Eric Lombard, Directeur général de la Caisse des dépôts, a annoncé que la plateforme mise en place par le gouvernement rassemblerait toute l’offre touristique française et pourrait concurrencer Airbnb et Booking. Nous avons interrogé des professionnels de l’hôtellerie et du Voyage pour connaître leur réaction.
Le 14 mai, le gouvernement présentait son plan de relance du Tourisme. Parmi les mesures présentées, l’une est restée assez discrète : la création d’une plateforme rassemblant l’offre touristique française pour 2021.
« Une plateforme de valorisation des données relatives à l’offre touristique française sera mise en place, lit-on dans le rapport du Comité interministériel du Tourisme. Cette plateforme visera à renforcer la coordination, le pilotage et l’articulation des offres touristiques françaises, et pourra constituer un outil de souveraineté numérique ».
Interrogé sur BFTM TV, Eric Lombard, Directeur général de la Caisse des dépôts, a donné plus d’informations sur cette plateforme dont peu de détails ont été dévoilés : « Le Tourisme a été très désintermédié par des grandes plateformes américaines, telles qu’Airbnb et Booking (Booking est une entreprise hollandaise, ndlr). Il faut que l’on se réapproprie le lien avec les clients. C’est le Directeur de la Banque des Territoires, Olivier Sichel, qui en est chargé par le gouvernement. Pour que le touriste allemand qui arrive à Colmar puisse savoir où sont les brasseries et à quelle heure ouvrent les musées. Toute cette présente très concrète qui permet d’avoir un accès très large à toute notre offre touristique ».
L’ambition du gouvernement serait-elle de créer une plateforme française qui, en plus de donner des informations touristiques, permettrait de réserver une chambre d’hôtel ? C’est en tout cas ce que laisse entendre le Directeur de la Caisse des dépôts en citant Airbnb et Booking.
Qu’en pensent les professionnels de l’hôtellerie et du Voyage?
Les réactions commencent à se faire entendre dans le secteur de l’hôtellerie qui s’interroge sur la faisabilité et l’intérêt d’une telle plateforme. « De mon côté, je n’y crois pas du tout, déclare Mathieu Pollet, CEO de LoungeUp. Il faudra voir comment ce projet va être mis en œuvre. Mais pour moi, ce n’est pas à l’Etat de s’en charger. Je comprends que cela peut rassurer la profession, mais je ne vois pas comment une solution construite d’une feuille blanche pourrait concurrencer Booking et Airbnb qui s’en sortent très bien depuis des années avec des moyens financiers considérables ». Pour lui, c’est le modèle économique même qui ne serait pas viable : « Le but du gouvernement est de désintermédier pour proposer des prix plus attractifs. Mais il n’a pas la puissance marketing des grandes plateformes qui investissent en masse dans l’acquisition client. Il faudra forcément promouvoir la plateforme auprès de la clientèle internationale, donc augmenter les prix. »
Un avis partagé par Moncef Khanfir. Pour le CEO de Wonder Miles et expert du Voyage d’Affaires, le challenge n’est pas technologique, mais bien marketing. « On se rappelle tous de la merveille qu’a été le minitel, la première plateforme e-commerce sécurisée créatrice d’espaces collaboratifs. Malheureusement, l’offre n’a jamais franchi la frontière… C'est le propre de la culture française, nous sommes conceptuellement très forts, mais pour ce qui est de la vente et du marketing, nous avons des leçons à prendre des Etats-Unis ». Selon lui une telle plateforme peut voir le jour en France, à condition que son élaboration soit confiée à des « IT geeks » et non pas au gouvernement. « La France est la première destination touristique dans le monde et elle peut facilement valoriser ses atouts », explique-t-il.
« Je suis assez d’accord avec eux, complète Thomas Yung, Fondateur de My Hotel Reputation. Je ne suis pas pour cette énième tentative de développement d'une plateforme. Je crois "sentir" que les pros n'en veulent pas non plus. On ne sait pas faire, on a déjà essayé de nombreuses fois, on a craqué des milliards. La reconquête passera par une innovation de rupture. Je préférais que les milliards aillent au financement de l'innovation. De plus, il existe déjà des initiatives comme Fairbooking, pourquoi ne pas s'appuyer sur ces plateformes existantes ? Il serait préférable de faire appliquer la loi dite Macron du 7 août 2015 pour rééquilibrer les relations entre hébergeurs et plateformes de réservation. C'est gratuit et c'est la loi ».