#FabCite : Google sera-t-il le prescripteur de la ville de demain ?

À l’occasion d’une table ronde organisée par La Fabrique de La Cité, un panel d’experts s’est penché sur les problématiques soulevées par l’intérêt croissant…

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Hugo Pellegrin

31 janvier 20205 min de lecture

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© Archives Travolution

À l’occasion d’une table ronde organisée par La Fabrique de La Cité, un panel d’experts s’est penché sur les problématiques soulevées par l’intérêt croissant des géants de la Tech en matière d’aménagement urbain. Les villes peuvent-elles contrer les ambitions des géants de la tech parfois contestables ? Historiquement encadré par les pouvoirs publics, les projets d’aménagement urbain attirent de plus en plus d’acteurs privés qui affirment leur volonté de se placer en tant que prescripteur de la « smart city ». Toyota veut installer sa ville au pied au Mont Fuji, tandis que SidewalkLabs, filiale d’Alphabet, a remporté l’appel d’offres du projet de rénovation de Quaiside, ancien quartier industriel situé sur les rives de Toronto. Quels sont les enjeux et les risques de ce type de projets ? Voilà la question soulevée par les équipes de La Fabrique de La Cité lors d’une table ronde réunissant différents experts.

"Les inquiétudes que suscite ce projet sont emblématiques des tensions que suscite l’arrivée des acteurs de l’économie de plateforme dans le domaine de la fabrique urbaine." - Marie Baléo, responsable des études et des publications à La Fabrique de la Cité #FabCite pic.twitter.com/F9EMLyD66D

— La Fabrique de la Cité (@FabriquelaCite) January 30, 2020

Soulignant que la transition vers la ville numérique s’effectue par étape, Chantal Bernier, National Practice Leader, Privacy and Cybersecurity chez Dentons Canada LLP, a soulevé les préoccupations suscitées chez les Torontois par le projet de la firme cousine de Google. « Le modèle économique de Google repose sur la monétisation de données. La porosité des frontières entre Google et son cousin SidewalkLabs a généré une vague d’inquiétudes et de contestation ». Les pouvoirs publics étant tributaires du géant de la Tech pour créer la ville numérique, le risque d’une usurpation de pouvoir par ce dernier n’est pas à écarter. « Parmi les ambiguïtés et les zones d’ombres, la question est de savoir si la volonté de Google est de servir ses ambitions de prescripteur de la ville ou de publicitaire », renchérit Cécile Maisonneuve, Présidente de La Fabrique de la Cité.

Faire de la Tech un bien commun

« À mon sens toutes ces interrogations soulignent à quel point la technologie est devenue un enjeu politique », a rebondit Sébastien Soriano, Président de l’ARCEP. Au même titre que l’imprimerie qui a contribué à la parution de journaux mais aussi de Mein Kampf, la technologie reste un outil. « La question actuelle est de savoir si celle-ci est orientée au profit de certains acteurs », estime le gendarme des télécoms.

« Œuvrer en sorte que la technologie se développe comme un bien commun, c’est ce que nous faisons à l’@Arcep, comme régulateur des télécoms. » - Sébastien Soriano, @Arcep #FabCite pic.twitter.com/UdaGE59woC

— La Fabrique de la Cité (@FabriquelaCite) January 30, 2020

Alors que la société civile s’empare de plus en plus des sujets technologiques, le rôle de l’Arcep comme tout bon régulateur, est d’asseoir les différentes parties autour de la table pour faire de la  Tech un « bien commun ». « La régulation de la concurrence illustre l’échec cuisant du public en matière de régulation tout comme le fait de vouloir réguler Internet. Internet va très bien, le vrai problème ce sont ces acteurs qui cassent la logique décentralisée d’Internet », a ajouté Sébastien Soriano, Président de l’Arcep.

La technologie, cet enjeu politique

« Sur l’exemple de Quaiside l’enjeu politique est double : la dérive de l’appropriation de données publiques vers le privé mais aussi le glissement de la souveraineté canadienne vers les États-Unis », a ajouté Chantal Bernier. Autre exemple : la proposition de financement par la Chine d’un projet de smart city en Malaisie qualifié par les politiciens locaux de « nouvelle forme de colonialisme ». Pour autant les villes ont le pouvoir d’endiguer la volonté des géants de la Tech. En témoigne le retrait de la licence d’Uber à Londres par l’autorité de régulation des transports. Mais le juridique n’est pas la seule corde à l’arc des villes. Pour stopper le passage des automobilistes utilisateurs de Waze dans le centre de Lyon, la métropole a installé un feu rouge afin que l’algorithme préconise un autre itinéraire. « Cet exemple souligne l’importance pour les villes de s’approprier ces sujets pour définir une stratégie claire et pousser le privé à s’y adapter », a expliqué Cécile Maisonneuve.

« Les villes peuvent contrer les géants de la Tech »

Toronto l’a bien compris et négocie de manière permanente, poussant Sidewalk Labs à retirer du cahier des charges la notion anticonstitutionnelle de « donnée urbaine » ou encore le fait d’étendre le projet sur une surface nettement plus grande que celle mentionnée dans l’appel d’offres. « À chaque balise imposée, la filiale d’Alphabet s’est retranchée. Les villes ont donc la capacité de maintenir les géants à leur place », a souligné Chantal Bernier.

Nouveaux acteurs de la ville : négocier, encadrer, réguler ? Place au débat entre Chantal Bernier (@DentonsCanada), Sébastien Soriano (@Arcep) et @CcilMaisonneuve et animé par @jmvittori ! #FabCite pic.twitter.com/fqUHn9SX5R

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La condition étant de définir un régime juridique clair sur la protection des données et d’inclure l’opinion citoyenne par des mécanismes démocratiques. La fascination générée par la genèse du projet Quaiside a laissé place à la controverse. « Il est indispensable de surveiller cet intérêt grandissant du privé sur les villes au risque d’avoir un PDG en guise de maire », a conclu Cécile Maisonneuve, Présidente de La Fabrique de la Cité. Et pour le président de l'Arcep, la dystopie imaginée par Alain Damasio dans Les Furtifs, relève de moins en moins de la science-fiction. Photo d'ouverture : La Fabrique de La Cité A lire également :

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