L’automatisation du tourisme est-elle un risque pour le renouvellement des emplois ?

C’est bientôt la rentrée, notamment celle des écoles et universités qui proposent de nombreux programmes et diplômes pour former les futurs professionnels du…

Nous suivre sur Google
CB

Cyril Blanchet

2 septembre 20206 min de lecture

automatisation-tourisme-cyril-blanchet
© Josh Redd

C’est bientôt la rentrée, notamment celle des écoles et universités qui proposent de nombreux programmes et diplômes pour former les futurs professionnels du tourisme. En parallèle, nous assistons au développement des technologies et de l’automatisation qui impliquent de substituer les machines au travail de l’homme. Dans ce sens, devons-nous considérer ces avancées techniques comme un prédateur à l’emploi ? Pourquoi continuer de former toujours plus de professionnels si la possibilité de s’intégrer dans le secteur est concurrencée par l’essor des machines ?

Vers une automatisation de l’intelligence humaine

Faciliter. L’automatisation s’est d’abord imposée à travers les recherches de la mécanique en domptant les éléments pour augmenter ou remplacer la force humaine. Le résultat, sous forme d’automates, a permis de gagner en productivité et en qualité de vie. L’automatisation se positionne alors comme la complémentarité entre l’homme et la machine et devient synonyme d’innovation.

Reproduire. À partir des années 1970, on assiste à une convergence du développement des technologies mécaniques avec l’essor des technologies informatiques qui se diffusent du secteur de l’industrie à celui des services (Conseil d’orientation pour l’emploi, 2017). Aujourd’hui cette mécanique s’est accommodée de cette technologie pour créer des robots et/ou des intelligences artificielles. L’automatisation tente alors de reproduire les capacités de l’homme dans sa globalité, autant dans sa force physique que dans ses capacités intellectuelles. Par exemple, les véhicules autonomes disposent d’une part mécanique et électronique pour transporter la structure et d’une part d’intelligence artificielle pour conduire et appréhender son environnement. De ce fait, l’automatisation ne se positionne plus uniquement comme un outil qui accompagne nos quotidiens mais comme une dynamique qui reconstitue notre présence.

Supplanter. Pour demain, Bot & al (2018) identifient dans l’évolution des sociétés un basculement dans l’appréhension et l’usage des machines, en passant d’une utopie où la machine libérerait l’homme du travail à celle d’un fantasme où la survie par le numérique est synonyme de vie éternelle. Le développement technologique contribue à prolonger notre confort et donc à prolonger nos expériences de vie en mutualisant le corps humain et les technologies (Ghost in the Shell, Sanders, 2017). L’automatisation accompagne nos prises de décisions (Jarvis dans Iron Man) vient influencer nos volontés (Minority report, Spielberg, 2002) et parfois, ne nécessite plus d’interactions humaines pour agir et communiquer (Her, Jonze, 2014).

Vers une automatisation du tourisme

Tom illustre régulièrement l’émergence des technologies qui vient recomposer les interactions du tourisme. L’automatisation se décline ainsi dans différents secteurs comme la restauration (serveur, cuisinier, barman), l’hôtellerie (accueil, room service, ménage) ou l’aérien (check-in, information, mobilité). L’automatisation vient donc effectuer des tâches supplémentaires mais vient aussi remplacer des métiers.

Tussyadiah rappelle en 2020 que l’automatisation se compose de trois innovations majeures : l’intelligence artificielle (IA), la robotique et l’internet des objets (IOT). Selon la chercheuse, les applications de l'automatisation intelligente impliquent des avantages certains mais aussi des risques autant pour les touristes que pour les destinations. Parmi eux, la perte de contrôles et de repères. « Dans un environnement irrégulier (souvent inconnu) qui est une destination touristique, lorsque les touristes interagissent principalement avec des machines dans un environnement automatisé, ils risquent de perdre le contact humain et donc le soutien social. Cela pourrait induire des problèmes psychologiques tels que la solitude et l’anxiété. ». De plus, avec une conscience toute relative des touristes sur les données personnelles récoltées lors de ces échanges, c’est risquer de perdre en confiance et en sincérité. Ce qui aujourd’hui est définit communément comme « un attrape touriste » par la qualité médiocre des prestations, pourrait le devenir par un manque de transparence dans les intentions des opérateurs.

