Cette interview est issue de la 7e édition du MOOK. En 196 pages, TOM convie ses lecteurs à une visite guidée des innovations technologiques marquantes en 2019 dans les deux secteurs. Le Magazine/Book mêle également des interviews d’experts en technologies, qu’il s’agisse d’acteurs du Tourisme, du Voyage d’Affaires ou d’autres secteurs, des dossiers de fonds consacrés aux innovations majeures, des études menées par des spécialistes de l’industrie, ainsi que des pages Fun plus décalées.

« MaaS » — derrière cet acronyme barbare découle l’idée d’un service de mobilité à la demande. Il s’agit de l’évolution d’une offre de transports éparpillée et difficile d’accès vers un service harmonisé offrant la possibilité aux usagers de se déplacer d’un point A à un point B via une application unique et de payer à l’usage. Pour les opérateurs de transports, les promesses de ce modèle émergent sont nombreuses : apprentissage technologique, mutualisation des coûts ou encore gain en réactivité. TOM a échangé avec David Lainé, MaaS Director chez Transdev, pour en savoir plus sur les enjeux liés à la transformation digitale de la Mobilité.
Pouvez-vous expliquer le concept de mobilité à la demande ou MaaS (Mobility as a Service) ?
De manière concrète, le MaaS est l’intégration au sein d’une même application de tous les modes de transports avec un module de réservation et de paiement. Ce type de solution repose ainsi sur l’exploitation d’un moteur de calcul d’itinéraire intermodal, capable d’amener l’utilisateur d’un point A vers un point B via différents modes de transports. L’ensemble de cette offre est réservable et payable en un clic au sein de la même application. Ce concept de mobilité à la demande présente également un objectif sociétal important. En un sens, il contribue au changement d’usage de l’ ‘autosolisme’ — lorsque vous vous déplacez seul dans votre automobile - vers de nouveaux modes de transports partagés. Amazon a entrainé la digitalisation du Retail, le MaaS correspond à la transformation digitale de la Mobilité. Ce marché réunit deux segments très spécifiques : celui des déplacements longue distance et celui de la mobilité du quotidien.
David Lainé, MaaS Director chez Transdev
Quels sont les facteurs clés pour s’imposer sur ce marché concurrentiel ?
Si la notion est à la mode, seulement une dizaine d’applications réunit véritablement la proposition de valeur du MaaS. Rares sont celles qui résolvent entièrement l’équation, la plupart se concentrant sur la partie calcul d’itinéraires et ciblant uniquement les grandes villes. La qualité de l’expérience utilisateur (UX) est essentielle pour ce type de service, il faut évidemment disposer d’un calculateur d’itinéraires performant. Mais la profondeur de l’offre de transports joue également un rôle important, tout comme la fluidité du module de réservation et de paiement. C’est sur cet ensemble que repose l’UX. Attention, la qualité de l’UX ne compensera en aucun cas celle du service opérationnel des transporteurs locaux. Aussi, parvenir à convaincre l’ensemble des transporteurs de s’intégrer dans le même service — ce qui revient à perdre le lien direct avec le client — est le premier challenge. À cela s’ajoute les disparités liées à la maturité technologique de chaque opérateur en fonction qu’il dispose d’une API ou procède essentiellement par téléphone. Il y a donc un long travail à mener dans lequel un tiers de confiance tel qu’une collectivité joue un rôle important.
Quels sont les avantages de ce modèle ?
L’objectif premier est d’augmenter la fréquentation des transports en commun et différents modes de mobilité à l’échelle d’un territoire grâce à une offre complémentaire facilitant les trajets de porte-à-porte. En plus d’accroître le chiffre d’affaires des opérateurs, il permet de mutualiser des fonctions coûteuses comme l’acquisition ou encore le service client. Le MaaS permet aussi aux différents opérateurs de gagner en maturité technique, chacun pouvant bénéficier du savoir-faire technologique de l’autre. De plus, il présente une opportunité de mutualisation des coûts opérationnels et l’ajustement de l’offre à la demande, et ce, grâce à une vision globale et précise des usages en temps réel. Enfin, il constitue un support de communication en temps réel entre une ville et ses citoyens ou une destination et ses touristes. Lors d’une rencontre sportive, un maire a la capacité d’offrir le ticket de bus menant au stade en toute simplicité. In fine, cette digitalisation de l’offre de mobilité va transformer les modèles économiques établis dans le Transport avec la possibilité de proposer des tarifs à l’usage. Attention cependant à ne pas créer des modèles pervers. Dans 10 ans, peut-être que le carsharing, les trottinettes et les VTC seront des services publics. La ville de Nice a par exemple décidé de subventionner Uber plutôt que sa ligne de bus nocturne pour des raisons économiques.
À quand estimez-vous la consolidation du marché ?
Nous en sommes véritablement aux prémices. Nous assisterons au cours des 3 prochaines années à l’apparition de nombreuses solutions bidouillées dans un garage, souvent des copies de services déjà existants. Bien que la technologie soit disponible, un problème culturel et générationnel persiste. Malgré la diversité des offres, la voiture reste étroitement associée à l’idée de mobilité. À cela s’ajoute le lobbying des constructeurs — légitime compte tenu de la taille du marché — qui a besoin de temps pour se transformer. Les applications verront le jour rapidement, mais je ne pense pas qu’un changement d’usage s’opère avant 20 ou 30 ans à l’échelle globale. L’arrivée du véhicule autonome peut être le point de bascule.
Photo d'ouverture : Denys Nevozhai
Cette interview est issue de la 7e édition du MOOK. En 196 pages, TOM convie ses lecteurs à une visite guidée des innovations technologiques marquantes en 2019 dans les deux secteurs. Le Magazine/Book mêle également des interviews d’experts en technologies, qu’il s’agisse d’acteurs du Tourisme, du Voyage d’Affaires ou d’autres secteurs, des dossiers de fonds consacrés aux innovations majeures, des études menées par des spécialistes de l’industrie, ainsi que des pages Fun plus décalées.