Après un état des lieux de l’impact de la crise en Europe, on s’intéresse cette fois-ci à ses conséquences sur le Travel en Amériques, Asie, Moyen-Orient et Afrique. Après un rapide état des lieux de l’impact de la crise en Europe, le rapport estime que l’impact économique liée à la covid-19 est plus sévère que la grande dépression des années 1920 en Amérique du Nord, au Canada et aux États-Unis plus particulièrement. Un contexte économique difficile que la guerre commerciale avec la Chine et la fracture politique que connaissent les États-Unis n’arrange pas. Une crise à laquelle le Travel n’échappe pas, comme l’illustrent les faillites d’Avianca et LATAM en dépit du plan de soutien gouvernemental de 2 200 milliards de dollars déployés en mars 2020 pour aider les entreprises américaines de toutes tailles dans l’ensemble du pays. Certaines compagnies aériennes n’ayant pu bénéficier de cette aide, le rapport craint désormais des plans de restructurations massifs. L’étude estime ainsi que les taux de chômage dépasseront 10 % aux États-Unis, Canada, Brésil et en Argentine au cours des prochaines années.
Les projections de vente de voyage en Amériques. Crédits : Euromonitor International Avec des interdictions de déplacements professionnels courant parfois jusqu’à la mi-2021, le Business Travel et le MICE font partie des segments décimés par la crise outre Atlantique. Les analystes s’accordent sur le fait que le recours aux événements virtuels durant le confinement laissera une trace indélébile sur le secteur et voient dans les événements hybrides une tendance forte pour l’avenir. Le secteur place ainsi ses espoirs sur le marché nord-américain du Loisir qui représente 60 % des dépenses touristiques totales de la région. Les préoccupations environnementales semblent moins prononcées dans la région où seulement 24 % des sondés déclarent vouloir avoir un impact positif lors de leurs voyages. L’innovation se déploie avant tout comme un levier de sécurité et d’hygiène pour la reprise des voyages. Le rapport constate toutefois que le fait de voyager dans un but précis trouve un écho chez 36 % des voyageurs américains, ce qui reste en dessous de la moyenne mondiale et souligne un décalage avec les attentes du voyageur européen. « Il y a un réveil mondial qui se produit et il faut changer les mentalités, aller au-delà la durabilité et le tourisme régénérateur et transformationnel — pour être attentif à la nature et la culture, et établir des liens plus profonds, et cultiver l’intendance et la compréhension mondiale », estime toutefois Jake Haupert, Cofondateur de Transformational Travel Council.
Un secteur porté par le mobile
Selon les estimations des analystes, les ventes de voyage — aérien, hébergement, activités — ne retrouveront pas leur volume de 2019 avant 2024 en Amérique du Nord et du Sud. Le rapport projette une croissance plus rapide pour les ventes en ligne et une croissance exponentielle en ce qui concerne les ventes sur mobile, qui dépasseront largement leur niveau de 2019 dès 2022. Le rapport constate que la mise en place de nouveaux concepts de voyages a permis de valoriser des expériences avec un impact positif sur l’environnement tout en tirant parti de technologies émergentes. Une tendance que souhaite développer une part des professionnels du secteur, à l’image d’Imagine, à l’origine de Green Passport lancé en 2019 en Argentine. Ce guide de voyage écologique permet aux touristes de mesurer l’empreinte de leur séjour et de sélectionner des entreprises responsables, des guides locaux ainsi que des expériences à faible impact sur l’environnement. Près de 25 000 voyageurs issus de 56 pays ont utilisé ce guide pour leur séjour. À l’heure où les réflexions autour d’un passeport sanitaire se font à l’échelle de l’industrie, le rapport plaide pour intégrer des leviers écologiques à ce type d’initiative.
Hygiène et sécurité
La sécurité semble toutefois être la priorité donnée à la technologie. En République Dominicaine, le ministère du Tourisme est à l’origine d’une application mobile destinée à informer citoyens et visiteurs des mesures relatives à la covid-19 dans le pays. L’outil peut également être utilisé pour signaler des symptômes du virus et permet notamment aux clients d’hôtels d’entrer en contact direct avec les autorités sanitaires locales. Un enjeu important pour ce pays qui dépend fortement du tourisme entrant, et a connu une baisse de -65 % en septembre 2020 par rapport à septembre 2019. L’étude cite le recours aux technologies — comme la biométrie, l’IA ou encore l’internet des objets — qui contribuent à délivrer une expérience de voyage sécurisée et sans encombre depuis l’aéroport jusqu’à la destination. Des innovations qui ont permis de relever les défis de sécurité et d’hygiène imposés par la pandémie, à l’image du programme Hilton CleanStay développé en partenariat avec Reckitt Benckiser et la Clinique Mayo. 61 % des acteurs américains du voyage estiment ainsi que l’intelligence artificielle va impacter leur activité au cours des 5 prochaines années.
L’Asie a l’arrêt
Après une décennie marquée par une forte dynamique économique l’Asie du Sud-Est fait face à un arrêt brutal de ses activités. Selon le rapport, la région enregistre une chute de PIB de 2,9 % en 2020 qui devrait atteindre 7,6 % en 2021. La Chine, qui s’appuie fortement sur son marché intérieur et encourage les voyages domestiques semble retrouver la voie de la croissance plus rapidement que ses voisins comme la Corée du Sud, l’Inde ou le Japon qui font face à une hausse du chômage. La reprise en Asie Pacifique sera plus rapide qu’en Europe ou en Amérique. Le rapport estime que d’ici 2023 la demande internationale aura retrouvé son niveau de 2019, le secteur s’appuyant sur la demande domestique et interrégionale pour absorber l’impact de la crise d’ici là.
