Confinement, le mythe des Extra-terrestres en tourisme

À travers l’exemple de Roswell, je vous propose dans cette chronique d’apporter un regard amusé mais sérieux sur la thématique des extra-terrestres dans le…

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Cyril Blanchet

30 mars 20206 min de lecture

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E.T L'extraterrestre© Archives Travolution

À travers l’exemple de Roswell, je vous propose dans cette chronique d’apporter un regard amusé mais sérieux sur la thématique des extra-terrestres dans le développement du tourisme.

Alors en confinement et après quelques lancements ratés de mauvaises séries de science-fiction, je retombe par hasard sur la (retro) série Roswell (1999-2002). La scène d’introduction se situe dans un bar tendance « extra-terrestres » profondément ancré dans la fin des années 90.Pourquoi vous parler de Roswell ? Car au-delà d’une introduction stéréotypée des personnages, la première scène de la série commence par une belle mise en situation touristique.

Saison 1, épisode 1, La révélation, Roswell (dir. Jason Katims)

Liz, jeune serveuse couronnée d’une tiare aux antenne argentées s’approche d’un couple de passionnés :

« - On a donc un Sigourney Weaver pour vous et un Will Smith ? Vous venez pour le Crash festival ?

- Oui il me tarde, ta famille connait des histoires sur l’accident de l’OVNI ?

- Ma grand-mère a pris cette photo après le crash avant que le gouvernement ne nettoie tout. »

Par la suite, à l’aide d’une photo truquée, l’innocente Liz se moque de la crédulité des touristes qui viennent chercher du sensationnel, de l’inédit et du frisson. Mais plus sérieusement, pourquoi les touristes se retrouvent dans cette situation ? Comment devons-nous considérer le tourisme initié par les mythes des extra-terrestres ? Que retenir de ces initiatives territoriales ?

Classifier le tourisme construit par les mythes extra-terrestres

Pour commencer, je me suis demandé comment classifier ce type de tourisme, non pas pour stigmatiser les comportements de ces voyageurs mais pour comprendre où en était la recherche.

En 2008, Aicken& al. positionnent le phénomène de Roswell dans la catégorie « tourisme sombre ». « Plus bizarre est l'exploitation commerciale de sites « fantastique » qui incluent ceux qui sont concernés par les « événements réels » à Roswell » (…) le « dark tourism » peut apparemment englober un large éventail questionnant la modernité. Les études semblent aller du grave au frivole ». D’après les auteurs, être attiré par une culture étrangère hors limite terrestre devient donc une attirance basée sur le doute qui positionne le curieux dans une situation nébuleuse. Pourtant le tourisme construit autour des croyances devient plus sérieux lorsque nous parlons de religion, de croyances ou de cultes. Irions-nous classer le tourisme féérique en Islande dans la catégorie Dark tourisme ? Peut-être pas.

Une autre approche développée par Pharino& al (2018) serait la notion de « paranormal tourism » définie par l'intérêt des touristes pour des sujets qui défient les connaissances et les représentations scientifiques rationnelles. Ce tourisme se rapproche alors de l’expérientiel avec un besoin de ressentir le paranormal par des mises en situations. Bien que les extras terrestres ne soient pas identifiés comme un sujet de prédilection dans l’article étudié, leur existence – au cœur des débats – se rapproche de cette notion de paranormal.

Mars Attacks

Archiver le mythe de l’affaire Roswell

Revenons maintenant sur l’affaire Roswell. Eileen R. Meehan, chercheuse américaine, spécialiste des médias et de la communication, propose en 2008 d’en réexaminerle phénomène touristique. Il existe aux États-Unis un imaginaire autour d’une « Real America » qui voudrait que les villes « middle class » soient construites autour d’une banalité quotidienne avec « des familles qui se connaissent depuis des générations ; des petites entreprises sur la rue principale et des agriculteurs venant en ville ». Cette iconographie du centre-urbain est rapidement devenue un « cliché ». Pour s’en défaire, les villes cherchent à se différencier en identifiant dans leur histoire des morceaux d’identités à valoriser.

