Dans le monde d’après, le passeport embarquera-t-il nos données de santé ?

C’est l’idée portée par la société Pangea, spécialisée dans la création et la gestion d’identités numériques, qui réfléchit actuellement avec le gouvernement…

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Hugo Pellegrin

17 juin 20204 min de lecture

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Un membre de l'équipe Quarantaine CDC prend en charge un voyageuse fiévreuse lors de son arrivée à l'aéroport de Los Angeles.© CDC

C’est l’idée portée par la société Pangea, spécialisée dans la création et la gestion d’identités numériques, qui réfléchit actuellement avec le gouvernement israélien à la mise en place d’un protocole sanitaire reposant sur un « passeport d’immunité » pour permettre aux touristes de circuler dans les aéroports du monde entier. Une ambition forte qui demandera un effort de coopération important entre les ministères du Tourisme et de la Santé notamment et qui pose question en matière de respect de la vie privée et remet en cause le droit au voyage. 

La société israélienne Pangea, spécialisée dans la transformation numérique des services gouvernementaux et commerciaux, est aux avant-postes des efforts visant à rouvrir les aéroports et à faciliter les voyages au sortir de la pandémie. Une ambition basée sur une plateforme qui permettra de relancer le Tourisme tout en protégeant les populations contre une résurgence du virus.

Un passeport médical

Cette solution globale permettrait aux gouvernements d’émettre une carte à puce biométrique pour vérifier que son détenteur n’est pas porteur du virus ou qu’il est immunisé. Les cartes biométriques en question comporteront une photo du porteur, sa signature, une puce intelligente ainsi qu’un hologramme et des filigranes pour authentification. Une carte biométrique faisant office de « passeport d’immunité » autorisant son détenteur d’entrer dans les terminaux des aéroports et les avions tout en éliminant la crainte de propager le virus à d’autres personnes.

La société réfléchit avec le gouvernement israélien au développement d’un protocole sanitaire national, visant à définir les tests et les processus médicaux requis pour pouvoir recevoir le document. La société indique qu’il s’agirait probablement d’un test PCR avec prise d’échantillon par écouvillon pour détecter la présence du virus ou d’un test sérologique IgG ou IGM pour détecter la présence d’anticorps au virus. Les résultats de ces tests seraient croisés par le système de Pangea avec des données telles que la ville et la région de résidence du demandeur de la carte, en corrélation avec la propagation du virus afin de calculer le risque d’exposition du voyageur.

« Les clés de l’ouverture du ciel »

Pangea indique fournir également les différentes exigences d’isolement dans le pays dans lequel le détenteur de la carte veut se rendre ou dans son pays d’origine lorsqu’il reviendra de l’étranger.

« Il est crucial et existentiel d’ouvrir l’économie, mais cela exige que chaque pays adopte des solutions avancées pour réduire le danger d’une infection massive. Par exemple, la mesure d’isolement de 14 jours après un vol n’est pas pratique, tant dans le cas d’un tourisme de masse impliquant des dizaines de millions de personnes que pour les professionnels dont le temps est précieux. Le “passeport” d’immunité que nous avons mis au point permettrait de créer des zones stériles où il n’y aurait aucun risque d’infection et où des milliers de personnes se sentiraient en sécurité pour mener toute activité sans crainte. Il ne fait aucun doute que notre carte et notre plateforme sont l’une des clés de l’ouverture du ciel et du déplacement en masse de millions de touristes et de professionnels entre les pays. Notre solution permettra également d’assurer la sécurité des voyageurs lorsqu’ils seront dans les terminaux des aéroports et dans les avions. », explique Uzy Rozenthal, Vice-président de Pangea et directeur général de la division gouvernementale.

Droit au voyage et cybersécurité

Si le dispositif s’avère concluant, Pangea envisage par la suite de transformer cette carte à puce COVID-19 en véritable « passeport médical complet comportant toutes les informations médicales pertinentes de son titulaire ». La société y voit une opportunité de créer un dossier médical numérique permettant à l’ensemble du réseau de prestataires de soins de santé, y compris les ambulances, les services d’urgence médicale, les services hospitaliers et autres organisations concernées, de consulter toutes les informations médicales du détenteur de la carte. Sans parler d’un meilleur accès aux soins pour les voyageurs, un tel projet contribuerait également à accélérer la transformation digitale de la Santé à l’échelle internationale.

Une ambition inquiétante si l’on tient compte des nombreuses failles de cybersécurité que présente un tel projet. En effet, l'Aérien est déjà une cible plébiscitée par les pirates informatiques du fait de l’interconnexion du système d'information des compagnies et des aéroports à une multiplicité de prestataires et fournisseurs multipliant les failles potentielles. Un risque d'autant plus accru par le fait d’ouvrir davantage ces systèmes à des hôpitaux et des services gouvernementaux, rares à avoir effectué leur transformation numérique, comme le décrit Pangea. Et bien qu’un tel projet prenne des dizaines d’années avant d’être instauré à l’échelle globale, il questionne aussi sur la liberté de voyager. À l’instar d’une banque, qui peut aujourd’hui refuser un crédit après avoir analysé l’état de santé de son client, un aéroport, une compagnie aérienne ou une destination pourrait demain refuser d'accueillir un voyageur en raison de son passeport médical.

Photo d'ouverture : (Image d'illustration) Un membre de l'équipe Quarantaine CDC prend en charge un voyageuse fiévreuse lors de son arrivée à l'aéroport de Los Angeles. Crédits : CDC

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