L’Union Européenne envisage d’interdire l’utilisation de la reconnaissance faciale dans les espaces publics et ce, sur une période pouvant aller jusqu’à 5 ans. En cause : le « flou » juridique concernant certains usages et la multiplication d’abus à travers le monde.
Selon Reuters, l’exécutif européen aurait présenté à la Commission européenne un livre blanc concernant l’utilisation de la reconnaissance faciale dans les lieux publics. Véritable débat international, la ville de San Francisco avait été l’une des premières à interdire son usage, notamment pour les forces de l’ordre. Quelques mois plus tard, Portland annonçait également l’interdiction des technologies utilisant la reconnaissance faciale aussi bien dans le domaine public que privé. En Europe, la législation n’est pas tout à fait au point, tout comme les technologies utilisées jusqu’à présent. En effet, la Commission européenne pointe du doigt le manque de "garde-fou" et déclare que, « de nouvelles règles strictes pourraient être introduites pour renforcer les réglementations existantes protégeant la vie privée et les droits des données des Européens ».
"En s'appuyant sur les dispositions existantes, le futur cadre réglementaire pourrait aller plus loin et inclure une interdiction limitée dans le temps de l'utilisation de la technologie de reconnaissance faciale dans les espaces publics", est-il indiqué sur le document de l’UE. La Commission Européenne envisage une interdiction d’une durée de 3 à 5 ans, temps nécessaire pour mettre en place « une méthodologie solide ». En parallèle, les industriels spécialisés dans l’IA pourraient voir leurs obligations envers la protection des données renforcées et régulièrement contrôlées par une autorité spécifique mise en place dans chaque Etat membre. Seuls quelques domaines spécifiques feront l’objet d’exceptions, dont la sécurité et la recherche. Margrethe Vestager, chef des services numériques et antitrust de l'UE, devrait présenter ses propositions dès le mois prochain.
Les citoyens inquiets pour leurs données personnelles
Alors que l’innovation technologique ne cesse de croître, notamment en matière de systèmes utilisant la reconnaissance faciale, la législation européenne reste « floue » sur de nombreux aspects. Dans le travel, les applications mobiles des compagnies aériennes l'utilisent pour l'enregistrement telle que Iberia. Mais ce procédé est-il justifié ? Entièrement sécurisé ? Où sont stockées ces données ? De nombreux consommateurs/citoyens ont d’ores et déjà fait part de leurs inquiétudes concernant les potentielles conséquences et/ou dérives de ce type de système. Cette interdiction de l'UE pourrait donc avoir un impact pour les aéroports et les compagnies aériennes qui s'intéressent à cette technologie. Les projets risques d'être mis en suspens.
Pour rappel, à Pékin, un système de crédit social fonctionnant grâce à la reconnaissance faciale a empêché 23 millions de personnes de voyager et 128 n’ont plus le droit de quitter le pays. Pour le gouvernement chinois, ce système vise à favoriser les bons comportements de la part des citoyens au travers d’un système de récompenses et de pénalités. Le centre d’informations indique que l’an dernier, le dispositif a poussé 3,5 millions de personnes à « remplir volontairement leurs obligations légales ». Toujours en Chine, à Shenzhen, les voyageurs peuvent tester le paiement biométrique dans les transports en commun. L’objectif : gagner en « fluidité ». Une avancée technologique, certes, mais qui pose des questions sur la collecte et l’utilisation de ces données d’ordre «privé ». En parallèle, de Pékin à Shanghai, les caméras de surveillance situées dans l’espace public intègrent la reconnaissance faciale pour réguler le trafic routier et traquer les conducteurs qui enfreignent le Code de la route.
Trump appelle à la souplesse
Aux Etats-Unis, l’application Clearview a mis au point un système d’identification immédiate et a récolté plus de 3 milliards de visages depuis sa création. Selon Les Echos, elle a ensuite vendu sa solution de reconnaissance faciale à plus de 600 forces de police américaine, dont le FBI. De son côté le Président Donald Trump appelle à une réglementation renforcée mais demande de la souplesse. Les Etats-Unis craignent en effet qu’un cadre trop stricte limite le développement industriel et l’innovation.