Aperçu de Calibra, le porte-monnaie numérique développé par Facebook en complément de sa cryptommonnaie Libra qui doit sortir dans le courant de l'année 2020. Crédits : Facebook
Dans son rapport annuel, la Banque des règlements internationaux incite vivement ses membres à créer leur propre monnaie numérique. Une façon de lutter contre la privatisation du secteur, accélérée par le développement de services de paiements digitaux et l’émission de cryptomonnaies par des géants du numérique comme Facebook.
Alors décriées par les institutions bancaires et financières, les cryptomonnaies et les monnaies numériques attisent désormais l’intérêt de ces derniers. Dans son rapport annuel, la Banque des règlements internationaux (BRI) incite vivement ses membres à créer leurs « monnaies digitales de banque centrale (MDBC) ». L’objectif ? Favoriser la concurrence avec les cryptomonnaies lancées par des organismes privés et développer des standards de sécurité élevés. La crainte de voir la gestion des services de paiements mais surtout l'émission de monnaie passés sous pavillon privé se fait sentir dans le secteur.
« Si le secteur privé est bien placé pour faire appel à l'ingéniosité et à la créativité afin de mieux servir les clients, il est préférable que cela se fasse sur des bases solides au niveau des banques centrales », déclare Hyun Song Shin, conseiller économique et responsable de la recherche à la BRI. Ce revirement de position semble être une réponse à l’évolution rapide des services de paiement en ligne effectuée au cours des dernières années, alors que plusieurs géants du numérique - notamment Facebook avec Libra – développent de nouveaux services de paiements digitaux.
Garantir l’accessibilité aux services de paiement
Le rapport souligne également l’impact de la pandémie sur les comportements des consommateurs en matière de paiement. Celui-ci met en évidence la forte augmentation des paiements sans contact, qui représentent plus de 33 % des transactions par carte, contre un peu plus de 27 % en septembre, ainsi que la croissance rapide du commerce électronique, le recul des transactions transfrontalières et la baisse prévue de 20 % des envois de fonds des migrants. Enfin, l’entrée des services de paiement dans le giron des sociétés privées pose la problématique de l’accessibilité indique le rapport.
« Les banques centrales du monde entier intensifient leurs efforts pour étudier les CBDC et, qu'il s'agisse de gros ou de détail, l'objectif est de créer des instruments de règlement sûrs et fiables pour effectuer des transactions dans l'économie numérique », a déclaré Benoît Cœuré, responsable du pôle d'innovation de la BRI. Ainsi, pour encourager l’innovation au sein du secteur tout en garantissant la sécurité et l’accessibilité les banques centrales doivent se saisir de ces nouvelles méthodes de paiement. L'émission de monnaies digitales de banque centrale (CBDC), qui pourrait offrir un nouveau moyen de paiement sûr, fiable et largement accessible. Dans les prochaines années, peut-être paierons-nous nos voyages en Bitcoin, Libra, "e-Euro" ou "e-Dollar" ? Un scénario en cours de réalisation en Chine qui vient tout juste de déployer son e-Yuan.
Photo d'ouverture : André François McKenzie