Monde d’après : « Le voyage du futur sera immobile »

L’épidémie du Covid-19 et la crise sanitaire et économique qui en découle touche de plein fouet le secteur du Tourisme.

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JL

Julia Luczak-Rougeaux

28 juillet 20203 min de lecture

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© Archives Travolution

L’épidémie du Covid-19 et la crise sanitaire et économique qui en découle touche de plein fouet le secteur du Tourisme. Cette période inédite soulève de nombreuses questions. Le Tourisme doit-il se réinventer ? A quoi va ressembler le « nouveau normal » ? Dans cette série d’interviews, TOM.travel s’interroge sur le monde d’après, sujet au cœur du Forum Evora qui se déroulera en novembre prochain. Rencontre avec Nicolas Beretti, auteur, conférencier et fondateur de BrainsWatt.

Vous faites régulièrement des prises de parole sur la quête de sens chez les marques. Dans le contexte actuel, faut-il que les professionnels du Tourisme se réinventent en mettant plus de sens dans leur manière de nous faire voyager ?

Il existe en effet une clé de réinvention du concept de voyage basée sur le principe de frugalité ou de stricte nécessité. Ces quarante dernières années ont été marquées par une consommation du voyage accrue, motivée par des tarifs bas, au détriment de l’environnement. La Covid-19 n’est qu’un épiphénomène. L’aggravation des conditions climatiques va obliger les secteurs du Transport et du Voyage à aller vers plus de frugalité. Il n’est plus possible de faire voyager des millions de personnes le temps d’un week-end et de faire coïncider cette situation avec une neutralité carbone. Je pense qu’il faut se tourner vers une innovation frugale, comme l’explique très bien le théoricien Navi Radjou, qui explique que l’on peut faire mieux avec moins.

Nicolas Beretti, Fondateur de BrainsWatt

Comment peut-on voyager « mieux » ?

Pour moi, cela passe par la neutralité carbone. Les émissions de gaz à effet de serre sont le grand problème du 21e siècle. Cela ne veut pas dire qu’il faut arrêter de voyager. Il faut continuer d’aller à la rencontrer de nouvelles personnes. Et quand l’on sait que 80% de la communication est non verbale, le virtuel a ses limites. Quand ce n’est pas possible, il faut privilégier la combinaison de moyens de transport de façon à réduire son impact. Je pense que les entreprises du Tourisme doivent faire partie d’une économie qui répare, plutôt qu’une économie qui fracasse. Tout cela est pragmatique. Le combat écologique passe devant tous les autres combats.

L’innovation frugale, c’est aussi convaincre les voyageurs de partir non loin de chez eux ?

Le retour du local va être célébré. Nous en avons la preuve actuellement en France. Nous allons redécouvrir la France à portée de train. Quand Instagram cultive « l’extraordinaire » en nous incitant à nous rendre à l’autre bout de la planète, nous allons assister au retour de « l’infra-ordinaire », cette capacité à voir l’extraordinaire dans le quotidien, dans ce qu’il se passe autour de chez nous. Dans le fond, ce que veulent les gens, c’est d’être entouré des gens qu’ils aiment. Le reste n’est qu’une illusion d’ego. Peut-être que la vraie responsabilité des professionnels du Tourisme est d’arrêter de faire la course aux touristes. De se tourner vers le local. Qui sait, la Covid-19 n’est peut-être que la première d’une longue lignée de pandémies qui nous attend. C’est pourquoi je pense que le voyage du futur sera immobile. Et si le plus grand challenge du Tourisme n’était pas de faire partir les voyageurs, mais de les faire rester ?


Pour la première fois, un évènement d’envergure internationale va se pencher sur la transformation du Tourisme. Nommé A World For Travel, le forum rassemblera des experts du monde entier les 5 et 6 novembre prochains à Evora, au Portugal.

Plus d'infos ici : https://www.aworldfortravel.org/


Photo d'ouverture : Sergio Rodriguez - Portugues del Olmo

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