Cette interview a été publiée initialement dans le MOOK#7
Basée à Toulouse, Openairlines est une société qui a 11 ans. Dès le début de son histoire, la startup a compris l’importance du facteur écologique et de la consommation d’énergie fossile dans l’aérien. Elle a donc mis en œuvre des algorithmes qui permettent aux compagnies aériennes de réduire leur empreinte carbone en garantissant l’application des bonnes pratiques de pilotage. Explications avec Alexandre Feray, Président d’Openairlines.
Alexandre Feray, Président d’Openairlines.
Pourquoi avoir créé Openairlines ?
L’aviation est l’un des rares domaines où l’économie et l’écologie vont ensemble. Cette convergence était une réelle opportunité. Dès 2009, la tendance écologique prenait forme et il ne fallait pas être devin pour savoir que le secteur de l’aérien serait impacté à court terme par l’image de son impact environnemental. D’ailleurs, en 2010 naissait l’initiative européenne de mesure de l’émission carbone des avions ou EUETS (European Union Emission Trading Scheme), un protocole de compensation visant à taxer les pollueurs et à investir les gains dans des projets de développement durable. Notre maturité sur le sujet nous a valu la reconnaissance des compagnies. Initialement, la clientèle était composée de prospects visionnaires ayant compris les enjeux écologiques. Aujourd’hui, nous comptons une trentaine de clients séduits par la proposition technologique et motivés par la pression économico-écologique qui règne en Europe.
Comment votre solution peut-elle permettre d’aider les compagnies à réduire les émissions de GES (gaz à effet de serre) ?
Depuis dix ans, nous collectons une très grande quantité de données de vol provenant des boites noires et des enregistreurs de vol. Cette base de données nous a permis d’en extraire des paramètres visant à définir les actions possibles ayant un impact sur la consommation et donc sur la production de GES. Ces données sont complétées par les données météo, les données de chargement des appareils, celles du contrôle aérien, etc. L’analyse de ces données par nos algorithmes permet de définir si la compagnie et les équipages ont exploité toutes les bonnes pratiques permettant de réduire la consommation de carburant dans les conditions du jour pour un vol donné. Cela permet de calculer le gain réalisé ou bien ce qui aurait pu être économisé avec des actions différentes. À noter que ces bonnes pratiques sont préconisées par les constructeurs et poussées par IATA qui les a compilé dans un ouvrage communément appelé le Fuel Book. Openairlines permet d’en surveiller la bonne application et fournit des paramètres exploitables dans les futurs plans de vol. Certains indicateurs générés permettent aussi de déclencher des opérations de maintenance, comme par exemple le lavage des moteurs.
Quelle est la perception des pilotes ?
En tant qu’outil d’aide au pilotage, la solution est très appréciée des pilotes. Notre collaboration a commencé avec le projet européen CleanSky. Chacune des compagnies déploie la solution en fonction de ses préférences et de ses réglages. Il n’y a pas de mesure de contrôle individuel, l’outil est mis à la disposition des équipages pour les aider dans leurs prises de décision et leur permettre d’analyser leurs vols. De plus en plus, les pilotes sont conscients des impacts de leurs actions. Ce sont des artisans consciencieux qui aiment faire leur métier avec la meilleure implication possible. D’ailleurs, la solution a été développée en collaboration avec des pilotes de compagnies aériennes, dont Transavia.
Comment se présente la solution ?
Il s’agit d’un outil d’aide à la décision accessible via une plateforme et une application mobile qui apporte des informations de briefing en amont des vols et débriefing. Par exemple, la possibilité de manœuvres pour économiser ou des conseils sur les routes à emprunter. Après le vol, l’outil dresse une revue des actions réellement réalisées et des opportunités manquées. La
mise en place des meilleures pratiques au sein des compagnies est boostée par l’utilisation de la plateforme, car les pilotes n’arrivent pas toujours à bien s’approprier les consignes portées dans le Fuel book. La plateforme est également utilisée pour conseiller le contrôle aérien et lui permettre de comprendre l’effet des autorisations données.
Quelles sont les économies constatées et qui sont vos meilleurs clients ?
La maturité de la prise en compte de l’écologie, la nature de la flotte et le type de vols sont des facteurs influents sur la consommation de carburant. Pour ceux qui partent de loin, nous pouvons les aider à atteindre 5 % d’économie, tandis que les plus engagés écologiquement atteignent près de 2 %. Dans tous les cas, l’effet challenge et l’acquisition d’expérience permet de conserver une tendance positive. Les opérateurs dits low-cost sont les plus nombreux. Cela s’explique par le fait que le carburant représente environ 25 % de leur compte de résultat et que la nature des vols court-courriers impose un long temps de vol en basses couches. À cela s’ajoutent une culture de coût et une excellence opérationnelle, les plaçant plus en avant-garde sur les outils innovants. La prochaine étape du développement de l’application est sa mise à disposition en cockpit pour proposer aux équipages du conseil en temps réel. Transavia est la compagnie qui accompagne Openairlines sur le sujet. L’application devrait être certifiée pour la fin de l’année.
Le faible prix du carburant est-il un frein pour déployer une solution écologique ?
Certes, la tendance de fond est guidée par l’économie, mais la pression du public fait que les compagnies priorisent l’action environnementale. L’évolution des cours du carburant durant la dernière décennie n’a pas réellement impacté l’activité d’Openairlines. C’est normal, car le carburant reste l’un des premiers postes de coût que tous les transporteurs chassent, vu son impact direct sur la marge nette dégagée. De nos jours, le nombre d’acteurs impliqués est beaucoup plus important qu’avant car les compagnies doivent montrer au grand public, à leurs actionnaires, aux politiques ou aux clients qu’elles prennent en compte la problématique écologique de leurs activités. De son côté, IATA agit avec les différentes organisations. Ces tractations menées de front par l’ATAG (Air Transport Action Group, une émanation de IATA), qui traite ces sujets environnementaux depuis longue date, ont conduit à imposer une baisse de 50 % des émissions d’ici à 2050. De plus, les émissions de GES devront être neutralisées par compensation au plus tard en 2025.
Cette interview a été publiée initialement dans le MOOK#7
Photo d'ouverture : Pero Kalimero