 La machine de Metropolis

Bien que les innovations technologiques devraient créer de nouveaux emplois et opportunités, cet engouement pour les interactions et les mécanismes numériques aura un impact réel sur le marché de l’emploi tel que nous le concevons aujourd’hui. Par exemple, « les lieux de travail touristiques « low-tech » disparaîtront progressivement, anéantissant les opportunités d’emploi pour les résidents locaux avec une concentration des emplois dans des espaces dédiés et spécialisé. » (Tussyadiah, 2020).  Ainsi, en France, on parle souvent d’emplois non délocalisables comme une force du secteur touristique. Cependant, le développement de l’IOT permettra un contrôle à distance de nombreuses procédures entrainant une réduction certaine des équipes sur place. La destination ne sera donc pas délocalisable et l’attractivité de la France assurée (impossible de déplacer des montagnes). Par contre, les emplois eux, pourront être réduits à des actions commandées à distance. Surtout, cela suppose que tous les emplois sont concernés qu’ils soient qualifiés ou non.

Enfin, toujours selon l’auteure et en se basant sur un rapport du McKinsey Global Institute (2017), on estime qu'entre 400 millions et 800 millions de personnes dans le monde pourraient être concernées par l'automatisation avec un risque plus élevé chez les femmes que chez les hommes d'être remplacé par un robot sur le lieu de travail.

Vers une automatisation des emplois ?

Toutefois, ces scenarios sont à relativiser. D’après le Rapport du Conseil de l'orientation pour l'emploi : Automatisation, numérisation et emploi (2017) « les études empiriques rétrospectives sur la France au cours des trente dernières années tendent à montrer que les innovations technologiques ont eu globalement un effet positif sur l’emploi ». Il rappelle qu’il est difficile de corréler l’évolution des emplois avec l’unique facteur des évolutions technologiques. De nombreux biais comme les des évolutions sociodémographiques (vieillissement, activité féminine, hausse du niveau d’éducation, etc.), les règlementations ou les changements organisationnels dans le fonctionnement des entreprises ou comme actuellement les conditions sanitaires, peuvent contribuer tout autant à l’évolution des emplois.

Aussi, nous parlons ici de perte d’emplois avec une configuration actuelle du marché. Or, le Think-Tank Institute for the future précise que 85% des métiers pour 2030 n’existent pas encore. La formation continue des employés et nouvelles des futurs professionnels doit donc prendre en compte ces évolutions structurelles pour construire et intégrer des profils conscients de ces bouleversements.

Enfin, plusieurs initiatives touristiques uniquement tournées vers le numérique ont montré des limites dans l’engouement des visiteurs (exemple : hotel robotisé Henn Na). Avec des tendances tournées sur la déconnexion, c’est une volonté de construire des expériences de voyage en dehors des réalités quotidiennes tournées vers le numérique. Par réaction, le tourisme pourrait donc se positionner comme un secteur qui lie l’équilibre des rapports humains et technologiques afin d’être épargné par l'impact de l’automatisation sur l’emploi.

Bibliographie

Institute for the future (2017) "Emerging technologies’ impact on society & work in 2030" Dell technologies, https://www.delltechnologies.com/content/dam/delltechnologies/assets/perspectives/2030/pdf/SR1940_IFTFforDellTechnologies_Human-Machine_070517_readerhigh-res.pdf

Conseil de l'orientation pour l'emploi (2017) Automatisation, numérisation et emploi, https://www.strategie.gouv.fr/publications/automatisation-numerisation-emploi-tome-1-0

Tussyadiah, I. (2020). A review of research into automation in tourism: Launching the Annals of Tourism Research Curated Collection on Artificial Intelligence and Robotics in Tourism. Annals of Tourism Research, 81, 102883.


Cyril Blanchet photoDoctorant en sciences de l’information et de la communication à l’Université Gustave Eiffel, Cyril décrit l’actualité touristique à travers la littérature académique spécialisée dans l’innovation, le tourisme et les popular studies. Dans ses recherches, il tente d’identifier la place du tourisme dans la smart city. Il est chroniqueur pour TOM depuis janvier 2020. Retrouvez toutes ses chroniques ici

Sur la même thématique

Voir tout