Le Green IT booste les ventes tout en réduisant l’empreinte écologique des entreprises

Selon TheShiftProject, le numérique est responsable de 4 % des GES.

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Hugo Pellegrin

24 mars 20206 min de lecture

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© Archives Travolution

Selon TheShiftProject, le numérique est responsable de 4 % des GES. TOM.travel s’est entretenu avec Frédéric Bordage, Consultant en écoconception de services numériques et de TIC durables, pour savoir comment les entreprises peuvent écoconcevoir leurs services numériques et pourquoi elles ont intérêt à le faire. Au-delà d’une réduction de l’empreinte écologique, l’écoconception améliore l’expérience utilisateur et accroit l’accessibilité du service numérique. À la clé pour les acteurs du voyage : plus de ventes et moins d’impact environnemental.

En quoi consiste l’activité de Greenit ?

Frédéric Bordage, Consultant en écoconception de services numériques et de TIC durables. Crédits : Frédéric Bordage

Frédéric Bordage : Depuis 2004, Greenit.fr réunit la communauté des acteurs du numérique responsable. Dès 2009, nous nous sommes appuyés sur les standards internationaux — ISO14044 pour l’analyse des cycles de vie et ISO14062 pour l’écoconception — pour construire une palette d’outils nécessaires pour se lancer dans l’écoconception de services numériques. Ces standards internationaux, qui font consensus auprès des experts, précisent que l’écoconception concerne uniquement un acte-métier, par exemple la réservation d’un billet de train SNCF. Ce n’est qu’après avoir défini celui-ci que nous listons l’ensemble des équipements nécessaires à la réalisation de cet acte. L’analyse de bout en bout englobe donc le smartphone ou l’ordinateur de l’internaute, la box ADSL, le réseau opérateur et le serveur de la SNCF afin de quantifier la bande-passante nécessaire à la réalisation du service.

En fonction de cet inventaire, on va appliquer des facteurs d’impact environnemental pour calculer l’épuisement des ressources abiotiques, de l’eau, de l’énergie primaire, mais aussi de facteurs comme l’eutrophisation, le réchauffement global, etc. L’objectif étant d’identifier si c’est l’ordinateur, le réseau ou bien le serveur qui a un plus gros impact environnemental. Qu’importe l’architecture technique, qu’il s’agisse d’une API ou d’une application mobile, nous analysons l’acte métier et les équipements qui permettent sa réalisation. En fonction des sources d’impact identifiées, nous allons pouvoir ensuite mettre en place des actions de réduction et d’optimisation.

Justement, quelles sont les principales sources d’impact ?

Nos mesures révèlent en général un net impact lié à la fabrication de terminaux utilisateurs mais aussi du côté des serveurs. Pour éviter la production de nouveaux smartphone ou ordinateurs, il convient donc de ne pas déclencher l’obsolescence du terminal utilisé, ce qui revient à trouver des solutions « low tech » pour y parvenir. Prenons l’exemple d’un opérateur ferroviaire qui propose aux internautes d’afficher les horaires de train via son service numérique. Je rappelle que l’enjeu actuel du développement durable consiste à diviser l’empreinte de l’humanité par 4 entre 1990 et 2050. La Deutsche Bahn possède deux sites web (cf. image ci-dessous) qui permettent de réaliser ce même service dont un est 1350 fois plus lourd que l’autre. Cet exemple renvoie au cœur du principe d’écoconception.

La version Minitel du site de l'opérateur ferroviaire allemand est 1350 fois plus légère que la version actuelle, et donc plus rapide mais aussi plus accessible. Crédits : Greenit

Dans la version légère, le service web respecte le principe de produit minimum viable (MVP) en se contentant de fournir l’horaire des trains. Rien de plus. Le problème c’est que la majorité des sites de voyages proposent aujourd’hui des tonnes d’informations et de fonctionnalités, de « l’infobésité ». Or, il s’agit de ressources dont l’internaute n’a pas forcément besoin mais qui lui sont imposées. En résumé, tout résultat de recherche affiché en dessous de la ligne de flottaison du terminal ne respecte pas le principe de MVP. En d’autres termes, c’est du gras et la plupart des sites de voyage affichent à peu près 80 % de gras.

Numérique responsable et expérience utilisateur (UX) font-ils bon ménage ?

Complètement, cela fait plus de dix ans que nous faisons de l’UX chez Greenit sans même le savoir. L’écoconception dépasse très largement l’UX puisqu’elle implique de remettre en cause le modèle économique et les fonctionnalités du service numérique. Malheureusement, malgré un début de prise de conscience les entreprises aujourd’hui ne comprennent pas le sujet et ses enjeux considérant qu’il s’agit d’une affaire de développeur. Pour autant, la France reste très en avance sur le sujet qui va devenir un enjeu de compétitivité important au cours des prochaines années.

Google l’a compris ce qui lui a permis de tuer Yahoo à la fin des années 1990, il suffit de comparer la page d’accueil des deux navigateurs pour s’en rendre compte. Un exemple qui illustre à quel point la valeur ajoutée d’un service numérique passe par les fonctionnalités qui permettent de répondre à la promesse faite à l’utilisateur, ni plus ni moins. Dans ce contexte si la transformation numérique ne rencontre pas très rapidement la transition écologique, les services numériques qui voient le jour dans les prochaines années n’auront aucune utilité. Malheureusement, la prise de conscience est lente malgré le travail de la communauté Greenit.

En quoi consiste cette approche et comment s’en inspirer ?

Contrairement à Yahoo qui a une approche de type portail, Google est en mesure d’apporter l’information recherchée au travers d’un mot-clé, « Bali » par exemple, à partir d’un clic et d’accéder via un clic supplémentaire aux offres de voyage. Cela revient en fait à réfléchir à la façon d’organiser le contenu et la construction de l’interface utilisateur du service numérique pour répondre de manière efficace au besoin utilisateur. Or aujourd’hui, les solutions portails qui risquent de disparaître dans les prochaines années sont encore majoritaires. À l’inverse, l’arrivée du smartphone est une excellente chose car elle implique de repenser les services numériques sous contrainte — taille de l’écran, moins de bande passante — et force les entreprises à aller à l’essentiel.

En résumé pour écoconcevoir, il faut imaginer que tous les clients qui recherchent un voyage sont au fin fond de la Creuse connectés en 3 G sur un smartphone k600. Cette approche appelle à la sobriété fonctionnelle, de contenu mais aussi technique et implique de concevoir de façon radicalement différente. Finalement, cela rend l’offre accessible à un plus grand nombre d’utilisateurs et permet à l’entreprise de vendre plus de voyages tout en réduisant son impact environnemental. Le voyageur fréquent qui recherche un hébergement ou un train se contrefiche des pop-up et des images affichées sur la plateforme, il veut renseigner ses dates et effectuer sa réservation rapidement. Le voyageur d’affaires n’a pas le temps de flâner sur des portails qui font de l’infobésité. Captain Train (devenu Trainline, NDLR) l’a bien compris et vendra probablement plus de billets de train que la SNCF d’ici 5 ans. Aujourd’hui, une entreprise qui veut quantifier l’impact environnemental de ses services numériques peut s’appuyer sur les outils de mesure open source mis au point par la communauté Greenit.

Photo d’ouverture : kiki Wang

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