À Roswell, suite à de nombreuses difficultés économiques dès la fin des années 60’, les dirigeant repositionnent leur stratégie vers les retraités et les touristes comme une source potentielles de revitalisation. « La première campagne valorisait le climat, les frais de logement et les installations médicales et la population âgée de Roswell a augmenté ». Alors que le nouveau Mexique avait déjà initié une campagne commerciale autour de l’enchantement, Roswell se retrouve en concurrence avec les villes voisines de Taos et Santa Fe. Cependant « Roswell avait un cachet que la ville n'a pas reconnu avant 1996 : Roswell était la capitale mondiale des OVNIs selon de nombreux spécialistes ou fans de science-fiction à travers le monde. » Or s’il existe un adage en tourisme “c'est de l'identité qu'est née la différence.” (Pagels, 1985), et les extra-terrestres sont intrinsèquement liés à Roswell.

Identifier une construction populaire et médiatique

À partir des années 80’, différentes publications et témoignages oculaires sur l’affaire Roswell (1947) sont révélés auprès des OVNI-logistes et des conventions spécialisées pour inclurent peu à peu dans le mythe : une soucoupe écrasée, une dissimulation gouvernementale et une autopsie extra-terrestre. A partir des années 90’ et en quelques années la sous-culture construite par la science-fiction prend le relais et vient figer l’affaire Roswell dans l’imaginaire collectif, d’abord avec le roman Le Mystère des soucoupes volantes (Franck Scully, 1950) puis avec les films et séries comme X-files (1993- 2002), Independance Day (1996) ou Roswell (1999-2002).

Debbora Battaglia parlera alors de « E.T. Culture » (2006) illustrée dans la scène citée de Roswell avec les références à SigourneyWeawer (Alien) ou Will Smith (Men In Black). Cette popularité source d’attractivité permet le développement de certaines initiatives thématiques comme le Roswell UFO Festival ou l’International UFO Museum & Research Center. « Le thème OVNI avait envahi presque tout le matériel promotionnel et informationnel produits des organisations communautaires dominantes de Roswell. » (Paradis, 2002). La construction identitaire de la ville passe alors par une construction populaire et médiatique.

Aujourd’hui, le logo de la DMO à Roswell reproduit tout naturellement une soucoupe volante et décline la thématique sur son site en ligne : des têtes d’aliens sur Google Maps pour indiquer les localisations et des espaces réservés sur la carte touristique « centre-ville OVNI shopping et attractions ». Cependant, toute l’offre touristique n’est pas uniquement tournée sur les extra-terrestres qui restent une porte d’entrée pour le reste de l’offre culturelle et artistique de la ville.

Ce qui est surprenant dans cet exemple, c’est le positionnement stratégique imposé par une sous-culture qui vient se confondre dans la vie quotidienne et touristique de Roswell. Difficile pour la ville de nier cette identité face à un afflux de touriste à la recherche de réponses (I want to know) ou d’amusement (I want to believe).

Bibliographie

Aicken, M., Page, S. J., & Ryan, C. (Eds.). (2006). Taking Tourism to the Limits. Routledge.

Pagels, H. R. (1985). L'univers quantique. InterEditions.

Paradis, T. L. (2002). The political economy of theme development in small urban places: The case of Roswell, New Mexico. Tourism Geographies, 4(1), 22–43.

Battaglia, D. (2005). Insiders’ Voices in Outerspaces. ET culture : Anthropology in outerspaces.


Cyril Blanchet photo

Cyril Blanchet est Doctorant en Sciences de l’information et de la communication à l’Université Gustave Eiffel, laboratoire Dicen-IdF. Ses recherches portent sur le Tourisme et la Smart City. Il est chroniqueur pour TOM depuis janvier 2020.

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