Les projections de ventes de voyages en Asie Pacifique. Crédits : Euromonitor International Les acteurs de la location saisonnière et les compagnies low-cost dont les offres sont principalement distribuées en ligne et sur mobile feront office de locomotives. La reprise pour les TO et l’hôtellerie devrait être plus longue selon le rapport qui ne s’attend pas à un retour au niveau de 2019 avant 5 ans. Les analystes estiment que la pandémie aura comme conséquence principale dans la région une concentration sur le tourisme interrégional. En témoigne le récent partenariat entre Trip.com et JD.com qui permet à l’OTA de cibler le marché intérieur chinois. Une évolution partagée par les consommateurs, alors que l’enquête révèle que 70 % des voyageurs chinois souhaitent soutenir les entreprises locales. Une région caractérisée par son appétence pour l’innovation et la place qu’occupent le numérique et les technologies émergentes. Sans surprise, plus d’une vente de voyage en ligne sur deux (62 %) est effectuée sur mobile en Asie Pacifique.
Le défi des énergies renouvelables
Dans la région, un acteur du voyage sur deux prévoit d’investir dans les énergies renouvelables au cours des 5 prochaines années. Alors que la montée des océans menace les Maldives, Lux Resorts a investi dans un système breveté de panneaux solaires flottants. Installé au large de l’atoll Ari, le dispositif permet au complexe hôtelier d’augmenter de 40 % ses capacités énergétiques tout en réduisant le recours à des carburants fossiles. La plateforme a également été conçue pour protéger la barrière de corail et l’écosystème marin local. Les performances du dispositif sont mises en avant auprès des voyageurs qui peuvent accéder à l’énergie solaire produite et aux émissions évitées depuis la tv installée en chambre. Le rapport souligne l’importance de mettre en avant ce type d’initiatives auprès des voyageurs pour contribuer à une prise de conscience générale en matière de développement durable.
Moyen-Orient et Afrique
Avec une chute de 70 % de la demande entrante, le Moyen-Orient et l’Afrique ont subi de lourdes conséquences de la covid-19 amplifiées par un effondrement du cours du pétrole. Selon le rapport, l’Arabie Saoudite voit son PIB chuter de 6 % en 2020, une chute plus marquée en Afrique du Sud (-8 %) ainsi qu’au Liban (-13,5 %) dont l’économie est fragilisée par la guerre en Syrie et la récente explosion dans le port de Beyrouth. L’Égypte et le Kenya figurent parmi les rares économies à connaître une croissance positive malgré un ralentissement. Dans son scénario le plus optimiste, Euromonitor International estime qu’il faudra à minima 4 ans pour retrouver les niveaux de demande et de dépenses d’avant la crise dans la région.
Le rapport estime que les destinations tournées vers la demande domestique connaîtront une reprise plus facile. Un pivot qui devrait profiter aux acteurs de la location saisonnière comme Airbnb qui bénéficieront d’un soutien des pouvoirs publics. Une fois encore, les ventes de voyages en ligne et sur mobile devraient porter la reprise. Celle-ci sera en revanche plus difficile pour les acteurs de l’hébergement, du transport et les intermédiaires de voyage : il faudra attendre 5 à 7 ans estime le rapport. Certains groupes hôteliers comme Marriott ont par ailleurs pris la décision de fermer définitivement des marchés comme le Mozambique. À noter également, des conséquences catastrophiques sur le tourisme de pleine nature. Avec une activité à l’arrêt, le rapport craint que communautés qui perçoivent habituellement des revenus pour la protection de la faune et de la flore, se tournent vers le braconnage pour générer des revenus.
Un levier d’innovations
Le rapport constate un élan d’innovations dans la région qui découlent de nouveaux protocoles de santé et d’hygiène en réponse à la COVID-19. L’objectif étant de rassurer les voyageurs. En Afrique du Sud, V & A Waterfront a ainsi été la première attraction touristique à adopter la norme mondiale Safe Travels mise en place par WTTC et l’OMS. En Arabie Saoudite, où le Tourisme constitue l’un des principaux leviers de diversification de l’activité économique, la technologie a été mise au service de la sécurité des voyageurs. En témoigne l’installation de caméras thermiques à l’entrée de la Grande Mosquée de la Mecque, capables de scanner 25 visiteurs à la fois. Pour maintenir un lien avec les voyageurs internationaux, l’Égypte, l’Ouganda et l’Afrique du Sud ont mis en place des safaris virtuels. Le développement de la 5G dans certains états africains offre également une opportunité de développer des villes intelligentes et le rapport constate un recours croissant aux dispositifs biométriques dans les aéroports. Certains hébergeurs ont surfé sur la tendance du home-office, à l’image de la chaîne Rove Hotels qui a mis à disposition ses chambres à Dubai à travers un partenariat avec Letswork, un important fournisseur d’espaces de coworking. Enfin, l’innovation doit jouer un rôle dans une région où la préservation de la faune et de la flore est un enjeu et trouve un écho auprès de 29 % des consommateurs globaux. Le rapport souligne l’importance d’initiatives comme Conviva qui vise à transformer les leviers de préservation d’espèces en danger comme le lion de Tanzanie en adoptant une approche qui soit autant bénéfique aux espèces qu’aux Hommes.
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Photo d'ouverture : Euromonitor International