Dans le cadre du Future of Incoming, un évènement organisé par TOM qui rassemble le monde du numérique et celui des institutionnels, une table-ronde avait pour sujet « Quelle gouvernance pour un développement technologique efficace ? ». Le panel composé de sociétés privées et d’organismes publics s’est justement questionné sur la nécessité d’une collaboration entre le public et le privé. Une discussion qui a mené vers la question de la nature même des comités de promotion de destination pour être au point sur le numérique.
« Si nous n’anticipons pas, si nous ne personnalisons pas, nous serons à côté de la plaque », a lancé Jean Pinard, Directeur du Comité Régional Occitanie, avec son franc-parler habituel, au début de cette table-ronde. Selon lui, il y a un réel décalage entre les attentes technologiques des voyageurs et les préoccupations des CRT (Comité Régional du Tourisme) et des CDT (Comité Départemental du Tourisme). « Ce qui préoccupe vraiment les institutionnels aujourd’hui, c’est de savoir dans quelle station de métro afficher leur publicité », a-t-il ironisé. S’il se moque gentiment du milieu dans lequel il évolue, Jean Pinard connaît très bien les freins qui les empêchent de proposer de vraies solutions numériques. Et la raison est simple : le budget alloué aux collectivités n’est pas assez élevé.
La donnée, le nerf de la guerre pour les collectivités
Le principal problème des collectivités est la méconnaissance des voyageurs qui se rendent sur leur territoire. En ne proposant pas ou peu de services numériques, elles ne sont pas en mesure de tracker les déplacements ou de comprendre les comportements. « Nous avons perdu le combat de l’anticipation. Pendant que nous étions en train de définir notre base de données avec nos offres, les GAFA ont compris que la valeur était dans la data client», expliqué Jean Pinard.
Face à ce constat, la collaboration avec les entreprises privées telles que les startups est primordiale. Elle permet d’obtenir des informations par le biais d’intermédiaires. C’est justement sur cette gouvernance public/privé que fonctionne l’Open Tourisme Lab, un studio d’innovation basé en Occitanie. « Nous travaillons avec des entreprises afin qu’elles apportent leur éclairage et leurs supports dans la co-conception de solutions innovantes avec nos startups », a expliqué sur scène Emmanuel Bobin, CEO d’Open Tourisme Lab. Des startups qui sont amenées à collaborer avec des collectivités par la suite.
Altran travaille également avec des acteurs publics sur certains sujets. Matthieu Deboeuf Rouchon, Advanced Solution Manager Digital Transformation chez Altran, a notamment expliqué que la société travaillait avec le Finistère. L’objectif ? Redéfinir l’attractivité du territoire par le digital en effectuant une mise à niveau des outils technologiques. Selon lui, il est important d’identifier les projets sous-jacent des projets autour du numérique pour apporter de la cohérence sur une vision long terme. « Le Tourisme n’est pas en retard sur l’innovation, bien au contraire. Il est néanmoins bousculé par des intermédiaires comme les GAFA qui eux, possèdent la donnée. Plutôt que de le voir comme des concurrents, il faut les voir comme des partenaires », a-t-il développé.
La nécessité de créer de vraies marques territoriales
« Expedia, Booking, Airbnb… toutes ces entreprises ont un succès en tant que marque. Ce n’est pas le cas des institutionnels », a continué Jean Pinard. Selon lui, les acteurs publics ne parviennent pas à se mettre d’accord pour créer une marque qui pourrait vendre la destination en France. « Nous possédons un média qui produit de l’information, mais nous n’avons aucune performance commerciale sur ce média. Il faudrait confier à un tiers la performance commerciale de ce site par un système de délégation », a-t-il proposé.
Là encore, l’enjeu derrière ce système serait de récupérer de la donnée. « La destination France a été incapable de formaliser une seule et même base de données », a-t-il lancé. Il faudrait donc s’appuyer sur le savoir-faire de partenaires pour éviter des coûts de développement trop élevés.
Le Directeur du Comité Régional Occitanie a révélé que le coût de neuf systèmes d’informations touristiques différents à l’échelle de l’Occitanie est de 800 000 euros. Une somme. « Et pendant que l’on investit 800 000 euros dans des systèmes, Airbnb et consorts investissent dans l’intelligence artificielle ou dans l’anticipation par la donnée », a déploré Jean Pinard.
Une opinion partagée par Stéphane Cevoz, Chargé de mission Tourisme au Conseil Régional de Bretagne. Selon lui, l’évolution rapide du secteur appelle à des adaptations constantes des sites ce qui représente un coût. Pour répondre à l’UX et optimiser les dépenses, le projet eBreizh Connexion a été initié en Bretagne. « Trois niveaux de mutualisation ont été identifiés. Tous appellent à une évolution de nos pratiques et de celles de nos partenaires et prestataires. », a t-il expliqué.
En finir avec le statut public
Durant toute la table-ronde, une question sous-jacente persistait : le problème ne vient-il pas du statut public des collectivités ?. Selon Jean Pinard, la réponse est oui, oui et oui. « Nous les institutionnels ne devrions pas être dans le domaine public. Nous devrions être des organismes professionnels au service de la profession. Nous ne sommes pas adaptés à l’évolution des besoins technologiques des entreprises. Voilà le vrai problème », a-t-il lancé sur scène.
Selon lui, les CRT et CDT sont voués à être en retard s’ils ne possèdent pas les mêmes possibilités que les entreprises privées. C’est donc toute l’organisation qu’il faudrait revoir...