Alexandra Picot (2020), les activités principales qui en découlent sont l’observation des étoiles et des aurores boréales auxquelles viennent s’ajouter la visite des bases spatiales, l’astrophotographie et de façon plus anecdotique la recherche des OVNI. Toujours selon l’auteure, ce tourisme suscite l’intérêt notamment parce qu’il propose un tourisme respectueux de l’environnement dans des espaces éloignés des pollutions atmosphériques et lumineuses. De plus, le caractère éphémère de certains phénomènes permet d’enrichir la personnalisation et la dimension exceptionnelle de l’expérience.

L’exploration par fantasme populaire

Malgré notre incapacité à nous projeter physiquement au-delà de la Terre, notre imaginaire collectif est pourtant rempli d’expéditions spatiales. Certaines productions retranscrivent avec une réalité relative les prémices des conquêtes sidérales (Appollo 13, 1995 ; Les Figures de l’ombre, 2017), d’autres composent des scénarios en se basant sur l’anticipation et la dystopie (Gattaca, 1997, The 100, 2014, Gravity, 2017). Puis, comme l’espace et l’imagination sont infinis, certaines sagas y ont développé des univers fictifs, épiques et fantaisistes (Star Wars, 1977, Alien, 1979, Les gardiens de la Galaxie, 2014).  

Image issue du film Gravity

La culture populaire n’a donc cessé d’explorer les univers pour figer la conquête de l’espace en tant que genre littéraire ou cinématographique (Quand les auteurs de SF imaginent le Tourisme spatial). Aussi, de nombreux films, séries et jeux vidéo présentent une tension récurrente dans les voyages spatiaux. D’abord avec le désir d’apporter des solutions face aux problèmes sociopolitiques des organisations, puis avec une volonté de limiter les conséquences de la technologie sur les civilisations (Ceuterik & Johnson, 2019). Le voyage terrestre représente alors une évasion hors de nos quotidiens pendant que le voyage dans l’espace deviendrait une évasion pour répondre aux limites grandissantes de nos sociétés.

L’exploration scientifique et réelle de l’espace

Le voyage dans l’espace reste fictif mais les expéditions spatiales sont réelles. Pour le moment, ces déplacements sont limités à des espaces périphériques et effectués pour des missions scientifiques portées par les agences spatiales nationales (CNES pour la France, NASA pour les États-Unis ou Roscosmos pour la Russie). À grand renfort de communication, ces acteurs se positionnent comme les nouveaux influenceurs de la vulgarisation scientifique.

Pour l’illustrer, reprenons l’expédition de Thomas Pesquet en 2016 dans la Station spatiale internationale (ISS). Durant son séjour, nous avons suivi des interviews à distance, des retransmissions d’activités en direct sur les réseaux sociaux et des photos inédites et virales pour bénéficier d’une certaine proximité avec son expérience. Apportons également une mention spéciale pour la NASA qui oscille entre projets scientifiques et projets illusoires pour développer sa popularité (La NASA va installer le réseau 4G sur la Lune, La NASA s’apprête à envoyer une super fusée dans l’espace, La NASA teste son parachute supersonique pour atterrir sur Mars, La NASA développe un projet d’hôtel de luxe dans l’espace).

L’exploration des initiatives privées de l’espace

Si les agences spatiales gouvernementales ont plutôt favorisé la science et la colonisation comme motivation de ces déplacements, les entreprises privées se sont engouffrées dans cette possibilité du voyage dans l’espace. « Dans diverses conférences, interviews, vidéos commerciales et documentaires, les milliardaires fondateurs de Virgin Galactic (Richard Branson), Blue Original’s (Jeff Bezos) et Space X (Ellon Musk) affirment leurs objectifs de développement du tourisme spatial comme un moyen de financer la poursuite de l'exploration et de la colonisation. » (Ceuterik & Johnson, 2019). Ainsi, ces initiatives privées viennent régulièrement renforcer l’actualité du tourisme spatial (En 2024, Zephalto proposera des voyages dans l’espace en ballon stratosphérique, Virgin Galactic remet en vente des tickets pour l’espace, Start Rocket, la startup russe qui veut diffuser des publicités dans l’espace).

Pour symboliser ces initiatives, nous pouvons rappeler le projet de Starman au volant du Tesla Roadster d’Elon Musk qui représente un exploit technologique mais surtout un coup médiatique. Ces actions deviennent des démonstrations qui mènent à une concurrence technologique entre riches visionnaires. Leurs coopérations avec les agences publiques participent à la représentation de la puissance nationale. Ainsi, l’entente entre la Nasa et Space X a récemment permis un accès autonome des équipes de la Nasa, auparavant dépendantes de la Russie, jusqu’à la station ISS lors de la mission Space X Crew-1 (15/11/20). Pour autant « La voie actuelle du développement humain au-delà de la biosphère terrestre est largement guidée par les intérêts des « millionnaires de l’espace » qui bénéficient de régimes juridiques internationaux et de systèmes de réglementation nationaux très propices au développement spatial du secteur privé. Dans de telles circonstances, la démocratisation des voyages spatiaux et les avantages qui en découlent semblent peu probables » (Spector & Higham, 2019).

comment_innover_comme_Elon_Musk La Tesla envoyée dans l'espace par SpaceX

Les limites de l’exploration spatiale

Au-delà d’une incapacité technologique à concevoir des voyages dans l’espace, plusieurs limites peuvent être identifiées dans cette volonté d’étendre notre espace de visite.

  • Incapacité à préserver : À l’échelle terrestre, l’homme sait exploiter les ressources naturelles mais seulement en créant des pollutions. « L'intensification de l'exploration et de l'exploitation de l'espace pourrait conduire à des effets environnementaux monumentaux, précipitant la destruction des environs terrestres et célestes. » (Cohen and Spector, 2019).
  • Incapacité à cohabiter : De plus, l’intérêt de l’humanité pour la recherche d’un autre extra-terrestre mutuellement enrichissant est une pensée persistante pour les partisans de l'exploration spatiale (Launius, 2019). Cependant cette volonté de cohabiter avec d’autres reste discutable compte tenu de notre incapacité à faire cohabiter nos propres cultures terriennes.

Bibliographie

Cater, C. (2019). History of space tourism. In Space Tourism, Tourism Social Science Series, 25, 51-66.

Ceuterick, M., & Johnson, M. R. (2019). Space Tourism in Contemporary Cinema and Video Games. In Space Tourism. Emerald Publishing Limited.

Cohen, E., & Spector, S. (2019). Space tourism-past to future: a perspective article. Tourism Review.

Launius, R. D. (2019). Human aspirations to expand into space. In Space Tourism, Tourism Social Science Series, 25, 15-50.

Picot Alexandra (2020), Comment l’astro-tourisme peut aider le développement d’un territoire ? article de recherche, Master 2 management de destination, Université Gustave Eiffel.

Ryabinkin, C. T. (2004). Let there be flight: it's time to reform the regulation of commercial space travel. J. Air L. & Com., 69, 101.

Spector, S., & Higham, J. E. (2019). Space tourism in the Anthropocene. Annals of Tourism Research, 79, 102772.


Cyril Blanchet photoDoctorant en sciences de l’information et de la communication à l’Université Gustave Eiffel, Cyril décrit l’actualité touristique à travers la littérature académique spécialisée dans l’innovation, le tourisme et les popular studies. Dans ses recherches, il tente d’identifier la place du tourisme dans la smart city. Il est chroniqueur pour TOM depuis janvier 2020. Retrouvez toutes ses chroniques ici

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