Le 14 mai dernier, le gouvernement annonçait la création d’une plateforme rassemblant l’offre touristique française pour 2021. Si les professionnels de l’hôtellerie craignaient la création d’une OTA visant à concurrencer les géants américains, il n’en était rien. Derrière cette annonce réside en réalité la volonté de faire évoluer la plateforme DATAtourisme en un Data Hub, encourageant d'autres acteurs publics du Tourisme et les entreprises privées à venir enrichir les données mises à disposition. Quelles sont les ambitions de cette plateforme et quand pourrait-elle être opérationnelle ? Nous avons interviewé Pascale Vinot, Responsable de projets Tourisme & numérique au sein d’ADN Tourisme et en charge de l’animation de DATAtourisme.
Pascale Vinot, Responsable de projets, Tourisme & numérique, DATAtourisme au sein d’ADN Tourisme et en charge de l’animation de DATAtourisme
La plateforme DATAtourisme fêtera ses trois ans en décembre prochain. Quel bilan en faites-vous ?
La plateforme a fait ses preuves depuis son lancement en 2017, en particulier l’ontologie (ensemble structuré des termes et concepts représentant le sens d’un champ d'informations, ndlr). Le format des données mises à disposition est propre et bien conçu. Cette ontologie a d’ailleurs été saluée par les experts. La plateforme a été adoptée par le secteur public, notamment institutionnel, mais pas encore suffisamment par le secteur privé. Elle est vivante et a vocation à grandir. Après trois versions depuis 2017, elle est encore en pleine croissance et s’enrichit régulièrement de nouvelles catégories de données et d’un vocabulaire de plus en plus complet.
Du côté de la plateforme technologique, nous avons mis en place une solution reposant sur le web sémantique. Elle est performante, mais je conçois qu’elle soit réservée à des utilisateurs experts. C’est un travers que nous n’avions pas imaginé et son adoption par les professionnels est donc plus limitée que prévu. DATAtourisme est utilisée par des startups, des ETI ou des grands groupes qui maîtrisent cette technologie, mais peu par des entreprises qui n’ont pas la formation nécessaire. C’est pourquoi la direction générale des entreprises, propriétaire de la plateforme DATAtourisme, a commandé la mise en place de nouveaux formats de données, comme le JSON et le XML. Ils seront disponibles dès la fin du mois de juin.
DATAtourisme pourrait évoluer en Data Hub, dans les prochains mois. Pouvez-vous nous en dire plus ?
Ces nouveaux formats de données vont pouvoir porter notre ambition : donner une autre envergure à DATAtourisme et permettre de nouveaux cas d’usage. L’idée de constituer un hub permettrait d’enrichir le dispositif avec des sources extérieures et d’y associer des services à valeur ajoutée. Aujourd’hui, la plateforme est principalement composée de données touristiques publiques provenant d’institutionnels. Demain, ce sont d’autres secteurs publics tels que les transports ou l’évènementiel qui pourraient compléter la plateforme. Nous inviterions également les entreprises privées à venir l’enrichir. Ce hub pourrait ainsi donner accès à des statistiques, à des flux de fréquentation et permettre même de faire du prédictif. Il y aurait ainsi un volet open data, avec les données publiques, et pourquoi pas un autre modèle permettant de partager des données privées. L’Etat est en train de réfléchir à ces sujets, et ADN Tourisme participe à cette réflexion.
L’ambition finale est de créer un écosystème complet de la donnée touristique. L’observatoire du Tourisme ne permet pas d’avoir des chiffres disponibles en temps réel et dynamiques à l’échelle nationale. Avec ces données enrichies, les startups comme les destinations pourront créer des services adaptés aux clients. Les Offices de Tourisme, ADT et CRT pourront davantage valoriser et optimiser les offres de leur territoire. Les entreprises privées pourront quant à elles s’en servir pour piloter leur activité, et de nouvelles collaborations pourront être mises en place.
A terme, ce Tourisme Data Hub pourrait aller jusqu’à proposer du service. Nous réfléchissons notamment à des briques de traduction automatique des données et à la mise en place d’API (solution informatique qui permet à deux applications de communiquer entre elles, ndlr).
Quel est le calendrier de cette évolution dans la plateforme ?
Nous sommes encore dans une phase de réflexion et préfiguration, mais si le projet de Data Hub voit véritablement le jour, sa mise en œuvre s’étendra certainement sur 24 à 36 mois. Il pourrait donc y avoir des livrables dès 2021. La première étape sera de créer un DATAtourisme augmenté pour ensuite glisser vers un hub. Je suis plutôt optimiste. Le projet est ambitieux, mais il est réfléchi, avec l’objectif de le co-construire en impliquant tous les acteurs de l’écosystème, des territoires aux acteurs privés. Il est sûr que des modèles économiques pourraient être déstabilisés avec cette plateforme, mais nous espérons qu’une majorité d’acteurs jouent le jeu et s’inscrivent dans un projet collectif gagnant-gagnant, au service de l’industrie du tourisme.