Pour Euromonitor International, la demande de voyages en Europe ne retrouvera pas la normale avant 2025 et pousse le secteur à innover et se transformer pour survivre.
La pandémie de COVID-19 a entrainé l’arrêt brutal des voyages à travers le monde et contraint l’industrie à réagir rapidement : l’innovation s’est rapidement placée comme le levier de reprise principal du secteur. Selon Euromonitor International, les principales innovations du secteur ont été digitales, sanitaires, écologiques ou tournées vers le voyageur.
Malgré cela, le rapport ne s’attend pas à un retour à la normale avant 3 à 5 ans poussant l’industrie à se concentrer sur des niveaux de demande plus faibles. Les analystes de la société ont par ailleurs dressé avenir difficile pour l’industrie : selon l’étude les ventes des hébergeurs, compagnies aériennes et intermédiaires de voyages ne retrouveront pas le niveau de 2019 avant mi-2022. Seules les ventes de voyages sur mobile enregistreront une reprise plus rapide et constitueront par ailleurs la demande principale. Le rapport estime que la pandémie est responsable d’une chute de 4,8 % du PIB mondial en 2020 et n’épargne aucun segment du Tourisme, poussant ses acteurs à pivoter pour survivre.
Projections des ventes de voyages par segment d'ici 2025, 2019 étant l'année de référence. Crédits : Euromonitor International
Les défis du développement durable
Un besoin d’évolution accru par des changements de comportements et d’attentes de la part des voyageurs qui semblent prendre conscience de l’impact négatif sur l’environnement de leur séjour. Les séjours de proximité et la réduction du nombre de voyages internationaux semblent être 2 tendances qui caractériseront le secteur à moyen terme. Et bien que certains acteurs du secteur trouvent un écho auprès des consommateurs pour leurs valeurs écoresponsables, la transition écologique n’est pas sans poser de problème au secteur.
Selon l’enquête, le Voyage est en retard sur d’autres secteurs en ce qui concerne l’engagement global envers les 17 objectifs de développement durable fixés par l’ONU pour 2030. Malgré les enjeux de compétitivité difficile d’intégrer ces objectifs au cœur des stratégies de recouvrement d’activité, d’autant plus pour des acteurs traditionnels dont le modèle est construit sur des volumes importants. L’étude rapporte ainsi que 42 % des acteurs du secteur ont déclaré être contraints de stopper le développement de produits de voyages durables en raison de la crise sanitaire. Parmi les 17 objectifs de développements durables, les acteurs du Voyage se distinguent toutefois comme de bons élèves, en affichant des taux d’engagement supérieurs à la moyenne des autres secteurs dans trois domaines : l’innovation des infrastructures, la contribution aux villes et communautés durables et la qualité des conditions de travail.
Les 17 objectifs de développement durable visés par les secteurs d'activités. Crédits : Euromonitor International
Une reprise européenne difficile
Malgré une chute du PIB estimée à 8 %, l’Europe ne semble pas renoncer à ses engagements de durabilité et engage 1,8 trillion d’euros pour redresser son économie. En témoigne le soutien financier du gouvernement français vis-à-vis d’Air France impliquant toutefois des mesures de réduction des émissions de carbone, avec la suppression de court-courriers domestiques pour lesquels une alternative ferroviaire existe ou encore l’investissement dans des carburants de substitution. Et bien que les répercussions du Brexit contribuent à mettre en danger le projet européen dans son ensemble, l’étude s’attend toutefois à un rebond de 5,2 % d’activité en 2021.
Projections du marché européen du Travel. Crédits : Euromonitor International
Pour l’heure ce sont les voyages domestiques et de proximité, moins dépendants d’une saisonnalité, qui agissent à court terme comme un bouclier économique pour l’industrie. Une tendance dont devront se contenter les acteurs du secteur selon le rapport qui n’entrevoit pas un retour des séjours internationaux au niveau de 2019 avant 2024. Les offres de vacances à forfait auront-elles leur place dans cette nouvelle économie ? « L’évolution vers un tourisme axé sur la valeur est essentielle pour la survie, car les formes de tourisme non durables qui se concentrent sur l’augmentation du nombre de visiteurs ne fonctionneront plus après la pandémie », estiment les analystes. Un changement de paradigme dont prend conscience l’industrie qui se fédère autour de rendez-vous pour imaginer le renouveau du Tourisme. En matière de développement durable, le rapport invite à tirer des leçons du modèle scandinave où 65 % des acteurs du voyage interrogés mettent en œuvre une stratégie de durabilité, la moyenne mondiale se situant à 55 %. Il est intéressant de noter que 79 % des entreprises scandinaves considèrent la perception du client et la réputation de la marque comme premier motif de cette transition.
Innovation et écologie
Le rôle de l’innovation dans la reprise du secteur est aussi important comme le souligne l’expérimentation d’un passeport sanitaire à l’aéroport Heathrow : un sésame qui ouvrirait les frontières de 37 pays aux voyageurs. Alors que les visiteurs, qui représentent le moteur de l’économie du Tourisme, ont disparu début 2020, les destinations ont dû faire preuve de créativité pour s’adapter. La transformation numérique a permis à certains de cibler une clientèle locale au travers d’applications mobiles, mais aussi pour certains de développer des expériences virtuelles ou tout simplement à maintenir un lien avec leur audience en attendant la reprise.
Les protocoles d’hygiènes ont également propulsé le recours aux solutions sans contact : pour les paiements mais aussi l’accès à l’information. Enfin, qu’il s’agisse du transport, de l’hébergement ou des activités, la crise a eu pour effet de flexibiliser les politiques d’annulation et de remboursement. Les épisodes de confinement ont également renforcé le besoin de reconnexion avec la nature comme levier de bien-être, renforçant l’attractivité des activités de plein air comme le camping, le cyclisme ou la randonnée.
L’équipe danoise à l’origine de l’application Aeroguest est parvenue à allier technologie et écologie. Celle-ci a entièrement digitalisé le processus de réservation d’une chambre d’hôtel tout en informant le voyageur sur l’empreinte environnementale de son séjour, l’objectif étant de réduire celle-ci tout en profitant d’une expérience digitale. Autre innovation repérée par le rapport : Eddy Travels, le compagnon de voyage nourri à l’intelligence artificielle capable de rechercher des offres de séjours personnalisées sur les applications de messagerie instantanée.
Photo d'ouverture : Euromonitor International