Les géants du numériques américains souhaitaient la victoire de Joe Biden à l’élection présidentielle. Maintenant que le démocrate a remporté la majorité des suffrages, que va-t-il se passer pour eux et plus généralement pour le monde de la tech ? Eclairage avec Stanislas Berteloot, ancien patron du Travel et créateur du podcast Back in America.
Facebook et Twitter peuvent souffler. Dans quelques mois, ces réseaux sociaux n’auront plus à se battre contre la désinformation véhiculée par Donald Trump en personne. En perdant son statut, le président américain sortant sera soumis aux mêmes règles que le reste de la population et ses tweets pourront être plus facilement supprimés.
Stanislas Berteloot, ancien patron du Travel et créateur du podcast Back in America.
Mais les géants du numérique vont-ils pouvoir se reposer pour autant après l’élection de Joe Biden ? Elizabeth Warren, sénatrice démocrate et candidate aux primaires, souhaite notamment démanteler les GAFAM…
Pour comprendre la situation outre Atlantique, rien de tel qu’un Français expatrié aux Etats-Unis. Stanislas Berteloot a oscillé pendant toute sa carrière entre journalisme, monde de la tech et secteur du Voyage. Il a été journaliste chez Reuters, Directeur Marketing de KDS pendant 10 ans, Directeur EMEA de l’association ACTE et a, entre autres expériences, cofondé une startup dans la relation client incubée dans la Silicon Valley. Aujourd’hui, il anime le podcast Back in America depuis le New Jersey et réalise des missions de consulting.
« La Silicon Valley a toujours été plus ou moins dans le camp des démocrates. Mais pendant le mandat de Donald Trump, démocrates comme républicains ont été très critiques envers les géants du numérique et leur situation monopolistique », observe Stanislas Berteloot. En témoignent les nombreux tweets et posts de félicitations de Jeff Bezos, Bill Gates ou encore Gary Shapiro, le président du CES Las Vegas.

Pour réduire l’abus de position dominante des GAFAM, les deux camps ont deux stratégies : « Les démocrates souhaitent les démanteler quand les républicains prônent l’auto-régulation », expose-t-il. Mais le démantèlement est-il seulement une option ? L’Histoire américaine a montré que peu de grandes entreprises ont subi une scission. Comme le rappelle Stanislas Berteloot, il a été question du démantèlement de Microsoft en 1988… Mais rien ne s’est passé. Il en est de même pour IBM. Le seul démantèlement marquant reste celui de l’entreprise téléphonique AT&T.
« Au-delà du démantèlement, plusieurs sujets apparaissent actuellement. Celui de l’inégalité d’accès à Internet, qui concerne beaucoup les populations noire et latino, et celui de la crise sanitaire. A tel point que des professeurs donnent des cours sur des parkings pour pouvoir profiter de la connexion de la supérette du coin », illustre l’ancien Directeur marketing de KDS. Avec un gouvernement démocrate plus à gauche que celui d’Obama, il est possible que Joe Biden travaille main dans la main avec les GAFAM pour réduire certaines inégalités. Mais il risque aussi d’être plus dur avec ces entreprises.
Une marge de manœuvre qui se jouera au Sénat
Dans tous les cas de figure, la marge de manœuvre du duo Biden/Harris se jouera au Sénat. « Si les républicains restent majoritaires au Sénat en janvier prochain, il y a peu de chances que de nouvelles lois entrent en application », constate Stanislas Berteloot. Mais il n’est pas impossible de convaincre les républicains selon lui. La crise sanitaire a obligé les Américains à travailler depuis chez eux avec leurs enfants. Cela en a poussé beaucoup à partir à la campagne. « En toile de fonds, beaucoup de citoyens américains en ont assez d’être surveillés et que l’on utilise leurs données », ajoute-t-il. La loi fédérale sur la protection des données en Californie pourrait donc faire des petits et il est possible qu’en 2021, une loi nationale voie le jour. « Cette loi nationale est très attendue par les sociétés technologiques. Les Etats-Unis étant un état fédéral, vous imaginez si chaque Etat propose sa propre loi sur la protection des données comme l’a fait la Californie ? Ce serait un cauchemar pour elles », déclare l’entrepreneur.
Ce qui ne sera plus un cauchemar en revanche est l’expatriation des entrepreneurs français outre Atlantique. Pendant le mandat de Donald Trump, il était difficile d’obtenir une carte verte. Or, comme le rappelle Stanislas Berteloot, 60% des employés de la Silicon Valley sont nés à l’étranger. Pendant les premières mesures de confinement, beaucoup ont préféré rentrer dans leur pays d’origine. Avec Joe Biden à la tête du gouvernement, il sera plus facile d’obtenir un permis de séjour. « Je pense que la priorité va être de réconcilier les Etats-Unis avec ses alliés, mais aussi de reprendre la lutte contre le changement climatique. Ce devrait être une période faste pour les sociétés technologiques spécialisées dans les énergies renouvelables », conclut-il.